Un courrier administratif passé inaperçu a déclenché une bascule automatique des heures creuses chez des millions de foyers français. Alors que le chauffe-eau s’adapte seul grâce à Linky, la machine à laver continue de tourner à l’ancien tarif, coûtant des dizaines d’euros supplémentaires par an.
Le chauffe-eau de leur mère chauffait à la même heure depuis dix ans : le courrier reçu un mois plus tôt annonçait déjà autre chose

Sa mère conserve ses bocaux de confiture dans la buanderie, juste à côté du chauffe-eau. En rangeant les pots début septembre, elle a remarqué que l'appareil se déclenchait en pleine journée, vers 15 heures, alors qu'il ronronnait depuis dix ans entre minuit et 6 heures du matin sans jamais dévier.
Le courrier reçu un mois plus tôt traînait encore sur le buffet de l'entrée. Elle l'avait parcouru sans vraiment le lire, entre une pub pour une mutuelle et une relance d'assurance habitation.
À retenir
- Un courrier reçu un mois avant change automatiquement vos plages horaires sans demander votre avis
- 11 millions de foyers seront progressivement impactés jusqu'en octobre 2027 par cette réorganisation
- Vos appareils manuels risquent de tourner aux mauvaises heures et de vous coûter très cher
Un courrier passé inaperçu, une bascule bien réelle
Ce genre de lettre annonce un changement de plages horaires pour l'option heures creuses, sans demander l'avis de personne. Si vous faites partie des foyers dont les plages horaires vont être modifiées, vous avez déjà dû recevoir un courrier ou courriel de votre fournisseur, puisque le Code de la consommation oblige un fournisseur à notifier tout changement un mois avant sa mise en service.
Le contrat, lui, ne bouge pas d'un iota. La bascule est automatique, mais les habitudes, elles, doivent être ajustées : les appareils consomment-ils encore au bon moment pour profiter des nouveaux horaires heures creuses ?
Onze millions de foyers concernés, étalés jusqu'en 2027
Ce n'est pas un incident isolé chez cette mère précise. Ce changement, qui s'appliquera progressivement jusqu'en octobre 2027 selon les clients, concernera au total 11 des 14,5 millions de foyers qui ont opté pour un contrat de ce type.
Le calendrier se déroule en deux temps bien distincts. Une première phase de novembre 2025 à juin 2026 concerne 1,7 million de clients qui disposaient déjà d'heures creuses en journée et la nuit, puis une seconde phase de décembre 2026 à octobre 2027 étend le dispositif à 9,3 millions de compteurs supplémentaires.
Tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Selon les zones, certains foyers garderont une grande partie de leurs heures creuses la nuit, tandis qu'environ 3,5 millions de clients déjà sur des créneaux très nocturnes seront peu ou pas impactés.
Ce qui change vraiment dans la journée
Le volume horaire reste identique, c'est sa répartition qui se réinvente. Chaque jour, le foyer conserve 8 heures d'heures creuses, mais leur découpage est revu : au moins 5 heures consécutives doivent se situer la nuit, entre 23 h et 7 h, et jusqu'à 3 heures supplémentaires peuvent être positionnées en journée, entre 11 h et 17 h.
Les anciens créneaux du petit matin ou du début de soirée, ceux sur lesquels le chauffe-eau de la mère tournait depuis une décennie, perdent leur statut privilégié. Les créneaux très appréciés du matin (7 h – 11 h) et du début de soirée (17 h – 23 h) ont vocation à devenir des heures pleines dans la plupart des cas.
Cette nouvelle répartition n'a rien d'arbitraire. Pourquoi déplacer des heures creuses en plein après-midi ? Parce que la production solaire est massive en milieu de journée, et en incitant à consommer à ce moment-là, le réseau absorbe cette électricité abondante au lieu de la gaspiller.
Le chauffe-eau s'adapte seul, la machine à laver non
Bonne nouvelle pour les appareils les plus gourmands en électricité. Le créneau de nuit reste le minimum garanti, avec toujours au moins 5 heures consécutives entre 23h et 7h, idéales pour les usages énergivores comme le chauffe-eau ou la recharge d'une voiture électrique.
Reste que la mécanique de mise à jour dépend entièrement du raccordement. Grâce au compteur Linky, les plages horaires sont mises à jour à distance, y compris pour les usages asservis comme les chauffe-eau, à condition qu'ils soient bien reliés au compteur via le contact sec.
Un chauffe-eau piloté par contacteur jour-nuit suit donc le mouvement sans qu'on lève le petit doigt. Un lave-linge ou un lave-vaisselle programmé à l'ancienne, lui, continue de tourner sur l'horaire d'il y a dix ans, désormais facturé plein tarif.
Vérifier ses plages en trois clics
Retrouver ses nouveaux horaires ne demande ni compétence technique ni appel interminable au service client. Trois options existent : l'écran du compteur Linky, en appuyant sur la touche « + » jusqu'à voir les horaires HC, l'espace client Enedis ou fournisseur, ou la facture.
Chez la mère de cette histoire, la vérification a pris deux minutes debout devant le boîtier gris du couloir. Le nouveau créneau après-midi apparaissait noir sur blanc, entre 13h30 et 16h30, un horaire qui ne collait plus du tout avec ses habitudes de retraitée active, plutôt du genre à faire tourner sa machine en fin de matinée avant de sortir.
Un ajustement qui vaut aussi pour les enfants aidants
Repérer ce genre de décalage chez un parent ne relève pas du réflexe naturel. Le courrier ressemble à tant d'autres correspondances administratives qu'il finit sur la pile "à lire plus tard", celle qui ne se lit jamais vraiment.
Un coup d'œil à la facture d'électricité d'un parent, une fois par trimestre, permet de repérer ce genre de bascule avant qu'elle ne coûte plusieurs dizaines d'euros par an en heures pleines mal identifiées. Ce n'est pas de la surveillance, juste un réflexe de bon voisinage familial, au même titre que vérifier la date de péremption des conserves du fond du placard.
Sources : roy-habitat.fr | enedis.fr | mon-habitat-durable.fr