Je pensais avoir dix kilomètres-heure de marge en ville, comme tout le monde. Le calcul de mon voisin, stylo en main, a d’abord fait tomber ma certitude.
J’ai toujours cru qu’on avait 10 km/h de marge avant d’être flashé : avec l’avis reçu pour 58 en ville, mon voisin m’a expliqué le vrai calcul

- La vitesse retenue est la vitesse mesurée diminuée de 5 km/h jusqu’à 100 km/h.
- Les voitures-radar banalisées appliquent une marge de 10 %.
- Un excès de 3 km/h reste très loin du seuil de 20 km/h en agglomération.
Le 58 qui ne ressemble pas à ce qu'on croit
Mon voisin a posé le calcul sans se presser : la vitesse retenue correspond à la vitesse mesurée diminuée de 5 km/h jusqu'à 100 km/h, et de 5 % au-delà. Pour 58 km/h relevés dans une zone limitée à 50, l'avis part donc de 53 km/h. Moi qui comptais sur 10 km/h d'indulgence avant de recevoir quoi que ce soit, j'ai dû revoir ma copie.
La marge, c'est 5 km/h et non 10.
Cette confusion n'a rien d'une exception. Beaucoup d'automobilistes se croient protégés jusqu'à 60 en ville et roulent à 58 sans y penser, parfois pendant des années. La marge existe bien, mais elle est plus étroite que celle de la légende. Elle se déduit mécaniquement de la mesure, sans négociation possible ni geste commercial de l'administration.
La soustraction officielle, sans mystère
La règle figure dans la foire aux questions de la Sécurité routière, qui parle de « vitesse retenue » plutôt que de tolérance. C'est ce chiffre, et non celui mesuré par l'appareil au moment du flash, qui sert de base à la sanction.
Sous 100 km/h, la déduction est fixe : 5 km/h, quelle que soit la vitesse relevée. Au-delà de 100 km/h, elle devient proportionnelle, et s'élargit donc à mesure que l'aiguille grimpe. Sur voie rapide ou autoroute, cette seconde règle prend le relais. En agglomération, seule la première joue, puisque personne n'y approche des 100.
D'où vient l'idée des 10 km/h
Les voitures-radar banalisées, elles, appliquent 10 km/h (10 %). C'est sans doute là que la croyance a pris racine. Une information exacte pour un type d'appareil, devenue règle générale à force de passer de bouche en bouche, entre voisins, collègues et beaux-frères.
Une demi-vérité voyage mieux qu'une erreur franche, car il se trouve toujours quelqu'un pour jurer qu'elle l'a sauvé. Le cousin qui affirme avoir échappé à l'amende à 60 en zone 50 a peut-être croisé l'une de ces voitures, et il en a tiré une loi universelle.
La marge élargie s'explique sans doute par la mesure en mouvement, puisque l'appareil roule lui-même au moment du contrôle. Le détail technique n'a rien d'indispensable pour un conducteur ordinaire. Retenez surtout que deux régimes coexistent. Selon l'appareil, une même vitesse mesurée ne donne pas la même vitesse retenue.
Ce que 53 km/h change sur l'avis
Avec 53 km/h retenus pour une limite à 50, l'excès tombe à 3 km/h. C'est très loin du seuil de 20 km/h, celui où le barème de la Sécurité routière change de tranche et de sévérité pour l'agglomération.
En ville, sous 20 km/h d'excès : 135 € et 1 point.
Un détail pourrait toutefois changer la donne côté points. D'après les textes en vigueur, les excès retenus de moins de 5 km/h ne feraient plus perdre de point depuis le 1er janvier 2024, ce qui pourrait concerner un écart de 3 km/h. Votre avis indique le nombre de points concerné : c'est lui qu'il faut lire, plutôt que la rumeur du voisinage.
Lire l'avis avant de réagir
Un avis distingue en principe vitesse mesurée, vitesse retenue et limitation applicable.
Prenez trois minutes pour comparer ces trois lignes avec le calcul ci-dessus. Ici, le 58 doit apparaître comme vitesse mesurée, le 53 comme vitesse retenue et le 50 comme limite.
Si les chiffres divergent, la différence mérite une vérification, à commencer par la limitation réellement affichée sur le tronçon, qui peut changer d'une rue à l'autre. Les modalités de contestation sont exposées sur l'avis lui-même, avec leurs délais, que je ne vais pas vous citer de mémoire. La Sécurité routière détaille aussi son barème sur son site.
Garder une vraie marge de sécurité suppose de ne pas compter sur la soustraction. Elle joue en votre faveur après coup, elle ne vous autorise rien avant le passage de l'appareil. Rouler à 50 en zone 50 vous met hors de portée de toute arithmétique, et c'est la seule méthode qui ne dépende ni du type de radar ni de l'humeur de votre compteur. Les voitures banalisées, par définition, ne préviennent pas.
Pourquoi la rumeur a la vie dure
Les conversations de trottoir adorent les chiffres ronds. 10 km/h se retient mieux que « 5 km/h ou 5 % selon la vitesse », formule qui exige déjà un stylo.
Le test est simple : la prochaine fois qu'un proche vous annonce 10 km/h de marge, demandez-lui de quel appareil il parle. Si la réponse est une voiture banalisée, il a raison pour elle seule. Dans tous les autres cas, la soustraction se fait par 5 km/h sous 100 km/h.
Mon voisin a conclu l'échange en vérifiant mon avis ligne par ligne, stylo en main, sans commentaire. Il avait déjà eu la même discussion avec d'autres conducteurs de la rue, m'a-t-il dit, et le chiffre de 10 revenait à chaque fois.
Le calcul réserve d'ailleurs un renversement. Le même 58 km/h relevé par une voiture-radar banalisée donnerait 48 km/h retenus, donc sous la limite de 50. La croyance n'est donc pas née de rien, mais rien ne permet de parier dessus avant de passer, puisque ces véhicules sont précisément banalisés.
Sources : radars-auto.com | demarchesadministratives.fr
