« On partait pour un week-end, on y a passé trois jours » : cette route des vacances oubliée qui rend accro toute une génération

Pendant trois décennies, la Nationale 7 a été la route incontournable des vacances françaises. Abandonnée au profit des autoroutes, elle revit depuis quelques années grâce au mouvement du slow travel, attirant une génération entière qui préfère les trajets lents aux autoroutes express.

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Par L'équipe JDS

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Le coffre plein, les enfants à l'arrière, les platanes qui défilent et, quelque part entre Moulins et Montélimar, la promesse du nougat. Pendant trois décennies, des millions de familles françaises ont vécu exactement cette scène. Puis l'autoroute est arrivée, et la Nationale 7 a disparu du radar de la plupart des voyageurs. Or quelque chose se passe depuis quelques années : une génération entière la redécouvre, non par nostalgie passive, mais par choix actif. Trois jours au lieu de huit heures d'autoroute. Le voyage dans le voyage.

À retenir

  • Une route de 996 km qui a façonné les vacances d'une génération entière disparaît, puis revient
  • Les villages provençaux et les spécialités locales (comme le nougat de Montélimar) reprennent vie grâce au retour des voyageurs
  • Le slow travel transforme un trajet automobile en véritable expérience, réduisant même la consommation de carburant

996 kilomètres qui ont fait une France

La Nationale 7 reliait à son apogée Paris, porte d'Italie, à Menton, via l'ouest de la Bourgogne, le nord de l'Auvergne, la vallée du Rhône, le massif de l'Estérel et la Côte d'Azur. Ses origines remontent à l'Antiquité romaine ; elle est progressivement aménagée sous Louis XI, où elle sert de route de poste, puis sous Napoléon, qui la rebaptise Route impériale 8. La route des rois avant d'être la route des vacanciers.

C'est après l'introduction des congés payés en 1936 que la Nationale 7 commence à devenir la route des vacances par excellence. Sur ses 996 kilomètres, des millions de Français ont roulé vers le soleil, le coffre plein et les enfants impatients à l'arrière. Certains lieux sont devenus des icônes : la station du Relais Bleu à Beaune, le nougat dégusté à Montélimar. Chaque village avait son petit commerce qui vivait au rythme du passage des vacanciers. Il fut un temps où à Montélimar, on vendait les nougats à la criée, le long de la N7 embouteillée. Charles Trenet en a même fait une chanson, devenue un classique radiophonique de l'été.

Le coup de grâce est venu des ingénieurs, pas du temps. Dans les années 1970, les autoroutes A6 et A7 qui relient Paris, Lyon et Marseille sont inaugurées, et la Nationale 7 perd de son aura. Peu à peu, certains tronçons sont déclassés et se transforment en routes départementales. À ce jour, plus des deux tiers de la Nationale 7 ont été transférés aux réseaux départementaux. Les cafés routiers ont fermé, les garages aussi. L'autoroute A7 avait été conçue pour décharger la Nationale 7, très engorgée, qui traversait villes et villages. Mission accomplie, peut-être trop bien.

Les villages que l'A7 a mis sous cloche

C'est le paradoxe le plus savoureux de cette histoire. En contournant les bourgs, l'autoroute les a privés de flux mais préservés de la défiguration. Des villages comme Montdragon, Mornas et Piolenc, aux airs provençaux, traversés par cette route, se retrouvent coincés entre l'autoroute A7 et une colline. Des châteaux y ont été conservés. Plus au nord, c'est à Vienne que Fernand Point avait fondé son restaurant d'élite "La Pyramide" en 1925 au bord de la même route. Le prestigieux restaurant familial Troisgros, lui, est né en 1930 face à la gare de Roanne, sur la nationale 7. Deux adresses qui ont contribué à faire de l'itinéraire une véritable colonne vertébrale gastronomique française, bien avant que le concept de "route gourmande" ne soit inventé par les offices de tourisme.

