Huit ans de vacances à Majorque, toujours en juin. Puis un ferry de 30 minutes depuis Ibiza et tout change. Formentera, la plus petite île des Baléares, offre ce que Majorque a perdu : le calme, l’authenticité et des eaux turquoise cristallines préservées par une prairie marine vieille de 100 000 ans.
On réservait chaque juin à Majorque depuis huit ans : la première fois qu’on a pris ce ferry de 30 minutes depuis Ibiza, on n’y est jamais retournés

Huit ans de juin à Majorque : les hôtels que l'on connaît par cœur, la plage que l'on retrouve comme un vieux pull, la terrasse où l'on déjeune toujours au même endroit. Et puis un détour par Ibiza, un billet de ferry pris presque par hasard, trente minutes de traversée, et Majorque disparaît définitivement du programme. C'est souvent comme ça que Formentera entre dans une vie.
Souvent décrite comme le dernier paradis de la Méditerranée, Formentera est la plus petite île habitée de l'archipel des Baléares. Elle ne mesure que 83,2 km², avec un littoral de 69 km qui se compose de nombreuses plages et criques. Aucun aéroport, aucun grand complexe hôtelier, aucune discothèque à l'horizon. Ce n'est pas un oubli de développeurs immobiliers : c'est une décision politique assumée, une île qui a choisi de rester petite pour rester belle.
À retenir
- Un ferry de 30 minutes sépare Ibiza de Formentera, mais aussi deux mondes complètement différents
- En juin, l'île accueille à peine 10% de ses visiteurs estivaux, tandis que les prix baissent de 30 à 40%
- Une prairie marine classée au patrimoine UNESCO depuis 1999 filtre l'eau depuis cent mille ans
Trente minutes qui changent tout
La seule façon d'aller d'Ibiza à Formentera est par ferry, car l'île ne dispose pas d'aéroport. Baleària propose des fast ferries directs du port d'Ibiza au port de La Savina en seulement 30 minutes. Quatre opérateurs assurent cette liaison : Balearia, Trasmapi, Aquabus et Formentera Lines. En haute saison, il y a environ 477 traversées par semaine, soit une toutes les vingt minutes aux heures de pointe. La logistique est sans surprise.
Ce qui l'est davantage, c'est la sensation à l'arrivée. Dès l'instant où l'on débarque à Formentera, on peut respirer cette ambiance calme tellement caractéristique, et l'on est tout de suite captivé par ses habitants, son atmosphère inégalable et ses eaux, uniques pour leur transparence et leur couleur turquoise. Ceux qui arrivent depuis Ibiza parlent souvent d'un sas de décompression, presque physique. En trente minutes, le volume sonore du monde baisse d'un cran.
Ici, le tourisme est indissociable de l'éthique écologique, avec un nombre d'hôtels limité, des constructions réglementées et une majorité de visiteurs circulant en deux-roues. L'endroit est idéal pour vivre pieds nus et profiter de quelques-unes des plus belles plages d'Europe. L'île est parcourue par plus de 100 kilomètres de "circuits verts", 32 itinéraires qui permettent d'explorer des paysages ruraux, des zones dunaires et des côtes escarpées en pleine connexion avec la nature.
Pourquoi les eaux de Formentera sont-elles à ce point irréelles
Si quelque chose se distingue dans le paysage côtier de Formentera, ce sont les eaux cristallines qui entourent l'île, et c'est grâce à l'immense prairie de Posidonia Oceanica, qui joue le rôle de purificateur naturel. Son importance écologique est telle qu'elle a été déclarée patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999. Cette plante marine, qui pousse à raison d'un centimètre par an, filtre les impuretés et oxygène les fonds avec une efficacité que n'imite aucune technologie humaine. Dans la prairie entre Formentera et Ibiza, il existe un spécimen de 8 km de long qui constitue une seule plante, impliquant un âge d'environ 100 000 ans. Cent mille ans de filtre naturel : voilà pourquoi l'eau ressemble à du verre teinté de turquoise.
De toutes les plages de Formentera, Ses Illetes est sans aucun doute la plus célèbre ; elle se classe régulièrement parmi les plus belles plages d'Europe. Cette splendeur s'étend sur une bande de sable fin et doré de 1,5 km, baignée par des eaux translucides. Plus au sud, Migjorn est la plus longue plage de Formentera et d'Ibiza, avec pas moins de 5 kilomètres de sable blanc immaculé. Entre les deux, Cala Saona, Llevant, Es Caló : chaque crique est une variation du même thème, déclinée à l'infini.
