Mon père rangeait chaque hiver une couverture, une pelle et un sac de litière dans son coffre : j’en riais, jusqu’au soir où je suis resté bloqué sur une route gelée

La couverture pliée en quatre, la pelle couchée sur le côté, je les trouvais ridicules. Jusqu’au soir où la voiture a glissé sur une côte, et où le froid a commencé à entrer.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png
Par L'équipe JDS

Vous aimez notre contenu ?

Ajoutez-nous à vos
favoris Google

À retenir
  • Une couverture et des vêtements chauds permettent de ne pas dépendre du seul chauffage.
  • Eau, nourriture et chargeur de téléphone couvrent les heures d'attente.
  • Des gants et une raclette servent à dégager la visibilité avant de repartir.

Un coffre de chantier, disais-je

La couverture, la pelle et le sac de litière que mon père rangeait chaque hiver dans son coffre ne tenaient pas de la lubie : ils recoupent en grande partie ce que recommandent aujourd'hui les autorités. Il y mettait du bon sens, rien de plus. Je l'ai compris tard, dans une voiture immobile, sur une route que le gel avait transformée en patinoire.

J'en riais, avec l'assurance de ceux que le froid n'a jamais pris en défaut.

Chaque automne, le rituel se répétait à l'identique. La couverture pliée en quatre, la pelle couchée sur le côté, le sac de litière coincé dans un angle pour ne pas rouler. Je lui demandais si nous partions pour le Grand Nord, et il répondait qu'on ne choisit jamais l'endroit où l'on s'arrête.

Il refaisait l'inspection un samedi de fin octobre, sans commentaire. Ma mère levait les yeux au ciel, moi aussi, avec un temps d'avance.

Avec le recul, ce qui me frappe n'est pas l'inventaire, c'est la régularité. Mon père ne guettait pas la catastrophe : il se préparait à un contretemps banal, de ceux qu'un hiver finit toujours par offrir. Trois objets, un coffre, et la même place chaque année.

Le soir où la route a gagné

Il a suffi d'une petite côte, un soir de grand froid, pour que mes certitudes glissent avec la voiture. Les roues motrices ont tourné dans le vide, puis plus rien. J'ai coupé le moteur, allumé les feux de détresse et regardé la température extérieure s'afficher en négatif. Ni maison ni phares à l'horizon, juste le silence d'une route de campagne.

J'étais en veste de ville, sans gants ni bonnet, avec des chaussures lisses qui patinaient sur le goudron verglacé. Mon coffre ne contenait que des courses, pas une couverture, pas une bouteille d'eau.

Mon téléphone m'a permis d'appeler une dépanneuse, pas de la faire arriver plus vite. J'ai fait tourner le chauffage avec modération, sans savoir que c'est précisément ce que conseille le ministère de la Transition écologique. Assis dans l'habitacle qui refroidissait, j'ai repensé à la couverture pliée en quatre du coffre paternel.

Ce que dit la liste officielle

Le ministère de la Transition écologique et la Sécurité routière publient chacun des conseils pour l'hiver, et leurs listes se ressemblent. À bord, ils recommandent des couvertures, des vêtements chauds, de l'eau et de la nourriture, de quoi tenir en cas de blocage. Pour la voiture elle-même, ils ajoutent une raclette, une bombe antigivre et des gants. Reste le téléphone chargé, son chargeur, et des chaînes ou des chaussettes à neige.

Sa couverture, au moins, figurait sur la liste officielle.

Avant même de démarrer, la page du ministère invite à consulter la vigilance météo et le site Bison Futé. Elle conseille de reporter son déplacement quand des intempéries ou une vague de grand froid sont annoncées. Dans les zones de montagne, elle ajoute de vérifier les arrêtés préfectoraux locaux.

Le service « Routes en hiver » de Bison Futé fonctionne par couleurs. En jaune, les pneus hiver sont conseillés ; en rouge, les équipements hivernaux adaptés aux conditions doivent être montés.

À quoi sert chaque objet quand on attend

Un blocage, c'est d'abord de l'attente, et l'attente, c'est du froid. Les consignes officielles demandent de se garer sur le bas-côté, ou de rester sur la file de droite sur autoroute, sans stationner sur la bande d'arrêt d'urgence sauf instruction contraire. Elles précisent aussi de mettre le chauffage modérément et de garder téléphone et radio à portée.

Tout s'éclaire alors. La couverture et les vêtements chauds permettent de ne pas tout demander au chauffage, l'eau et la nourriture couvrent les heures qui s'étirent. Les gants servent autant à gratter une vitre qu'à marcher jusqu'au pied d'un talus. Quant au téléphone chargé et à son chargeur, ils maintiennent le lien avec les secours et l'information routière.

La raclette et la bombe antigivre rendent la visibilité avant de repartir. Les chaînes ou chaussettes à neige ne valent que si l'on sait les poser : un essai dans l'allée, de jour, avant la première neige.

La litière, un geste d'usage

Reste le sac de litière, que ne mentionne aucune de ces listes. Glissée sous les roues motrices, comme le ferait du sable, elle aide à retrouver de l'adhérence : c'est un geste d'usage, courant chez les automobilistes. Aucun texte officiel ne le prescrit, ce qui n'a pas empêché des générations de coffres d'en abriter un sac.

La pelle dégage la neige autour des roues avant la litière.

Ce soir-là, je n'avais ni l'une ni l'autre. La dépanneuse a fini par arriver, et j'ai regagné la maison bien après l'heure du dîner. Le lendemain, j'ai appelé mon père. Il n'a pas dit « je te l'avais dit » et m'a simplement proposé de me prêter sa pelle.

Composer son coffre avant la première gelée

Nous sommes le 9 octobre, soit le bon moment pour préparer son coffre, avant les premiers gels. Rassemblez dans un sac ou une caisse la couverture, les vêtements chauds, les gants, une bouteille d'eau et de quoi grignoter. Ajoutez le chargeur de téléphone, la raclette et la bombe antigivre.

Placez les chaînes ou chaussettes à neige dans le coffre, après les avoir essayées une première fois. Pelle et sac de litière peuvent suivre, à titre d'usage plus que de consigne.

Le ministère indique que son service hivernal mobilise 7 500 agents, activables 24h/24 sur le réseau routier national, avec plus de 6 000 camions équipés de lames et de saleuses. Ce dispositif concerne ce réseau-là : sur une petite route gelée, l'attente se prépare surtout dans son propre coffre.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png

Toute l'équipe de rédaction Journal des Seniors vous guide à travers ce sujet qui nous concerne tous : la retraite. Comment l'anticiper, la préparer, et comprendre tous les rouages et informations pratiques pour une retraite paisible.

Aucun commentaire à «Mon père rangeait chaque hiver une couverture, une pelle et un sac de litière dans son coffre : j’en riais, jusqu’au soir où je suis resté bloqué sur une route gelée»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés
* Champs obligatoires