Cliente de Gifi depuis les années 90, j’ai lu l’article de Sud Ouest deux fois, crayon en main. Ce qui se dit ce mardi pourrait bien changer la façon dont je range mes tickets de caisse.
Je fais mes cadeaux chez Gifi depuis les années 90 : en lisant ce que Sud Ouest révèle, j’ai compris ce qui va se jouer ce mardi pour les 513 magasins

- Gifi serait en état de cessation de paiements, selon Sud Ouest.
- Un comité d'entreprise extraordinaire est prévu le mardi 20 octobre.
- Patrick Puy, président du directoire depuis le 12 octobre, est le quatrième dirigeant en moins de deux ans.
- Une carte cadeau non utilisée deviendrait une créance à déclarer au mandataire judiciaire.
Ce que Sud Ouest a révélé dimanche
Selon Sud Ouest, qui publiait cette information en exclusivité le 18 octobre, Gifi serait en état de cessation de paiements. Les mandataires auraient été avisés, et l'enseigne s'apprêterait à demander la protection judiciaire du tribunal de commerce de Toulouse. À la date de publication, l'entreprise n'avait pas confirmé publiquement ces éléments. Cliente de la maison depuis les années 90, j'ai lu l'article deux fois, crayon en main.
Tout se joue ce mardi 20 octobre.
D'après le quotidien, un comité d'entreprise extraordinaire devrait officialiser la situation auprès des salariés ce jour-là. Il serait présidé par Patrick Puy, nommé président du directoire le 12 octobre, soit huit jours plus tôt. Il est le quatrième dirigeant de l'enseigne en moins de deux ans. Cette cadence ne prouve rien à elle seule, mais elle se remarque.
Prudence, donc : tout ce qui suit relève des informations du journal et s'écrit au conditionnel. À ce stade, aucune procédure n'a été officiellement ouverte.
Quarante-cinq ans de bazar, né à Villeneuve-sur-Lot
Gifi naît en 1981 à Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, sous l'impulsion de Philippe Ginestet. Le siège est resté dans la ville du fondateur. Selon la presse, le réseau compte environ 513 magasins et 6 000 salariés.
Pour les habitués dont je suis, l'enseigne tient une place à part : on y trouve le petit cadeau, la décoration ou la boîte de rangement sans y laisser le budget du mois. Je m'y rends encore chaque fin d'année, autant par habitude que par économie.
Philippe Ginestet détiendrait encore environ 60 % des parts, d'après Sud Ouest.
Avec une telle part du capital, un actionnaire peut décider vite. Mon avis de simple cliente : ce qui frappe dans ce dossier n'est pas un chiffre, mais la succession rapide des dirigeants. Un plan de redressement demande du temps, et la direction a changé quatre fois en moins de deux ans. Reste à savoir ce qui sera dit aux salariés ce mardi.
Ce qu'une procédure changerait pour l'enseigne
Si le tribunal de commerce ouvrait une procédure collective, qu'il s'agisse d'une sauvegarde ou d'un redressement, l'objectif serait de poursuivre l'activité. Les magasins restent ouverts pendant la procédure. Aucune fermeture n'a été annoncée.
Le comité du mardi n'est donc pas un jugement. C'est une réunion d'information destinée aux salariés, qui précéderait la saisine du tribunal. La décision d'ouvrir ou non une procédure reviendrait ensuite aux juges, après la demande de protection que l'entreprise s'apprêterait à déposer, toujours selon le quotidien.
Votre carte cadeau, si une procédure s'ouvrait
Le statut d'une carte cadeau ou d'un bon d'achat non utilisé changerait. Il deviendrait une créance antérieure, c'est-à-dire une dette de l'enseigne née avant le jugement. Son remboursement serait gelé.
Pour la faire valoir, il faudrait la déclarer au mandataire judiciaire dans les 2 mois qui suivent la publication du jugement d'ouverture au BODACC (article R. 622-24 du Code de commerce). La preuve d'achat doit accompagner la déclaration. À défaut, la créance est éteinte. Un relevé de forclusion reste possible dans un délai de 6 mois.
L'enseigne peut continuer à accepter les cartes cadeaux, mais rien ne l'y oblige.
Une commande payée mais non livrée suit une autre logique. Son sort dépendrait de l'administrateur, qui décide de poursuivre ou non le contrat. Dans ce cas, mieux vaut conserver le courriel de confirmation et le justificatif de paiement.
Utiliser sa carte avant Noël plutôt que de l'attendre
Le conseil découle de tout cela : tant qu'aucune procédure n'est ouverte, dépensez votre carte cadeau ou votre bon d'achat en magasin plutôt que d'attendre Noël. C'est une déduction de bon sens, pas une consigne de l'enseigne.
Gardez aussi les tickets de caisse, les reçus de carte et les confirmations de commande, en papier ou en photo. Ces pièces serviraient de preuve d'achat si une déclaration de créance devenait nécessaire. Un simple dossier dans le téléphone suffit, et il vous épargnera la chasse au ticket froissé au fond d'un sac.
Ce que mardi ne tranchera pas
Le délai de 2 mois ne démarre pas avec le comité de mardi : il court à partir de la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Tant qu'aucun jugement n'est rendu, il n'y a donc rien à déclarer. Le 20 octobre est une étape d'information, pas une date butoir pour les clients. Même après un éventuel jugement, la déclaration se ferait auprès du mandataire judiciaire, avec la preuve d'achat.
Trois repères sont à suivre : la communication officielle de l'enseigne, la décision du tribunal de commerce de Toulouse et l'éventuelle publication au BODACC. Les quelque 6 000 salariés évoqués par la presse seront, eux, les premiers informés officiellement, lors du comité du 20 octobre.
Gifi n'avait pas confirmé publiquement l'information à la date de publication de cet article. Si la demande de protection est bien déposée, le tribunal de commerce de Toulouse fixera la suite, et la publication au BODACC lancera le décompte des 2 mois. D'ici là, une carte cadeau dans un tiroir ne vaut que si l'on s'en sert.
Sources : kohenavocats.fr | stephanelarue.com
