J’ai payé seule l’enterrement de ma mère : quand j’ai lu ce que la loi imposait aux assureurs, j’ai compris que j’avais avancé cet argent pour rien

Des milliers de familles ignorent qu’une assurance obsèques ou une assurance-vie dormait chez un assureur depuis des années. La loi Eckert vous permet de la rechercher gratuitement via l’Agira, mais peu de gens le savent. Découvrez comment récupérer cet argent avant qu’il ne disparaisse.

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Par L'équipe JDS

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Vous avez avancé les frais de pompes funèbres de votre mère, seule, sans un centime d'aide familiale. Des mois plus tard, un document tombe sous vos yeux : la loi obligeait peut-être un assureur à régler cette somme depuis le début. Ce genre de découverte, tardive et amère, touche chaque année des milliers de familles françaises.

Le problème ne vient pas d'une négligence de votre part. Parce que les assurés n'informent pas toujours leurs proches, l'Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance (Agira) met à disposition un service en ligne qui vous permet de rechercher l'existence de ces contrats et de savoir si vous y êtes désigné. un contrat obsèques peut dormir chez un assureur pendant des années sans que personne ne le sache.

À retenir

  • Un contrat obsèques peut rester caché pendant des années sans que personne ne le sache
  • La loi impose aux assureurs de consulter un fichier national, mais le système reste imparfait
  • Vous pouvez lancer une recherche gratuite via l'Agira en 15 jours avec juste deux documents

Une obligation légale que peu de familles connaissent

Ce dispositif porte un nom : la loi Eckert. Ce dispositif s'inscrit dans la loi Eckert sur les contrats en déshérence et protège les bénéficiaires. Concrètement, les assureurs n'ont aucun moyen de savoir qu'un client est décédé, sauf à consulter un fichier national.

Les entreprises d'assurance, les institutions de prévoyance et les mutuelles doivent s'informer du décès éventuel de leur assuré. Pour ce faire, les organismes d'assurance consultent, par le biais de l'Agira, les données relatives au décès des personnes inscrites au RNIPP (Répertoire national d'identification des personnes physiques) de l'Insee. Ce contrôle existe, mais il reste imparfait : un nom mal orthographié, une adresse jamais mise à jour, et le contrat file entre les mailles du filet.

Comment lancer la recherche gratuitement

La bonne nouvelle, c'est que la démarche ne coûte rien et se fait en quelques clics. La recherche via l'AGIRA est une démarche gratuite, avec un délai de 15 jours, et distingue le contrat en capital du contrat en prestations.

Deux pièces suffisent pour ouvrir le dossier. Chaque saisine doit obligatoirement être accompagnée de l'acte de décès du souscripteur du contrat, et de la désignation distincte et explicite des bénéficiaires potentiels (nom, prénom et adresse postale). Un dossier incomplet ? Direction la poubelle administrative : les saisines de l'Agira ne peuvent concerner que les recherches relatives à l'échéance du contrat, et toute saisine incomplète sera rejetée, le dossier étant alors déclaré irrecevable.

Qui a le droit de lancer cette recherche ? Plus de monde qu'on ne l'imagine. Toute personne qui justifie d'un intérêt direct dans les obsèques peut le faire : héritier, conjoint survivant, ou personne ayant réglé la facture des pompes funèbres. Vous auriez donc pu, en tant que payeuse de la facture, interroger le système avant même de sortir votre chéquier.

Une fois le dossier envoyé, tout s'enchaîne selon un calendrier fixé par la loi, pas par la bonne volonté d'un assureur. Le circuit est précisément encadré par la loi : à réception du dossier complet, l'AGIRA dispose d'un délai légal de 15 jours pour transmettre la requête à l'ensemble des organismes d'assurance concernés, soit plus de 150 compagnies, mutuelles et institutions de prévoyance.

Vient ensuite le tour des assureurs eux-mêmes. Chaque assureur dispose ensuite d'un mois pour vérifier si le défunt était titulaire d'un contrat et si le demandeur en est le bénéficiaire. Si un contrat existe, l'assureur ne contacte que le bénéficiaire désigné, jamais celui qui a simplement lancé la recherche.

Le paiement lui-même obéit à une règle stricte, sous peine de pénalités pour l'assureur. Si vous êtes bénéficiaire d'un contrat souscrit par une personne décédée, l'assureur doit vous verser le capital dans un délai d'un mois après réception de l'ensemble des documents nécessaires au paiement. Et s'il traîne des pieds ? Au-delà de ce délai, le capital non versé produit des intérêts, une pénalité qui joue en faveur du bénéficiaire.

Ce qu'il advient de l'argent que personne ne réclame

Un contrat obsèques ou une assurance-vie non réclamé ne disparaît pas, mais il ne reste pas indéfiniment chez l'assureur non plus. Le délai pour contacter l'Agira est de 10 ans à compter de la prise de connaissance du décès du titulaire du contrat par l'assureur.

Passé ce cap, direction la Caisse des Dépôts. Au-delà, les sommes non versées aux bénéficiaires sont transférées à la Caisse des Dépôts et Consignations. Un délai supplémentaire de 20 ans s'applique avant que les fonds en déshérence soient versés à l'État. Ce n'est qu'après cette double échéance, trente ans en tout, que l'argent devient définitivement propriété de l'État.

L'ampleur du phénomène donne le vertige. En 2024, plus de 130 000 demandes ont été traitées, pour près de 1,7 milliard d'euros de capitaux à régler. Autant dire que votre histoire, aussi injuste soit-elle, est loin d'être isolée.

Récupérer l'argent, même des années après

Si le décès remonte à plus de dix ans, l'AGIRA n'est plus l'interlocuteur à saisir. Il faut alors s'adresser à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) en utilisant son service en ligne Ciclade. Le nom change, mais la gratuité et la logique de recherche centralisée restent identiques.

Ce service a un vrai pouvoir de restitution, pas seulement une vitrine administrative. Le portail Ciclade permet de rechercher gratuitement si des fonds vous sont destinés, une démarche distincte de l'AGIRA qui concerne uniquement les contrats déjà identifiés mais dont le capital n'a jamais été versé. Un neveu, un cousin éloigné, ou un enfant qui ignorait tout d'un contrat souscrit trente ans plus tôt peut ainsi toucher une somme qu'il ne soupçonnait même pas.

Reste une leçon à tirer de votre mésaventure, valable pour vous comme pour vos propres enfants demain. Un contrat obsèques ne sert à rien s'il reste secret : le simple fait de noter, quelque part accessible, le nom de l'assureur et le numéro de contrat aurait évité que vous avanciez cet argent. La prévoyance funéraire, aussi bien pensée soit-elle sur le papier, ne vaut que si quelqu'un sait qu'elle existe le jour où il faut s'en servir.

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