J’ai atterri à Dubrovnik et 30 minutes plus tard, j’étais face à des fjords que personne ne connaît

À peine 30 minutes de route depuis Dubrovnik, le Monténégro cache les bouches de Kotor, un fjord méditerranéen aussi spectaculaire que ceux de Norvège. Moins connu, moins cher et bien moins fréquenté que la Croatie voisine, ce joyau UNESCO reste l’une des destinations les mieux gardées d’Europe.

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Par L'équipe JDS

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Le Monténégro possède les bouches de Kotor, un fjord aussi spectaculaire que ceux de Norvège, des eaux turquoise qui rappellent la Croatie, des prix nettement plus doux qu'à Dubrovnik. Et pourtant, les Français n'y vont presque pas. Non par manque d'envie, mais parce qu'aucun tour-opérateur classique ne le propose au catalogue. Le comble, c'est que ce pays se trouve à trente minutes de voiture depuis l'aéroport de Dubrovnik.

À retenir

  • Un fjord méditerranéen à seulement 30 minutes de l'aéroport de Dubrovnik que presque personne ne visite
  • Les tarifs chutent de 20-30% comparé à la Croatie, avec des restaurants 35% moins chers qu'en France
  • Perast et Notre-Dame-du-Rocher cachent des histoires oubliées que aucun guide touristique ne raconte vraiment

Un fjord méditerranéen à deux pas de la Croatie

Surnommées le « fjord de l'Adriatique », les bouches de Kotor (Boka Kotorska) sont sans doute le plus beau joyau naturel du Monténégro. Pénétrant de 28 km dans les terres jusqu'à buter sur d'insurmontables édifices de roche nue, la Boka Kotorska couvre 87 km² et se compose en fait de quatre golfes successifs qui s'emboîtent les uns dans les autres au gré d'étroits isthmes enchâssés entre les montagnes. Techniquement, ce n'est pas un fjord au sens géologique strict, jamais aucun glacier ne s'écoula ici, il s'agit plutôt d'un large canyon ennoyé par la montée du niveau de la mer. Mais on a rarement vu baie naturelle mieux protégée et plus découpée.

Avec leurs eaux calmes cernées de hauts reliefs qui s'enfoncent sur une trentaine de kilomètres dans les terres, les bouches de Kotor sont souvent comparées à un fjord. C'est la Norvège sous le soleil méditerranéen. L'écrivain anglais William Boyd, qui y avait séjourné, parlait de création divine le septième jour. Une formule excessive peut-être, mais à peine. Classées au patrimoine mondial de l'UNESCO, elles attirent de plus en plus de voyageurs en quête de paysages spectaculaires et d'expériences uniques. Ce « de plus en plus » exclut, pour l'heure, les Français, grands absents de ce tableau.

Ce pays grand comme la moitié de la Bretagne épouse deux mondes : balkanique dans le chaos montagneux qui constitue son cœur, méditerranéen sur la frange littorale, où foisonnent pins odorants, palmiers, lauriers roses et citronniers. La combinaison est rare. La côte monténégrine n'a ni la fréquentation d'Hvar, ni les prix de Dubrovnik, et c'est précisément là que le voyageur curieux trouve son compte.

La question pratique que tout le monde évite de poser

La frontière entre Croatie et Monténégro reste le seul vrai sujet. Le Monténégro est accessible via l'aéroport de Dubrovnik situé à environ 2h30 de route de Podgorica si le trafic est fluide. Mais l'aéroport de Dubrovnik, justement, se trouve bien plus près des bouches de Kotor que de la capitale. La baie de Kotor se situe à un peu plus de 90 kilomètres de Dubrovnik, ce qui en fait une destination idéale pour une excursion d'une journée.

Le passage de frontière, voilà le vrai sujet. Pendant la saison touristique, il convient d'être très prudent en tenant compte de la saturation du réseau routier et du temps de passage aux frontières, qui peut prendre plusieurs heures. Ce n'est pas une raison d'y renoncer, c'est une raison de partir tôt. Les bouches de Kotor et la visite de Kotor nécessitant au minimum 6 à 8 heures, les touristes qui prévoient une excursion d'une journée ont intérêt à quitter Dubrovnik vers 6h–7h pour profiter d'une meilleure fluidité du trafic et éviter les bouchons aux douanes. Ceux qui traversent en voiture depuis la Croatie auront intérêt à éviter le poste frontière de Debeli Brijeg, très fréquenté par les bus touristiques et les voitures particulières, et à passer plutôt par le poste de Kobila, bien moins connu, ce qui peut faire gagner plusieurs heures.

