Ses vertiges revenaient chaque matin alors que son ordonnance n’avait pas changé : à la pharmacie, on lui a expliqué ce qu’il prenait à côté

Les vertiges persistaient malgré une ordonnance inchangée. La vraie cause ? Une association invisible entre le traitement prescrit et des produits achetés librement. Un problème que seul le pharmacien pouvait détecter.

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Par L'équipe JDS

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Les vertiges reviennent chaque matin, toujours au réveil, toujours aussi désagréables. L'ordonnance n'a pourtant pas bougé depuis des mois, même dosage, même horaire de prise.

Chez le pharmacien, la réponse tombe assez vite : le problème ne vient pas du traitement prescrit. Il vient de ce qui a été ajouté à côté, sans ordonnance, presque par réflexe.

À retenir

  • Pourquoi votre mal disparaît puis revient sans que le médecin n'ait touché à votre traitement
  • Cette association de médicaments qui multiplie par 2 le risque d'hémorragie interne
  • La plante réputée inoffensive qui peut annuler l'effet de votre cœur

Un vertige qui n'avait aucune raison de revenir

Un médecin traitant vérifie ce qu'il prescrit. Il ne voit pas forcément ce qui est acheté en libre accès la semaine suivante, au même comptoir.

Un anti-inflammatoire pour le dos, un complément pour dormir, un antiacide contre les brûlures d'estomac : chacun paraît anodin pris isolément. Combiné à un traitement chronique, l'équilibre peut basculer sans qu'aucune dose n'ait changé.

Le détail que l'ordonnance ne montre jamais

Le risque ne vient presque jamais d'une erreur de dosage. Il vient de l'association, invisible sur le papier, entre deux substances qui n'ont jamais été pensées pour cohabiter.

Une étude américaine menée à l'université de Californie à Los Angeles illustre bien le phénomène. La quasi-totalité des patients sous anticoagulant oral direct prenait aussi au moins un médicament sans ordonnance, et un tiers d'entre eux prenaient une substance qui les exposait à des hémorragies internes graves.

Anticoagulant et anti-inflammatoire, un duo à double tranchant

C'est l'association la plus documentée, et probablement la plus fréquente chez les plus de 55 ans. Un anticoagulant au long cours, puis un anti-inflammatoire acheté pour une douleur articulaire du week-end.

Une vaste étude danoise portant sur près de 52 000 patients a mesuré précisément l'ampleur du problème. Des chercheurs danois ont suivi entre 2012 et 2022 plus de 51 794 patients sous anticoagulant oral après un accident thromboembolique.

Le risque d'hémorragie intestinale, cérébrale, pulmonaire ou vésicale se retrouve multiplié par 2,09 fois lorsqu'un anti-inflammatoire s'ajoute au traitement. Tous les anti-inflammatoires ne se valent pas dans cette équation.

Le risque le plus élevé était associé au naproxène, avec 4,1 fois plus de risque, suivi du diclofénac à 3,3, l'ibuprofène restant le moins problématique à 1,79. Une nuance utile, mais pas une autorisation à en abuser.

Le millepertuis, cette plante qui désamorce le traitement du cœur

Le millepertuis a bonne réputation. Vendu librement pour les coups de mou passagers, il agit pourtant en profondeur sur le foie.

Préconisé pour l'anxiété et la dépression légère, le millepertuis possède un nombre élevé d'interactions médicamenteuses, la plupart liées à une induction enzymatique du cytochrome P450 qui réduit les concentrations plasmatiques d'autres traitements.

Parmi les traitements concernés, les médicaments des troubles cardiaques figurent en bonne place, aux côtés des anticoagulants oraux, des contraceptifs et des antidépresseurs. L'effet inverse existe aussi, et il est tout aussi problématique.

Arrêter brutalement le millepertuis peut faire remonter d'un coup les concentrations plasmatiques du médicament associé, un phénomène particulièrement risqué pour les traitements à faible marge thérapeutique comme la digoxine ou les antivitamines K. Voilà pourquoi on ne stoppe jamais une plante de ce type sans en parler à son pharmacien.

L'antiacide qui avale le comprimé avant qu'il n'agisse

Troisième scénario, plus discret encore : le comprimé anti-brûlures pris juste après le petit-déjeuner, en même temps que le reste du traitement du matin.

Certains antiacides, à base de bicarbonates, d'alginates ou de sels d'aluminium, tapissent la paroi de l'estomac et peuvent bloquer l'absorption des médicaments avalés en même temps. Le comprimé passe, mais son principe actif ne rejoint jamais correctement la circulation sanguine.

Résultat concret : une dose absorbée plus faible entraîne une baisse d'activité du médicament concerné, alors qu'à l'inverse, une absorption augmentée expose à un risque de surdosage et de toxicité. Deux mécanismes opposés, un seul point commun : rien n'apparaît sur l'ordonnance.

Ce que le pharmacien voit, et que le médecin ignore parfois

Le dossier pharmaceutique existe justement pour ça. Il centralise tout ce qui a été délivré, prescrit ou vendu librement, quel que soit le point de vente.

Signaler systématiquement chaque achat, même un simple complément à base de plantes, permet au pharmacien de repérer une interaction avant qu'elle ne se traduise par un symptôme. Un réflexe simple : présenter sa carte Vitale à chaque passage, même pour un produit sans ordonnance.

L'étude danoise sur les anticoagulants et les anti-inflammatoires a aussi mis en lumière une limite du système de surveillance. L'utilisation de médicaments non prescrits reste difficile à tracer dans les bases de données médicales, même dans un pays où les dossiers de santé sont exceptionnellement complets. Autant dire qu'en France, où le suivi est moins centralisé, la vigilance individuelle pèse encore plus lourd dans la balance.

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