Il y a des lacs que tout le monde connaît, et des lacs que presque personne ne visite. Le lac de Côme, avec ses villas hollywoodiennes et ses files d'attente pour le ferry, appartient à la première catégorie. Mais à quelques dizaines de kilomètres de là, coincé entre les provinces de Bergame et de Brescia, un autre lac attend, tranquille, presque secret. Ses rives ne sont pas envahies de groupes en tee-shirts assortis. Ses villages endormis ne sont pas encore parsemés de menus en douze langues. Et pourtant, la beauté y est là, entière, intacte. Ce lac, c'est le lac d'Iseo. Et il mérite bien mieux que l'indifférence dans laquelle on le laisse.
Un petit coin de paradis oublié des touristes de masse
Pourquoi le lac d'Iseo reste sous le radar
Le lac d'Iseo souffre d'un déficit de notoriété qui n'a rien à voir avec sa valeur réelle. Tout simplement, il se trouve dans l'ombre de géants : le lac de Côme au nord-ouest, le lac de Garde à l'est, deux destinations que les agences de voyages ont érigées en symboles de l'Italie lacustre. Le lac d'Iseo, lui, ne bénéficie d'aucun parrainage de star hollywoodienne, d'aucun palais cinq étoiles surexposé sur les réseaux sociaux. C'est précisément ce qui en fait une perle.
Avec ses 65 km², ce lac lombard reste à taille humaine. Les touristes qui s'y aventurent sont souvent des Italiens du Nord, des cyclistes allemands ou des amateurs de vin en quête de la Franciacorta, ce vignoble prestigieux qui s'étend juste au sud des rives. Les Français, eux, passent généralement tout droit. C'est une erreur douce-amère à corriger.
Ce qui le rend aussi beau que le lac de Côme, mais sans les selfies
La comparaison avec le lac de Côme n'est pas flatteuse par hasard. Les deux partagent la même palette de bleus profonds, les mêmes montagnes qui tombent presque verticalement dans l'eau, les mêmes villages aux maisons pastel serrées le long des quais. Mais là où le lac de Côme ressemble certains week-ends à une attraction touristique saturée, le lac d'Iseo conserve une atmosphère d'un autre temps.
Les promenades en bord de lac s'y font sans bousculades. Les cafés de village servent encore l'espresso à prix raisonnable. Les pêcheurs sortent leurs barques à l'aube sans craindre d'être photographiés par des inconnus. C'est l'Italie d'avant le tourisme de masse, celle qu'on cherche et qu'on ne trouve plus guère ailleurs.
Les pépites à découvrir autour de l'eau
Les villages pittoresques qui valent le détour
Lovere est sans doute le joyau de la rive bergamasque. Classé parmi les plus beaux villages d'Italie, il déploie ses ruelles médiévales jusqu'au bord de l'eau, dominées par des tours et des palais Renaissance qui n'ont rien à envier à ceux de Côme ou Bellagio. Sa Pinacothèque Tadini renferme une collection de peintures et sculptures d'une richesse surprenante pour une si petite ville, notamment des œuvres de Bellini et Poussin. Une halte culturelle qui mérite qu'on s'y arrête plus d'une heure.
De l'autre côté du lac, Pisogne offre un tout autre visage : celui d'un bourg tranquille aux ruelles pavées, avec une belle église ornée de fresques de Romanino. Ses rives sont particulièrement photogéniques au lever du jour, quand la brume matinale effleure encore la surface de l'eau. Un cadre qui n'a rien à envier aux cartes postales les plus célèbres du Nord de l'Italie.
Les îles mystérieuses à explorer
C'est l'un des arguments les plus inattendus du lac d'Iseo : il abrite la plus grande île lacustre d'Europe. Monte Isola, littéralement une montagne posée sur l'eau, divise le lac en deux bras et s'élève jusqu'à 600 mètres d'altitude. On y accède en ferry depuis Sulzano ou Carzano, et l'on découvre alors un monde à part.
