Pour s'offrir un décor digne des Cyclades, on s'imagine souvent devoir traverser l'Europe, patienter dans les aéroports ou enchaîner les traversées en mer Égée. Pourtant, la même émotion nous attend à l'extrême sud de l'île de Beauté. Que l'on débarque du ferry à Ajaccio ou Porto-Vecchio après une nuit sur l'eau, ou que l'on arrive par les airs, Bonifacio reste le terminus incontournable. En poussant un peu plus loin, au pied du cap de Pertusato, la plage de Saint-Antoine offre un spectacle saisissant : des falaises d’un blanc aveuglant, une eau pure comme du cristal et un sentiment de bout du monde. La Grèce, le voyage en moins.
Le grand spectacle des falaises
Tout commence sur les hauteurs de Bonifacio. Cette citadelle médiévale, suspendue au-dessus du vide sur son bloc de calcaire, est le point de départ d'une des plus belles marches de la région. Un sentier côtier bien tracé s'étire sur environ cinq kilomètres pour rejoindre le cap de Pertusato.
Le chemin chemine à fleur de falaise. C'est un festival pour les yeux : le bleu profond des Bouches de Bonifacio, la silhouette de la vieille ville qui s'éloigne et, par temps clair, les reliefs de la Sardaigne qui se dessinent juste en face, à seulement douze kilomètres.
Sur ce plateau calcaire, la nature est brute, mais elle se mérite. Le sentier ne propose pas le moindre centimètre d’ombre. En plein été, le soleil tape fort et la réverbération de la roche blanche est intense. Pour savourer la promenade sans souffrir de la chaleur, il n'y a pas de secret : il faut partir tôt le matin, s'équiper de bonnes chaussures de marche et prévoir de l'eau en abondance.
Saint-Antoine : le mirage blanc
La récompense se cache un peu avant le phare de Pertusato, cette haute tour de pierre qui veille sur le détroit depuis 1844. C'est ici que démarre la descente vers la plage de Saint-Antoine. Disons-le franchement : le sentier est raide et parfois un peu glissant sur la roche friable. Il demande de la vigilance et de la patience, mais l'arrivée en bas coupe le souffle.
On se retrouve au milieu d'un décor lunaire. La mer et le vent ont sculpté le calcaire, dessinant des rigoles et des banquettes de pierre immaculées. Au cœur de ce cirque blanc, une crique de sable fin s'ouvre sur une eau si limpide qu'on y distingue le moindre rocher. L'illusion avec les paysages de l'île grecque de Milos est parfaite.
Une précaution pratique toutefois avant d'installer sa serviette : le calcaire bouge. Des panneaux municipaux rappellent qu'il ne faut pas se poster juste au pied des parois en raison des risques de chutes de pierres. Mieux vaut s'installer un peu en retrait, vers le rivage.
Notre conseil pour en profiter au mieux
Cette excursion montre bien que la Corse recèle encore des coins capables de rivaliser avec les destinations les plus lointaines. Pour les amoureux de la baignade tranquille, le créneau du matin est royal. Les Bouches de Bonifacio forment un couloir de vent bien connu des marins ; la mer y est souvent calme et lisse comme un miroir au réveil, avant que le clapotis ne se lève en début d'après-midi.
Si la descente à pic vers la plage vous semble trop escarpée pour vos genoux ou vos articulations, ne faites pas demi-tour pour autant. Restez sur le plateau, au niveau du phare. Le panorama sur l'archipel des Lavezzi et l'immensité de la mer y est tout aussi grandiose, sans le moindre effort de remontée. Une formidable idée de sortie à intégrer dans vos carnets de voyage pour cet été.