Une précision importante pour ceux qui louent une voiture à Dubrovnik : le contrat doit bien stipuler que vous pouvez traverser la frontière avec le véhicule. Ce détail réglé, la route qui longe ensuite le littoral monténégrin est, à elle seule, un spectacle.

Perast et Notre-Dame-du-Rocher : l'endroit dont vous n'avez jamais entendu parler

Perast est un petit village d'un peu plus de 350 habitants, s'étalant sur une seule rue le long de la baie de Kotor, dos à la montagne. Ce charmant village baroque s'étend au bord des bouches de Kotor avec ses palais vénitiens et son ambiance hors du temps. Face au village, deux îlots surgissent de l'eau. L'un est l'île aux Morts avec le monastère Saint-Georges, l'autre est l'île Notre-Dame-du-Rocher.

Notre-Dame-du-Rocher mérite qu'on s'y arrête. Contrairement aux autres îles naturelles de la région, elle est entièrement artificielle, érigée au fil des siècles sur un rocher. L'île artificielle de Notre-Dame-du-Roches a vu le jour au XVe siècle. De nombreuses légendes entourent l'endroit. La plus connue rapporte l'histoire de deux frères pêcheurs : le 22 juillet 1452, ils auraient découvert une icône de la Vierge avec le Christ sur une falaise. En signe de gratitude, ils décidèrent de créer une île en jetant des pierres et en coulant de vieux bateaux. Cette tradition se perpétue chaque année lors du festival Fasinada, durant lequel les habitants continuent de jeter des pierres autour de l'île pour la préserver.

À Perast, il suffit d'embarquer dans un bateau pour parvenir à Notre-Dame-des-Roches. La traversée coûte 3 à 5 euros par passager selon la saison. À l'intérieur, le peintre Tripo Kokolja, éminent artiste du XVIIe siècle originaire de Perast, a légué 68 peintures au sein du monument. L'une des pièces les plus émouvantes est une tapisserie brodée par Jacinta Kunić-Mijović de Perast. Pendant 25 ans, elle attendit le retour de son bien-aimé marin en travaillant sur cette tapisserie. Elle utilisa des fibres d'or et d'argent, mais aussi ses propres cheveux, devenus gris au fil des années. Malheureusement, Jacinta perdit la vue avant de terminer son ouvrage. Ce genre de détail, qu'aucun guide de voyage ne résume vraiment, est la raison pour laquelle on revient d'un voyage avec quelque chose.

Ce que coûte vraiment le Monténégro

Le Monténégro reste 20% à 30% moins cher que la Croatie en matière d'hébergement et de restaurants, bien que l'écart se resserre. Dubrovnik pratique des tarifs quasi parisiens en été. Le contraste est saisissant. En moyenne, le budget pour manger au restaurant au Monténégro revient à 35% moins cher qu'en France. Et les loisirs y coûtent en moyenne 47% moins cher qu'en France.

La monnaie utilisée au Monténégro est bien l'euro, même si la banque centrale du Monténégro n'est pas autorisée à frapper la monnaie et qu'aucune pièce ne comporte de face nationale monténégrine. Pas de conversion à calculer, pas de bureau de change, un avantage non négligeable qui rend le séjour encore plus fluide. En revanche, le Monténégro ne faisant pas partie de l'Union européenne, des frais d'itinérance assez élevés peuvent être prélevés par les opérateurs français : pensez à vérifier votre forfait mobile avant de partir, ou à acheter une SIM locale à l'arrivée.

La vraie question n'est pas de savoir si le Monténégro est une belle destination, c'est acquis, prouvé, classé à l'UNESCO. Elle est de comprendre pourquoi les voyageurs français continuent de se concentrer sur la Croatie voisine quand, à moins d'une heure de route, les bouches de Kotor forment un immense fjord méditerranéen, bordé de villages anciens figés dans le temps et dominé par des sommets majestueux, sans la moitié des touristes ni le double des prix. Le fait que Pierre Loti lui-même y ait vécu une romance dans le village de Baošići, au point d'en faire le sujet d'une de ses œuvres, dit peut-être tout de l'effet que ce littoral peut produire sur un esprit attentif.

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