En pesant sa barquette vide rentrée du marché, un client réalise qu’il a payé près de deux euros pour du carton sur ses girolles. Cette découverte révèle une pratique commerciale courante : l’oubli de la tare lors de la pesée. Un geste simple suffit pour y remédier.
J’ai acheté mes girolles au kilo chez le primeur du marché : en pesant la barquette vide à la maison, j’ai compris ce que je payais depuis des années

Rentrée du marché, sac de girolles posé sur la balance de cuisine : cinquante-huit grammes. C'est le poids de la barquette en carton kraft que le primeur avait pesée avec ses champignons, sans jamais retirer ce poids du calcul. Sur un kilo de girolles à trente-deux euros, ces cinquante-huit grammes représentent presque deux euros facturés pour... un bout de carton.
Une pesée qui change le regard sur quinze années d'achats au marché.
- Une barquette vide de girolles pèse 58 grammes, soit environ 2 euros facturés pour du carton sur un kilo à 32 euros.
- Le poids net doit être calculé après déduction de la tare, c'est-à-dire du poids de l'emballage : c'est ce qu'affirme la Cour de cassation depuis 1985.
- Demander « Vous faites bien la tare ? » au moment de la pesée corrige généralement cette pratique chez le primeur.
Le réflexe qui a tout déclenché
L'idée n'avait rien de savant. Rentrée à la maison, la barquette vidée, rincée, séchée, posée sur la balance électronique du plan de travail. Le chiffre affiché a fait tiquer : cinquante-huit grammes pour un simple contenant en carton, soit près de 6 % du poids total facturé lors de l'achat.
Sur des girolles vendues au détail, ce n'est pas anodin. Ramené à l'année, sur une dizaine d'achats de champignons, de châtaignes ou de raisins en barquette, la différence se chiffre en dizaines d'euros qui partent dans l'emballage plutôt que dans l'assiette.
Poids net, poids brut : la distinction que la balance du marché escamote
Le vocabulaire du commerce a réponse à tout, encore faut-il le connaître. Le poids brut correspond à la marchandise et à son contenant pesés ensemble, tandis que le poids net désigne le poids de la marchandise proprement dite, compte non tenu du poids de l'emballage ou du contenant. Entre les deux se glisse la tare, définie sans ambiguïté par les dictionnaires de référence : le poids de l'emballage ou du contenant pesé avec une marchandise, qu'il faut déduire du poids brut pour obtenir le poids net.
Cette notion n'a rien de récent. Le Dictionnaire de l'Académie française la mentionnait déjà comme une pratique marchande établie, précisant que le net se dit des marchandises mêmes, déduction faite de la tare. Ce que le client paie au kilo, c'est le fruit, le légume ou le champignon, jamais le récipient qui le contient.
Une barquette, un sachet, un panier : le détail qui pèse
Sur un marché, l'emballage prend mille formes. Barquette en carton pour les girolles, sachet en papier kraft pour les châtaignes, petit panier en bois pour les framboises ou les raisins de la saison. Chacun a son propre poids, et aucun n'est censé entrer dans le calcul du prix.
Un sachet en papier standard pèse rarement plus de quelques grammes. Une barquette en carton alvéolé, en revanche, peut facilement dépasser les cinquante grammes, surtout si elle est renforcée pour supporter le poids de produits fragiles comme les girolles.
La différence entre les contenants explique pourquoi la vigilance doit s'exercer produit par produit.
Ce que dit le droit sur cette pratique
Vendre au poids en incluant l'emballage dans le calcul du prix n'est pas qu'une question de bon sens commercial. La notion même de tromperie sur la marchandise renvoie à la fraude en matière de vente de denrées alimentaires et de produits agricoles, qui peut porter sur la nature, la qualité ou la quantité de la marchandise.
La chambre criminelle de la Cour de cassation s'est prononcée sur cette question précise le 20 mai 1985, dans un arrêt portant le numéro 84-91.606. Les juges y ont retenu que le prix au kilo devait s'entendre du poids total, déduction faite de la tare, ce qui revient à dire que facturer l'emballage au même tarif que la marchandise relève de la tromperie sur la quantité.
Cette décision ne vise pas un commerçant en particulier ni une profession dans son ensemble.
Elle fixe un principe : le prix affiché au kilo porte sur ce qui se mange, pas sur ce qui l'entoure.
Pourquoi la tare disparaît si souvent de la balance
Sur un marché animé, un samedi matin de fin septembre, la cadence ne laisse guère de place à la minutie. Le primeur pèse, annonce le prix, encaisse, sert le client suivant. Faire la tare demande un geste supplémentaire, une manipulation de la balance que tous les étals n'effectuent pas systématiquement.
Certains marchands utilisent des balances à tare automatique, qui déduisent le poids du contenant en un seul geste. D'autres pèsent directement à la louche ou au sachet, sans repasser par cette étape. La différence entre les deux pratiques ne se voit pas à l'œil, elle se mesure à la maison, sur sa propre balance.
Le geste simple qui change la note
Demander la tare avant l'achat ne coûte rien et prend cinq secondes.
Il suffit de poser la question au moment de la pesée : « Vous faites bien la tare ? » Une phrase courte, presque banale, qui rappelle au vendeur que le client connaît la règle. Sur les marchés où l'affluence est forte, ce simple rappel suffit souvent à corriger l'habitude.
Pour les produits vendus en vrac, verser directement dans son propre sac ou son cabas reste la solution la plus radicale. Sans emballage fourni par le marchand, la question de la tare ne se pose même plus, et le poids affiché correspond exactement à ce qui finira dans la poêle.
Garder le ticket de caisse, ou simplement le souvenir du poids annoncé, permet aussi de vérifier chez soi, comme cette pesée improvisée d'une barquette vide l'a montré.
Une vigilance qui vaut pour toute la saison
Girolles aujourd'hui, cèpes et châtaignes dans quelques semaines, raisins de table encore présents sur les étals : la saison automnale multiplie les achats au poids sur des produits fragiles, souvent vendus en barquette ou en petit panier pour éviter l'écrasement pendant le transport.
Chaque contenant a son propre poids à vide, et ce poids varie sensiblement d'un marchand à l'autre selon le type d'emballage choisi. Une pesée occasionnelle à la maison, barquette vide sur la balance de cuisine, donne une idée précise de ce qui est réellement facturé au-delà du produit lui-même. Ce contrôle personnel, gratuit et rapide, en dit parfois plus long sur les habitudes d'un étal que dix ans d'achats sans y prêter attention.
Sources : legifrance.gouv.fr | dictionnaire-academie.fr | dvlf.uchicago.edu