Élu village préféré des Français en 2024, Collioure aux Pyrénées-Orientales offre les panoramas de la Côte d’Azur sans ses défauts : une baie turquoise, des vignes en terrasses, seulement 2400 habitants et une authenticité préservée. Entre fauvisme, anchois IGP et accès direct en train, ce village catalan redéfinit l’art de vivre méditerranéen.
Depuis que j’ai découvert ce village des Pyrénées-Orientales, je sais que je ne retournerai plus jamais sur la Côte d’Azur

En 2024, Collioure, dans les Pyrénées-Orientales, décrochait le titre de "village préféré des Français." Mais l'essentiel n'est pas là. Le titre confirme ce que quelques initiés savaient depuis longtemps : ce village est une petite ville construite autour d'une baie à l'eau turquoise, entourée de vignes en terrasses, avec au second plan les Pyrénées qui, avec le massif des Albères, viennent plonger dans la Méditerranée. Un paysage qui n'a strictement rien à envier aux panoramas de la Côte d'Azur, avec, en prime, l'absence de tout ce qui rend celle-ci insupportable en août.
À retenir
- Un village de 2400 habitants où les remparts de Vauban ont gelé le temps et interdit le bétonnage
- Une baie turquoise avec criques atypiques et plages de galets où Matisse a inventé le fauvisme
- Un accès en 19 minutes de train depuis Perpignan : liberté sans autoroute ni parking
Ce que la Côte d'Azur a perdu, Collioure ne l'a jamais eu
2 400 habitants. C'est le chiffre qui dit tout. À ce gabarit-là, impossible de bétonner, impossible de construire une promenade des Anglais bis. Ce qui fascine à Collioure, c'est le contraste saisissant entre le cadre pittoresque de ce petit bourg catalan alangui auprès de la Méditerranée, aux ruelles pavées, fleuries, baignées de soleil et hautes en couleurs, et la puissance défensive de ses hauts et fiers remparts. Ces remparts, remodélisés par Vauban au XVIIe siècle, ont figé la silhouette du village dans un état que les promoteurs immobiliers n'ont jamais pu défaire. Résultat : c'est à Collioure que vous trouverez nombre de petites criques et de plages atypiques propres à la Côte Vermeille, comme la crique de Saint-Vincent ou la crique Boramar.
Les plages, ici, sont de galets. Ceux qui cherchent du sable fin calibré au millimètre, ratissé à 7h du matin, passeront leur chemin. Les autres, ceux qui apprécient l'authenticité d'un bord de mer non aseptisé — comprendront immédiatement pourquoi les peintres s'y sont arrêtés. Matisse et Derain, inspirés par les couleurs et la lumière, ont inventé ici un nouveau courant pictural, le fauvisme, caractérisé par l'usage de teintes éclatantes. Ce n'était pas un hasard de villégiature : c'était une évidence sensorielle.
La question du climat mérite qu'on s'y attarde. Quand l'arrière-pays roussillonnais cuit à 38°C en juillet, le bord de mer à Collioure tourne autour de 25-26°C grâce à la brise marine et à l'effet régulateur de la Méditerranée. La ville bénéficie d'un climat méditerranéen, avec une température moyenne entre 12° et 29° sur l'année. Ce différentiel thermique est exactement ce que les 55-70 ans cherchent : de la chaleur sans l'écrasement, du soleil sans l'agression.
Le train, l'argument définitif contre la voiture
Voilà l'un des atouts les plus sous-estimés de Collioure : il existe un train direct depuis Perpignan jusqu'à Collioure. Un voyage d'une journée est possible car la durée est de 19 minutes et la distance est de 25 km. Pas de parking à chercher, pas de file sur l'autoroute A8 version Côte d'Azur, juste un TER régional qui longe la mer et qui dépose directement au cœur du village. Les lieux incontournables comme le musée d'Art Moderne ou l'église Notre-Dame-des-Anges sont accessibles à pied de la gare.
La ligne Perpignan-Cerbère dessert Argelès-sur-Mer, Collioure, Port-Vendres, Banyuls et Cerbère. On peut ainsi organiser un itinéraire linéaire en reliant les villages à pied par le sentier littoral, puis revenir en train quand les jambes fatiguent. Ce sentier du littoral offre une très belle randonnée de 32 km d'Argelès-sur-Mer à Cerbère. On passe par le Racou, Collioure, Port-Vendres, Cap Béar, Paulilles et Cerbère, en découvrant plages, criques, villages, sites patrimoniaux et de nombreux paysages pittoresques.