Juin à Formentera : le privilège de la basse saison
Voilà ce que savent les Espagnols et que les touristes du nord de l'Europe mettent du temps à comprendre. Juin et septembre sont les meilleures mois pour un superbe climat et un peu moins de monde. Le mois de juin, avec sa moyenne de 24°C, est le mois idéal pour se rendre à Formentera. Les touristes commencent tout juste à arriver mais sont beaucoup moins nombreux que les mois suivants.
La différence avec Majorque en juin est saisissante. Là-bas, les hôtels tournent à plein régime dès la mi-mai, les prix atteignent leur niveau de haute saison, les restaurants affichent complet à 20h. À Formentera, le même mois offre une tout autre partition : taux d'occupation bien inférieur à celui d'Ibiza, hébergements 30 à 40 % moins chers qu'en juillet, et une mer à 20 à 21°C, parfaite pour nager sans concurrence. Ce n'est qu'à partir de juillet que la population de l'île explose pour atteindre jusqu'à 30 000 à 40 000 personnes par jour, entre vacanciers, saisonniers et visiteurs à la journée. En juin, on est encore loin du compte.
Les habitants de la péninsule ibérique, eux, connaissent ce secret depuis longtemps. Une majorité de visiteurs en début de saison sont espagnols, qui réservent leurs séjours tôt pour s'assurer les meilleures adresses avant que la clientèle internationale n'envahisse les plages. Formentera ne présente pas de zones trop touristiques où les commerces ont envahi les rues et où les caractères authentiques de l'île se sont parfois perdus. C'est une destination idéale pour ceux qui cherchent le calme et les aspects les plus typiques de la Méditerranée.
Ce que l'on fait concrètement là-bas (et que l'on ne fait pas ailleurs)
On arrive à La Savina, le seul port de l'île, et on loue un vélo ou un scooter électrique en dix minutes. L'île ne compte que très peu de routes, mais 32 voies vertes permettent de la sillonner. Bordés de pierres sèches, d'oliviers ou de figuiers, ces sentiers mènent parfois à des criques discrètes agrémentées de chiringuitos blottis sous les pins. En juin, ces criques sont encore accessibles sans se battre pour une serviette de plage.
Les fonds marins de l'île, notamment les prairies de posidonie classées au patrimoine mondial de l'UNESCO, abritent une riche biodiversité qui fait le bonheur des amateurs de snorkeling. Pas besoin de bouteille ni de brevet : un masque et un tuba suffisent pour observer des fonds que la clarté de l'eau rend lisibles à plusieurs mètres de profondeur. Les marais salants de Ses Salines, situés au nord près du port de La Savina, constituent aujourd'hui une réserve naturelle protégée et un sanctuaire pour de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs, dont les flamants roses, que l'on peut admirer pendant les saisons intermédiaires. En juin, les flamants sont encore présents.
Le soir, les villages aux maisons blanchies à la chaux, les phares emblématiques et les chemins ruraux invitent à la déconnexion et à la découverte d'un rythme de vie plus lent et apaisé. Sant Francesc Xavier, la capitale, tient dans quelques rues. Le marché artisanal de La Mola se tient tous les mercredis et dimanches de juin à octobre et propose bijoux, tissus, céramiques et peintures. Le marché artisanal de Sant Ferran se tient tous les mardis et vendredis de la même période. Une tradition hippie des années 1970 que l'île entretient sans nostalgie, avec naturel.
Un détail pratique que l'on découvre en arrivant : de juin à septembre, il est obligatoire d'obtenir un permis via le site Formentera Eco et de payer une redevance journalière pour tout véhicule circulant sur les routes publiques. Ce système, mis en place pour réguler la circulation et protéger l'environnement, oriente subtilement les visiteurs vers le vélo et les transports collectifs. Pour un couple de retraités qui n'est pas pressé d'aller partout en même temps, c'est moins une contrainte qu'une invitation à ralentir davantage. Et à ne jamais rentrer à Majorque.
Sources : omio.fr | sudissimo.com