Vous avez reçu de nombreux emails sur les « pixels de suivi » ? Ce n’est pas une arnaque, bien au contraire : voici pourquoi

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Par Julien Thoraval

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Votre banque, votre supermarché, votre mutuelle, peut-être même votre journal préféré : depuis une semaine, tous semblent s'être donné le mot pour vous écrire. Des messages au titre vague, « Information relative à vos emails » ou « Évolution de nos communications », qui parlent d'un mystérieux « pixel de suivi » et vous invitent à cliquer sur un lien. Le réflexe prudent, celui que l'on répète depuis des années, voudrait qu'on les supprime sans les ouvrir. Cette fois pourtant, ces messages sont bel et bien légitimes. Reste à comprendre pourquoi ils arrivent tous en même temps, et surtout, comment ne pas confondre les vrais avec les imitations qui ne manqueront pas de suivre.

Un accusé de réception que vous n'avez jamais accepté d'envoyer

Derrière ce nom technique se cache un procédé simple. Un pixel de suivi est une image minuscule, de la taille d'un point, glissée dans le corps d'un email. Vous ne la voyez pas, mais dès que vous ouvrez le message, elle se charge depuis le serveur de l'expéditeur. Celui-ci sait alors que son email a été lu, à quelle heure, sur quel type d'appareil, et parfois depuis quelle région.

Imaginez un courrier postal qui préviendrait automatiquement son expéditeur au moment précis où vous décachetez l'enveloppe. Voilà, en substance, ce que font ces pixels depuis des années dans nos boîtes de réception, sans que personne ne nous ait demandé notre avis. Les entreprises s'en servent pour mesurer l'efficacité de leurs campagnes publicitaires et adapter leurs envois à vos habitudes de lecture.

Pourquoi tout le monde vous écrit maintenant

Si ces messages déferlent aujourd'hui, c'est parce que la CNIL, l'autorité chargée de protéger nos données personnelles, a décidé d'encadrer cette pratique. Dans une recommandation publiée le 14 avril 2026 (à consulter sur le site de la CNIL), elle impose désormais de recueillir votre consentement avant d'utiliser ces pixels à des fins publicitaires, sur le modèle de ce qui existe déjà pour les cookies.

Pour les abonnés de longue date, la CNIL a accordé aux entreprises un délai de trois mois pour vous informer et vous permettre de refuser ce suivi. Ce délai a expiré le 14 juillet. D'où cette avalanche de dernière minute : beaucoup d'expéditeurs ont attendu les tout derniers jours pour se mettre en règle. Notez que certains emails restent dispensés de consentement, comme les confirmations de commande, les suivis de colis ou les alertes de sécurité de vos comptes.

Vrai message ou tentative d'escroquerie ?

C'est ici qu'il faut redoubler d'attention. Quand une vague d'emails légitimes déferle, les escrocs ne sont jamais loin : rien de plus facile que d'imiter ces messages pour vous attirer vers un faux site. Quelques repères permettent de faire le tri.

Un message authentique se contente de vous informer et, éventuellement, de vous proposer un lien pour refuser le suivi. Il ne vous demande jamais votre mot de passe, vos coordonnées bancaires ou votre numéro de sécurité sociale. Il ne vous presse pas non plus d'agir « avant 48 heures » sous peine de perdre quoi que ce soit. À l'inverse, toute demande d'identifiants, toute pièce jointe inattendue ou toute faute grossière doit vous alerter.

En cas de doute, une règle simple : ne cliquez sur rien. Rendez-vous directement sur le site de l'entreprise en tapant son adresse dans votre navigateur, ou connectez-vous à votre espace client habituel. Si l'information est réelle, vous la retrouverez dans les paramètres de votre compte. Et si vous ne faites rien du tout ? Rien de grave : vous continuerez simplement d'être suivi comme avant, ce qui reste sans danger pour vos économies, à défaut de l'être pour votre vie privée.

Au fond, ces emails ont au moins un mérite : celui de révéler une pratique installée depuis des années dans l'ombre de nos messageries. Alors avant de vider votre corbeille, pourquoi ne pas profiter de l'occasion pour reprendre la main sur qui a le droit, ou non, de regarder par-dessus votre épaule ?

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Journaliste et photographe éditorial, je couvre l’automobile, l’art de vivre et les territoires à travers des récits où le texte et l’image se répondent. Mon approche repose sur une conviction : un essai, un objet ou une rencontre ne se résument pas à leurs caractéristiques. Ils prennent sens dans un lieu, une lumière et une histoire, fruit de cette alchimie.

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