Les pharmaciens ne tendent plus une boîte de médicament sans montrer ce petit triangle, et ce n’est pas à cause de l’ordonnance

Depuis 1999, les médicaments pouvant affecter la conduite automobile arborent un triangle de couleur. Mais ce qui a vraiment changé, c’est le réflexe du pharmacien qui le montre désormais du doigt systématiquement. Ces pictogrammes révèlent trois niveaux de risque distincts, du conseil de prudence à l’interdiction pure de conduire.

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Par L'équipe JDS

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Ce triangle noir sur fond coloré n'a rien d'une nouveauté sur les boîtes de médicaments : depuis 1999, les médicaments qui peuvent interférer avec la conduite automobile comportent sur leur emballage un pictogramme représentant une automobile placée dans un petit triangle, remplacé en 2005 par trois pictogrammes différents selon le niveau d'influence du médicament sur la capacité à conduire. Ce qui a changé, en revanche, c'est le réflexe du pharmacien : de plus en plus, il le montre du doigt avant même de tendre la boîte, qu'il y ait ordonnance ou non. La raison n'a rien à voir avec la délivrance du médicament lui-même.

Le vrai sujet, c'est ce qui se joue une fois au volant.

Cette semaine du 14 septembre, les avis de taxe foncière commencent à atterrir dans les boîtes aux lettres, et le thermomètre doit chuter de sept degrés ce mercredi 16 avant un premier vrai coup de froid attendu vers le 23. Dans les officines, cette bascule saisonnière produit un effet mécanique : les sirops contre la toux, les antihistaminiques et les traitements du rhume ressortent des rayons. Beaucoup de ces produits, disponibles sans ordonnance, portent eux aussi le fameux triangle. C'est précisément à cette période de l'année que le réflexe du pharmacien prend tout son sens.

À retenir
  • Un tiers des médicaments commercialisés en France porte un triangle d'avertissement pour la conduite automobile
  • Trois niveaux de risque existent : jaune (prudence recommandée), orange (avis médical requis) et rouge (interdiction de conduire)
  • L'association de plusieurs médicaments de faible risque peut créer un risque cumulé équivalent à un niveau rouge

Trois couleurs, trois messages qui ne laissent aucune place au doute

Le système est décliné en trois couleurs, associées à un libellé, définissant trois niveaux de risque. Chaque teinte correspond à un degré de vigilance précis, du simple conseil de prudence jusqu'à l'interdiction pure et simple de prendre le volant.

Le niveau 1, triangle jaune, porte le conseil « Soyez prudent, ne pas conduire sans avoir lu la notice ». Il concerne des médicaments dont l'effet dépend surtout de la tolérance individuelle de la personne qui les prend. C'est de loin le niveau le plus répandu parmi les boîtes concernées.

Le niveau 2, triangle orange, invite à « soyez très prudent, ne pas conduire sans l'avis d'un professionnel de santé ».

Le niveau 3, triangle rouge, correspond au message le plus strict : « Attention, danger : ne pas conduire. Pour la reprise de la conduite, demandez l'avis d'un médecin. » Aujourd'hui, 3,4 % des accidents mortels de la route sont dus à l'usage de médicaments de niveaux 2 et 3, les benzodiazépines représentant la moitié de ces cas. Ce chiffre, à lui seul, explique pourquoi le pharmacien insiste davantage qu'il y a quelques années.

Un tiers des boîtes concernées, ordonnance ou pas

Environ un tiers des médicaments commercialisés en France porte aujourd'hui l'un de ces trois pictogrammes. Ce marquage ne se limite pas aux traitements sur ordonnance : il concerne aussi des médicaments prescrits par un médecin, mais également certains remèdes disponibles sans ordonnance.

Un médicament sur 50 est même classé comme totalement incompatible avec la conduite.

En 2017, un arrêté du ministère de la Santé a modifié et étendu la liste des médicaments présentant des risques pour la conduite, et les benzodiazépines sont alors passées du niveau 2 au niveau 3. Ce reclassement a mécaniquement fait grossir le nombre de boîtes affichant le triangle rouge. Beaucoup de traitements contre l'anxiété ou les troubles du sommeil ont ainsi changé de catégorie du jour au lendemain.

La Délégation à la sécurité routière reconnaît elle-même que ce système de signalisation reste mal identifié par une large partie des automobilistes. Beaucoup de conducteurs ne l'ont tout simplement jamais remarqué sur leurs propres traitements.

L'addition des traitements, le vrai danger invisible

Le piège ne se situe pas toujours dans un seul médicament, mais dans leur association. La prise de plusieurs médicaments de niveau jaune et/ou orange peut correspondre, une fois cumulée, à un niveau rouge. L'alcool, même en quantité modérée, amplifie ces effets quel que soit le niveau initial du médicament. C'est précisément ce type de combinaison que le pharmacien cherche désormais à repérer avant de remettre la boîte au comptoir.

Aucune notice ne peut anticiper toutes ces combinaisons possibles.

Lors de la délivrance d'un médicament à risque pour la conduite, l'information et les conseils du pharmacien sont considérés comme indispensables pour sensibiliser le public à ces pictogrammes. C'est particulièrement vrai lorsque plusieurs traitements se superposent, ou lorsqu'un patient modifie sa posologie sans en parler. Le pharmacien devient alors le dernier filtre avant que la boîte ne quitte l'officine.

Le réflexe que les pharmaciens imposent désormais au comptoir

La Délégation à la sécurité routière a lancé fin octobre 2023 une campagne d'information sur les dangers routiers liés à des pathologies médicales ou à la prise de médicaments. Cette campagne visait justement à combler ce déficit de connaissance autour des pictogrammes.

Concrètement, ce changement de pratique se traduit par des gestes simples au comptoir. Le pharmacien pointe désormais le pictogramme du doigt, quel que soit son niveau, et demande si d'autres traitements sont pris en parallèle. Il vérifie aussi si la personne prévoit de prendre le volant dans les heures qui suivent. Cette question, presque systématique aujourd'hui, ne faisait pas partie des habitudes il y a encore quelques années.

Le pharmacien reste le bon interlocuteur pour trancher au cas par cas.

Ce rappel vaut aussi pour les produits achetés sans ordonnance, souvent perçus à tort comme sans conséquence. Face à un doute sur un traitement, la bonne démarche reste d'en parler avec son médecin ou son pharmacien, jamais de décider seul. Chaque situation dépend de l'âge, des autres traitements en cours et de la sensibilité individuelle au produit.

Une teinte figée par la loi, jusqu'au numéro Pantone

Un dernier détail mérite d'être connu, tant il en dit long sur la rigueur du dispositif.

Le pictogramme associé au niveau 1 a la forme d'un triangle équilatéral noir sur fond jaune, référence pantone 108 C, celui du niveau 2 utilise un fond orange référencé pantone 151 C, et celui du niveau 3 impose un fond rouge référencé pantone 485 C. Ces teintes ne sont donc laissées à l'appréciation d'aucun laboratoire. Le même triangle, avec la même nuance exacte, s'affiche à l'identique sur n'importe quelle boîte, quel que soit son fabricant.

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