Le flacon de désherbant à la main, le geste était presque automatique : quelques pulvérisations autour de la pierre tombale, histoire que les herbes folles ne prennent pas le dessus avant les visites de la Toussaint. Sauf qu'au détour d'une allée du cimetière, un gardien a interrompu net cette habitude bien ancrée. Interdit. Depuis plusieurs années déjà. Une règle qui semble avoir échappé à beaucoup de familles, encore nombreuses à dégainer leur pulvérisateur sans se douter qu'elles enfreignent la loi. Alors, que s'est-il vraiment passé, et surtout, comment entretenir une tombe sans finir hors-la-loi ?
- Depuis l'arrêté du 15 janvier 2021, les pesticides de synthèse sont interdits dans les cimetières à compter du 1er juillet 2022.
- Cette interdiction s'applique à tous, services municipaux comme particuliers, même sur leur propre concession familiale.
- Pour entretenir une tombe sans enfreindre la loi, on peut utiliser le désherbage manuel, l'eau bouillante, le paillage ou le binage régulier.
Pourquoi le désherbant est désormais interdit dans les cimetières
Pendant longtemps, les cimetières ont fait figure d'angle mort dans la réglementation sur les pesticides. Alors que jardins, parcs publics et trottoirs avaient déjà vu disparaître les produits phytosanitaires de synthèse, les allées funéraires continuaient d'être traitées au glyphosate ou à d'autres désherbants chimiques, aussi bien par les communes que par les particuliers venus fleurir une tombe. Le problème, c'est que ces substances ne restent pas sagement entre les pavés. Elles s'infiltrent dans les sols, gagnent les nappes phréatiques et ruissellent vers les cours d'eau, et menacent la biodiversité environnante, abeilles et autres insectes pollinisateurs en tête. Un cimetière, aussi minéral soit-il, peut être un espace perméable, souvent végétalisé, parfois même refuge pour une faune discrète. Continuer à y épandre des pesticides revenait donc à maintenir une exception difficilement justifiable, alors même que la France avait amorcé depuis plusieurs années un virage net vers le zéro pesticide dans les espaces publics.
Ce que dit précisément l'arrêté du 15 janvier 2021
C'est un texte réglementaire précis qui a mis fin à cette anomalie. Un arrêté du 15 janvier 2021 a étendu aux cimetières, à partir du 1er juillet 2022, l'interdiction des pesticides de synthèse. Concrètement, cela signifie que depuis cette date, il n'est plus permis d'utiliser le moindre désherbant chimique sur les tombes, qu'il s'agisse d'un produit acheté en jardinerie ou d'une recette de grand-mère un peu trop musclée. Cette interdiction s'applique aussi bien aux services municipaux chargés de l'entretien général du cimetière qu'aux particuliers qui viennent fleurir et nettoyer la concession familiale. Autrement dit, le fameux geste automatique du flacon pulvérisé devant la pierre tombale est bel et bien prohibé, et ce, peu importe que la tombe soit une propriété privée au sens juridique du terme. Les communes n'ont d'ailleurs pas pour obligation d'afficher cette interdiction, même si, dans les faits, l'information reste encore mal relayée auprès du grand public, d'où la surprise de nombreux visiteurs face aux explications d'un gardien ou d'un agent communal.
Les alternatives autorisées pour entretenir les tombes
Rassurons tout de suite les adeptes des tombes impeccables : il reste tout à fait possible de garder une concession propre et nette, simplement avec d'autres méthodes. Le désherbage manuel reste la solution la plus simple, à l'aide d'un petit outil ou tout bêtement à la main, pour retirer les herbes indésirables au fur et à mesure qu'elles apparaissent. L'eau bouillante constitue également une alternative reconnue et efficace, en particulier sur les petites surfaces entre les dalles ou le long des bordures. Versée directement sur les herbes, elle les brûle sans laisser de résidus toxiques dans le sol. On peut aussi citer :
- le paillage, qui limite la repousse des herbes tout en habillant joliment la tombe
- le binage régulier, pour éviter que les racines ne s'installent durablement
- l’eau claire, utilisée avec parcimonie sur les surfaces minérales
Ces solutions demandent un peu plus de régularité qu'un simple coup de pulvérisateur une fois par an, mais elles permettent de concilier respect de la mémoire des proches et respect de l'environnement, sans prendre le moindre risque face à la réglementation.
Finalement, cette interdiction n'a rien d'une contrainte absurde : elle s'inscrit dans une logique de cohérence environnementale qui touche désormais tous les espaces publics, cimetières compris. Un petit changement d'habitude, pour un geste qui compte, même au pied d'une tombe.


