Chaque automne, des milliers de fils soyeux et brillants recouvrent les haies et pelouses. Ces filaments sont en réalité de la soie d’araignée abandonnée par de minuscules araignées pratiquant le ballooning, un vol passif où elles se laissent porter par le vent et les champs électriques. La rosée du petit matin rend ces fils invisibles normalement visibles et scintillants.
Chaque automne, des milliers de fils brillants recouvrent la haie et la pelouse au petit matin : voici d’où ils arrivent vraiment pendant la nuit

- Les fils brillants sont de la soie d'araignée produite par de jeunes araignées linyphiidés mesurant moins de 2 mm
- Le ballooning est un vol passif où l'araignée se dresse sur ses pattes, libère de la soie et se laisse porter par le vent et les champs électriques
- La rosée du petit matin rend visible ces filaments invisibles en plein jour sur les haies et pelouses
- Le phénomène se produit aussi au printemps mais semble plus visible en automne grâce à la rosée plus abondante
Des araignées minuscules derrière le tapis brillant
Ces fils luisants sont de la soie d'araignée, laissée pour l'essentiel par de jeunes individus, notamment des linyphiidés dont les érigones. Ces petites voyageuses pratiquent le ballooning : elles s'élancent au bout d'un fil et se laissent porter par l'air. Ce que vous voyez sur la haie, c'est ce qu'elles ont abandonné derrière elles.
Ni pollen, ni givre, ni fibre tombée du ciel.
Les érigones dépassent rarement 2 mm et mesurent parfois moins de 1 mm. Leur inoffensivité est notoire, et elles restent d'ailleurs au bout de leur fil de soie, ce qui les tient à distance.
Le décollage : une araignée sur la pointe des pattes
La scène se joue à l'échelle du brin d'herbe. L'araignée se dresse sur la pointe des pattes, l'abdomen levé, et libère de la soie jusqu'à ce que la surface des fils suffise à l'air pour la soulever. Le mot ballooning, littéralement « vol montgolfière », décrit un vol passif. Il suit le sens et la force du vent, et ses passagers appartiennent à ce qu'on nomme le plancton aérien.
Le vent n'explique pourtant pas tout. Une étude de 2018 a conclu que les champs électriques fournissent assez de force pour soulever des araignées, et qu'ils pourraient même déclencher le comportement. L'atmosphère et son champ électrique jouent donc un rôle dans l'envol.
Le procédé est répandu chez les érigones, les linyphiidés, les thomises, les orbitèles et les tétragnathidés. Il sert surtout aux jeunes, même si des individus plus grands ont été observés en train de le faire.
Les matins d'été indien, ou la météo des envols
Il leur faut du temps chaud et une brise légère. Le phénomène diminue au-delà de 3 m/s de vent. Ce calme relatif colle bien avec les belles journées de fin septembre.
Le sol joue aussi son rôle. Après une longue période de froid, si le temps bascule vers des jours chauds et ensoleillés, le sol se réchauffe vite et crée un courant de convection ascendant. Les jeunes araignées, elles, s'observent plutôt en automne lors de ces épisodes d'« été indien ».
Certaines font quelques mètres, d'autres des kilomètres.
La rosée, révélatrice de l'invisible
Les araignées ne consomment pas le fil qu'elles laissent traîner : on le retrouve accroché à la végétation ou aux vêtements. Haie, clôture, brins de pelouse, tout peut servir de piquet. En plein jour, on remarque à peine ces filaments.
Avec les nuits plus fraîches de fin septembre, la rosée se dépose sur ces fils. Chaque brin se charge de gouttelettes, puis s'illumine dès que le soleil rasant le touche. Sur certaines prairies, ces soies forment un vrai feutrage. Laissés en arrière, les fils peuvent recouvrir des surfaces importantes dans les jardins et les prés.
Reste la question de la nuit. Ce que vous découvrez au petit matin a sans doute été déposé par des envols des heures douces précédentes, la rosée se chargeant ensuite de le rendre visible.
Un phénomène de printemps autant que d'automne
Ce n'est pas une exclusivité de l'automne. Chez les juvéniles, le ballooning s'observe surtout en automne et au printemps, saisons d'émergence des cocons. Les jeunes araignées se dispersent alors en cohorte, au même moment.
La rosée rend simplement les fils plus visibles à l'automne.
Le début de l'automne est aussi la saison de l'accouplement. Selon un arachnologue amateur de Reims, de nombreux mâles y cherchent des partenaires.
Fils de la Vierge, fils de Saint-Rémi : un nom de tendresse
Dans de nombreuses provinces françaises, ces fils ont fait naître des légendes : la Vierge Marie est assise près de l'Enfant qui sommeille. Du bout de son fuseau, elle laisse échapper de longs fils que le vent éparpille et qui tapisseront le nid des oisillons durant l'hiver. Difficile de trouver explication plus douce pour une pelouse en désordre.
Localement, on parle aussi de fils de la Saint-Rémi, en référence au saint patron du diocèse de Reims, fêté au début d'octobre. D'autres disent cheveux d'ange.
Un conseil simple : sortez tôt, avant que la rosée s'évapore, et placez-vous face au soleil levant, à hauteur de haie. C'est là que les fils se voient le mieux. Inutile d'y toucher, ce ne sont que des traces de passage.
Chez les linyphiidés, mâles et femelles adultes peuvent s'envoler par milliers en même temps, avec des envols massifs en automne et en hiver. Les fils qui brillent sur votre haie ne sont donc pas toujours l'affaire de nouveau-nés.
Source : sciencepost.fr