Pour ceux qui ont renoncé à conduire longtemps sur l'autoroute, ou qui ont tout simplement mieux à faire de leur temps, cette logistique représente une liberté concrète. Cinq heures depuis Paris en TGV jusqu'à Perpignan, dix-neuf minutes de TER ensuite : on est au bord de la mer méditerranéenne sans avoir touché un volant.
Anchois, vins de schiste et marché du mercredi
L'anchois de Collioure IGP est l'emblème culinaire de la ville. Une spécialité ancestrale à retrouver dans les boutiques des maisons Roque et Desclaux, dernières entreprises de salaison de Collioure. Dernier, le mot compte. Ces deux maisons perpétuent un savoir-faire qui existait bien avant que Nice ait son aéroport. La pêche à l'anchois, la salaison en barriques, l'affinage de plusieurs mois : une filière que les industriels du poisson en conserve ont tenté de copier sans jamais approcher le résultat.
Le vin, lui, est une révélation pour beaucoup de visiteurs. Le vignoble est planté en terrasses, sur des coteaux pentus et pierreux jusqu'à 400 mètres d'altitude, et surplombe souvent la mer. Plus d'un tiers des vignes sont situées sur des pentes avec une inclinaison supérieure à 50%. Le paysage est celui de terrasses de vigne divisées par des murets de pierre schisteuse appelés feixes. Ces murets, que les vignerons entretiennent pierre à pierre, forment selon certains calculs plus de 6 000 kilomètres de murs à sec, soit la distance de Paris à New York. L'appellation Collioure produit des vins rouges puissants et structurés, des blancs élégants et minéraux, ainsi que des rosés frais et fruités.
Le marché de Collioure a lieu le mercredi matin et le dimanche matin sur la Place du Maréchal Leclerc. Deux matinées par semaine où le village redevient ce qu'il a toujours été : un lieu de vie catalan, pas un décor de carte postale. On y croise des producteurs locaux, des pêcheurs qui écoulent leur prise de la nuit, des fromages des Pyrénées qui n'ont aucune raison de voyager plus loin.
La question de la fréquentation : ouvrir les yeux avant d'y aller
Soyons honnêtes : un an après avoir été élu village préféré des Français, Collioure a vu le nombre de ses touristes exploser. Un artiste peintre installé à Collioure depuis 30 ans constate : "depuis le titre, ça s'accélère. Collioure devient un village d'attraction touristique. On commence à avoir du tourisme de masse." Ce n'est pas une raison de renoncer, c'est une raison de choisir le bon moment. Mai, juin, septembre et octobre offrent les mêmes lumières, la même mer à des températures encore très agréables (entre 14° et 21° selon la période), et une fréquentation sans commune mesure avec les semaines du 14 et du 15 août.
Pour un premier séjour, un découpage en trois bases fonctionne bien : Collioure pour l'ambiance port et le patrimoine fauviste, Port-Vendres ou Paulilles pour les criques et le sentier marin, puis Banyuls ou Cerbère pour la réserve marine et la proximité de la frontière espagnole. Ce qui distingue ce coin de France, c'est précisément que le village préféré des Français n'est qu'un point de départ : la côte Vermeille est une portion singulière des Pyrénées-Orientales, où le massif des Albères tombe littéralement dans la mer. Une géographie que personne ne peut bétonner, même avec beaucoup d'ambition immobilière, les pentes l'interdisent physiquement.
Un dernier détail que peu de guides mentionnent : le cimetière de Collioure contient la tombe du poète espagnol Antonio Machado, qui a fui ici pour échapper à l'avancée des troupes franquistes à la fin de la guerre civile espagnole en 1939. Ce village de 2 400 habitants porte en lui plusieurs siècles d'Histoire catalane, espagnole et française. On n'efface pas ça avec un complexe hôtelier cinq étoiles, et c'est précisément pour ça que Collioure résiste encore à ce que la Côte d'Azur est devenue.
Sources : banyuls-sur-mer.com | france3-regions.franceinfo.fr