Aujourd'hui, les artisans de Montélimar fabriquent toujours l'appellation "Nougat de Montélimar" avec 28 % d'amandes, 2 % de pistaches et 25 % de miel de lavande, après jusqu'à 13 heures de cuisson au chaudron. La dénomination est désormais officiellement reconnue en Indication Géographique Protégée (IGP), publiée le 26 novembre 2024 au Journal officiel de l'Union Européenne. Un détail qui dit beaucoup : même les institutions européennes ont fini par consacrer ce que les juilletistes savaient depuis les années 1950.

Le retour par le slow travel : une génération reprend la route

Les recherches pour le slow tourisme ont connu une hausse de 156 % en 2025, s'imposant comme la tendance voyage majeure de l'année. La génération qui a connu la route avant l'autoroute n'a pas attendu cette statistique pour comprendre ce qu'elle avait perdu. Le baromètre de Mobivia de mars 2025 révèle que 58 % des conducteurs français privilégient désormais les trajets de moins de 300 km pour leurs vacances de printemps, et 42 % déclarent rechercher volontairement des itinéraires évitant les autoroutes.

Refaire la N7 en slow travel, c'est précisément cela : diviser le trajet Paris-Menton en cinq ou six étapes de 150 à 200 kilomètres, et s'autoriser à rater l'heure. Une allure stabilisée à 80 km/h sur nationale réduit la consommation de carburant de 20 à 30 % par rapport à un trajet autoroutier. Le budget "vitesse" ainsi économisé peut être réalloué à l'économie locale, restaurants et gîtes, ce qui rend le voyage plus qualitatif à budget constant. L'argument financier rejoint l'argument du plaisir : une rareté dans le domaine du voyage.

Les territoires traversés ne sont pas restés passifs. Lapalisse, dans l'Allier, a été reconnue "lieu de l'Histoire Automobile" en 2022 par la Fédération Française des Véhicules d'Époque, et le site muséal Borne 334 a ouvert en 2024. Ce musée rassemble une collection de 80 véhicules anciens datant de 1920 à 1980, avec le patrimoine de la station service Lapalisse Essence, bidons, plaques émaillées, pompes à essence. Depuis la déviation de la N7 en 2006, Lapalisse honore tous les deux ans en octobre la route mythique en reconstituant un gigantesque embouteillage, comme dans les années 1950-1960 au moment des grands départs en vacances. En 2025, la ville a mis en place un nouveau programme soutenu par les Fonds européens Leader, intitulé "Mise en décoration vintage de Lapalisse", transformant la bourgade en décor rétro à l'année, pas seulement le temps d'un événement.

Ce que l'autoroute ne peut pas vendre

L'autoroute est le cimetière de l'imprévu. La formule est dure mais juste. Repasser par la nationale, c'est retrouver exactement ce que l'A7 a effacé : la possibilité de bifurquer, de s'arrêter sur un marché de village un mardi matin, de déjeuner dans un relais qui n'a pas de note sur les applications. Les séjours en zones rurales ont augmenté de 25 % entre avril 2023 et avril 2024, selon une étude Airbnb. Cette redistribution profite directement aux économies locales que l'autoroute avait laissées sur le bord du chemin, au sens littéral.

La nostalgie n'a jamais vraiment effacé la N7 des mémoires. Chaque été, des passionnés de voitures anciennes refont le trajet, à leur rythme, pour revivre cette ambiance d'autrefois. Ce qui change en 2026, c'est que le mouvement dépasse largement les cercles de collectionneurs. Partout, des associations se sont créées avec l'objectif de faire revivre la Nationale 7 grâce à son histoire. La Route bleue, surnom affectueux hérité des panneaux de signalisation d'époque, reprend de la couleur.

Un dernier chiffre, celui-là réellement surprenant : le célèbre jeu des 1000 Bornes a été inventé en 1954 par Edmond Dujardin, un éditeur de matériel pour auto-écoles, qui s'est directement inspiré de la Nationale 7, laquelle fait exactement 996 kilomètres. La route des vacances d'une génération est donc aussi, depuis soixante-dix ans, le plateau de jeu de toute la famille réunie autour de la table. Difficile de trouver meilleur symbole de ce que ce bitume-là a vraiment représenté.

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