Un virement le 3 mars, une déclaration le 4 avril : deux jours de retard suffisent à perdre 31 865 € d’exonération. La règle du « don Sarkozy » ne pardonne pas, et beaucoup de familles découvrent cette brutalité trop tard, quand le délai d’un mois est dépassé.
« Je pensais avoir tout le temps » : pourquoi déclarer un don à votre petit-enfant 32 jours après le versement vous coûte 31 865 € d’exonération

Un virement effectué le 3 mars. Une déclaration déposée le 4 avril. Trente-deux jours de délai, soit deux jours de trop. Résultat : 31 865 € d'exonération envolés. Ce scénario, que les notaires et conseillers patrimoniaux voient régulièrement sur leur bureau, est l'illustration parfaite d'une règle fiscale que beaucoup connaissent vaguement sans en mesurer la brutalité concrète.
À retenir
- Un délai d'un mois qui court à la date du virement, pas un jour de plus
- C'est le donataire (le petit-enfant), pas le donateur, qui doit déclarer
- Depuis 2026, la déclaration est obligatoire en ligne sur impots.gouv.fr
Un mois, pas un jour de plus : la règle qui ne pardonne pas
La déclaration du don familial de sommes d'argent doit être effectuée dans le mois qui suit la date du don afin de bénéficier de l'exonération de 31 865 €. Cette condition est d'application stricte : si vous dépassez ce délai, vous perdez le bénéfice de cette exonération, point final. Aucun recours gracieux, aucune tolérance administrative pour un premier écart. Le texte ne laisse aucune place à l'interprétation.
Ce dispositif, créé par la loi du 21 août 2007 sous la présidence de Nicolas Sarkozy et surnommé depuis le "don Sarkozy", reste l'un des outils les plus efficaces pour transmettre du patrimoine de son vivant. L'exonération est accordée dans la limite de 31 865 € tous les quinze ans. Ce qui signifie que la perdre sur un retard de déclaration, c'est attendre quinze ans avant de pouvoir y prétendre à nouveau, pour le même bénéficiaire, avec le même donateur.
L'exonération est soumise au respect de plusieurs conditions : le donateur doit, au jour de la transmission, être âgé de moins de 80 ans ; le bénéficiaire doit être majeur ou avoir fait l'objet d'une mesure d'émancipation. Les dons doivent être effectués en pleine propriété aux enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants, ou à défaut de descendance, aux neveux et nièces. Ces conditions sont connues. C'est le délai qui piège.
Qui déclare, et comment ?
Première précision qui surprend souvent : la déclaration est faite par la personne qui reçoit le don, c'est-à-dire le donataire. Ce n'est donc pas le grand-parent qui vire la somme qui doit courir aux impôts, mais le petit-enfant qui la reçoit. Dans une famille où les générations ne communiquent pas toujours sur le calendrier fiscal, ce détail devient une source d'erreur fréquente. Le grand-père fait le virement, se dit "voilà, c'est réglé", et le petit-fils de 23 ans, occupé par son déménagement ou son nouveau travail, laisse passer les semaines.
Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration relève en principe de la procédure de télédéclaration obligatoire. La réforme issue du décret du 17 novembre 2025 a modifié les modalités déclaratives du don familial de somme d'argent prévu à l'article 790 G du CGI. Les dons soumis à ce régime doivent donc être enregistrés exclusivement en ligne, au moyen du téléservice dédié de l'administration fiscale. La déclaration papier via le formulaire n°2735-SD ne reste possible que dans certaines situations expressément prévues par les textes.
En pratique, le donataire se connecte à son espace particulier sur impots.gouv.fr, rubrique "Déclarer un don". Il doit cocher la case "Dons de sommes d'argent exonérés de droit (article 790 G du CGI)" et préciser la date de versement et le montant du don. Une formalité qui prend moins de dix minutes, mais qui conditionne des milliers d'euros d'avantage fiscal.
Ce que la perte de l'exonération change concrètement
Prenons un exemple réaliste : une grand-mère de 72 ans vire 31 865 € à son petit-fils pour l'aider à financer un apport immobilier. La déclaration est déposée 32 jours après le virement. Le délai de déclaration est strict. Si le délai est dépassé, le bénéfice de l'exonération liée à ce type de don sera perdu. La somme entre alors dans le régime classique des dons manuels. L'abattement entre grand-parent et petit-enfant est de 31 865 € au titre de l'article 790 B du CGI, mais celui-ci s'applique sur quinze ans cumulés et peut déjà être partiellement ou totalement consommé par des dons antérieurs. Si l'abattement classique est épuisé, les droits de donation s'appliquent selon le barème en vigueur, jusqu'à 20 % en ligne directe sur les premières tranches.
Des sanctions fiscales sont également prévues en cas de dépôt hors délai ou d'insuffisance de déclaration, aux articles 1727 à 1731 du Code général des impôts. La mécanique est donc doublement punitive : non seulement l'exonération disparaît, mais un retard de déclaration peut générer des intérêts de retard sur les droits dus.
L'autre piège, moins évident, touche à la stratégie familiale globale. Chaque enfant peut recevoir, en exonération de droits, jusqu'à 31 865 € de chacun de ses parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Un petit-enfant ayant quatre grands-parents actifs peut théoriquement cumuler quatre fois cette exonération, soit 127 460 € transmis sans droits sur quinze ans, en ajout aux abattements classiques. Rater le délai pour l'un de ces dons, c'est briser une stratégie de transmission soigneusement construite.
Les erreurs les plus communes, et comment les éviter
Le délai d'un mois court à compter de la date du virement, pas de la date de réception sur le compte du donataire, ni de la date à laquelle la famille décide de "régulariser la situation". Cette nuance a son importance quand le virement passe un vendredi soir et que le mois se compte calendairement.
L'administration fiscale a renforcé ses contrôles grâce à la numérisation des déclarations et à des croisements de données bancaires. Un don de 31 865 € qui apparaît sur un relevé bancaire lors d'une vérification de succession sera repéré. Si un parent transmet une somme d'argent à l'un de ses enfants sans déclaration et décède quelques années plus tard, des conséquences peuvent surgir au moment de la succession. Les héritiers se retrouvent alors à devoir justifier un transfert passé, avec les complications que cela implique.
La bonne pratique est simple : dès que le virement est effectué, le donataire reçoit une alerte, par SMS, email, ou simple rappel dans l'agenda, pour déclarer avant J+28. Se donner deux jours de marge évite tout incident lié à un week-end ou un jour férié en fin de délai. Et si le petit-fils a 22 ans et que les impôts lui semblent encore abstraits, c'est le rôle du grand-parent, ou mieux d'un notaire consulté en amont, de l'expliquer clairement avant de déclencher le virement.
À noter pour les familles qui souhaitent aller plus loin : la loi de finances pour 2025 a introduit un dispositif temporaire particulièrement avantageux via l'article 790 A bis du CGI, cumulable avec l'exonération 790 G, mais qui expire le 31 décembre 2026. Pour les dons destinés à l'achat d'un logement neuf ou à la rénovation énergétique, l'enveloppe totale exonérable par bénéficiaire peut dépasser 200 000 €. Dans ce cadre, respecter le délai d'un mois n'est pas simplement une formalité administrative, c'est la condition sine qua non pour que toute cette stratégie patrimoniale tienne debout.
Sources : plus.transformation.gouv.fr | actu-juridique.fr