Sur Monte Isola, les voitures sont interdites. La vie y suit un rythme ancestral : les habitants se déplacent à pied ou à vélo, les chats somnolent sur les murets de pierre, les filets de pêche sèchent au soleil entre deux maisons. C'est une expérience rare, presque anachronique, qui rappelle ce que voyager peut avoir de véritablement dépaysant. Les villages de Peschiera Maraglio et Sensole, sur ses rives, méritent à eux seuls le déplacement.
Les activités qui rendent accro
Le lac d'Iseo n'est pas qu'un décor contemplatif. Les amateurs de plein air y trouvent largement leur bonheur : randonnées sur les hauteurs de Monte Isola, balades cyclistes le long des rives, sorties en kayak ou en voilier sur des eaux calmes. La région de Franciacorta, au sud, invite à une tout autre forme d'activité : la dégustation de vins effervescents élaborés selon la méthode champenoise. Ce champagne italien, produit à partir de cépages tels que le Chardonnay et le Pinot Noir, est reconnu par les amateurs comme l'un des plus fins de la Péninsule. Une cave, une visite de vignoble, un verre à l'heure dorée : difficile de faire mieux.
Comment profiter du calme avant que tout le monde le découvre
La meilleure période pour s'y rendre
Le lac d'Iseo se prête à la visite en toutes saisons, mais le printemps offre une lumière et une douceur particulièrement séduisantes. En ce moment, les fleurs bordent les chemins lacustres, les terrasses rouvrent progressivement, et la fréquentation reste encore très raisonnable. C'est la fenêtre idéale pour profiter du lac sans la chaleur de l'été et sans la foule qui arrive à partir de juin.
La haute saison, de mai à septembre, apporte son lot d'animations : régates de voiliers, concerts en plein air, marchés de village. Une belle effervescence, mais qui reste à échelle humaine, loin de l'agitation que connaissent les lacs voisins aux mêmes périodes.
Où dormir et manger sans se ruiner
C'est l'un des arguments qui font mouche : le lac d'Iseo est sensiblement moins cher que ses voisins célèbres. Les hébergements, des petits hôtels familiaux aux chambres d'hôtes en bord de lac, pratiquent des tarifs bien en deçà de ce qu'on trouve à Bellagio ou Sirmione. Les restaurants de village servent des risotti au poisson du lac, des polenta crémeuses et des fromages locaux à des prix qui n'exigent pas de faire des arbitrages douloureux entre l'entrée et le dessert.
À Lovere, plusieurs trattorias en terrasse permettent de déjeuner face à l'eau pour une somme très raisonnable. Sur Monte Isola, les auberges proposent même de passer la nuit sur l'île, loin de tout bruit de moteur, dans un silence qui vaut tous les spas du monde.
Les coins secrets que les locaux gardent jalousement
Les habitués du lac connaissent quelques adresses que les guides ne mentionnent pas encore. La plage de Clusane sul Lago, au sud du lac, est l'une d'elles : une rive tranquille où les families bergamasques pique-niquent à l'ombre des peupliers. Le village de Marone, sur la rive est, offre un point de départ idéal pour grimper jusqu'aux Piramidi di Zone, des formations géologiques en forme de colonnes coiffées de rochers, sculptées par l'érosion au fil des millénaires. Un spectacle géologique étrange et envoûtant, à moins d'une heure de marche du bord de l'eau.
Un lac qui donne envie de revenir encore et encore
Le lac d'Iseo a tout ce qu'on aime dans un voyage en Italie du Nord : la beauté des paysages, la richesse du patrimoine, la douceur de vivre et la générosité de la table. Il y ajoute quelque chose que beaucoup de destinations ont perdu en route : le silence, l'espace, la sensation d'être un voyageur et non un touriste numéroté.
Entre ses villages médiévaux, son île sans voitures, ses vignobles effervescents et ses sentiers de montagne, il offre une diversité d'expériences qui suffit à remplir plusieurs séjours. Et comme il est encore relativement préservé, chaque visite a ce goût particulier de la découverte, celui qu'on ressent de moins en moins souvent dans une Europe sur-photographiée.
Peut-être qu'un jour, le lac d'Iseo figurera en bonne place dans tous les guides et sur tous les écrans. En attendant, il appartient encore à ceux qui savent regarder un peu à côté des sentiers battus. Et ça, ça n'a pas de prix.

