« Je croyais que mon compte était déjà français » : pourquoi le nouveau statut de Revolut ne profite pas à tous ses clients

Louise
Par Louise S

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« Enfin une bonne nouvelle », a pensé une bonne partie des huit millions de clients français de Revolut en apprenant que la néobanque venait d'obtenir son agrément bancaire complet en France. Sauf que la réalité est un peu plus nuancée que ce que le communiqué de presse laisse entendre. Car derrière cette annonce qui sonne comme une consécration, se cache un changement technique qui ne va pas profiter à tous les utilisateurs de la même façon, et qui pourrait même en décevoir certains.

Revolut décroche enfin son passeport bancaire français

Cet été, Revolut Bank S.A. a obtenu un agrément bancaire de plein exercice en France, après un examen mené conjointement par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et la Banque centrale européenne (BCE). Une étape présentée comme historique par la fintech britannique. Mais attention à ne pas se méprendre sur la formule « Revolut devient une vraie banque » : elle exerçait déjà légalement en France en tant que banque, via la licence européenne de sa maison mère lituanienne, Revolut Bank UAB. Ce qui change réellement, c'est la création d'une entité juridiquement française, qui va d'abord servir les clients hexagonaux avant de s'étendre progressivement à l'Allemagne, l'Irlande, l'Italie, le Portugal et l'Espagne. La structure lituanienne, elle, continuera d'exister pour gérer les autres marchés européens. Ce basculement ne se fera pas en un jour : les comptes actuellement rattachés à la succursale française de Revolut Bank UAB seront progressivement transférés vers la nouvelle entité française, avec un préavis d'au moins deux mois envoyé aux clients concernés avant chaque migration.

Dans les faits, ce transfert doit être totalement transparent pour l'utilisateur : l'IBAN français, le numéro de compte et les informations de la carte resteront identiques, tout comme les virements, prélèvements et paiements par carte, qui devront continuer à fonctionner sans coupure. L'historique des opérations et les relevés resteront également consultables dans l'application. Pour l'instant, aucune date unique de migration n'a été communiquée : l'agrément est acquis, mais le basculement opérationnel de l'ensemble des comptes prendra du temps.

Ce que ce changement va concrètement apporter aux clients

Premier effet tangible de cette bascule : la garantie des dépôts change de camp. Avant la migration, les sommes déposées sur un compte Revolut sont couvertes par le système lituanien de garantie des dépôts. Après le transfert, elles relèveront du Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR), l'organisme français qui protège l'épargne des clients des banques traditionnelles. Le plafond, lui, ne bouge pas : il reste fixé à 100 000 euros par client, tous comptes de dépôt éligibles confondus. En cas de défaillance de l'établissement, le FGDR dispose normalement de sept jours ouvrables pour indemniser les déposants. Il ne s'agit donc pas d'une hausse de la protection, mais simplement d'un changement d'organisme garant, désormais géré depuis la France.

L'autre conséquence de cet agrément, c'est qu'il ouvre la porte à une offre bancaire potentiellement plus complète. Revolut pourrait plus facilement développer des produits taillés pour le marché français, comme :

  • des crédits immobiliers
  • une offre de crédit à la consommation plus large
  • des solutions d'épargne locales
  • éventuellement des découverts autorisés ou certains produits réglementés

Mais il faut rester prudent : l'obtention de la licence ne signifie pas que le Livret A, le crédit immobilier ou l'assurance-vie deviennent disponibles du jour au lendemain. Revolut n'a communiqué aucun calendrier précis pour ces produits. En parallèle, la banque prévoit d'installer son siège pour l'Europe occidentale à Paris en 2027, avec plus d'un milliard d'euros d'investissement annoncés et plus de 600 recrutements prévus dans la région.

La mauvaise surprise pour ceux qui pensaient déjà être « chez eux »

C'est là que le bât blesse pour une partie des clients. Beaucoup pensaient, à tort, que leur compte Revolut était déjà une banque française à part entière. Or la migration vers Revolut Bank S.A. implique un changement de cocontractant et de conditions générales, et le fonctionnement est simple : si le client ne manifeste pas son opposition avant la date indiquée dans le préavis, son silence vaudra acceptation. Celui qui refuse de devenir client de la nouvelle entité française pourra résilier gratuitement, mais devra alors clôturer son compte avant la migration. Impossible de rester rattaché à l'entité lituanienne tout en conservant son compte actuel : c'est tout ou rien.

Autre point de vigilance : la protection financière n'augmente pas réellement. Le passage au FGDR peut sembler plus rassurant sur le papier, mais le plafond de garantie reste identique, à 100 000 euros. Pour les clients qui détiennent davantage sur leur compte, la partie excédentaire ne bénéficie pas de la garantie ordinaire, hors cas exceptionnels prévus par la réglementation. La licence française ne transforme pas non plus tous les produits Revolut en dépôts garantis : les cryptomonnaies, actions et fonds monétaires restent soumis à leurs propres règles. Les « fonds monétaires flexibles » proposés par l'application, par exemple, comportent un risque de perte en capital et ne relèvent pas de la garantie bancaire.

Ceux qui espéraient une transformation en banque traditionnelle risquent également d'être déçus : pas d'agence physique, pas de conseiller attitré, pas de chéquier ni d'assistance téléphonique comparable à celle d'une banque classique. Une licence française ne change rien au modèle entièrement numérique de Revolut. Quant aux personnes en situation d'interdit bancaire, la nouvelle licence ne modifie pas grand-chose non plus : Revolut pouvait déjà consulter le Fichier central des chèques (FCC) en tant qu'établissement lituanien disposant d'une succursale française. Comme la néobanque ne propose pas de chéquier et que ses cartes fonctionnent avec contrôle du solde, elle reste souvent accessible aux personnes rencontrant des difficultés bancaires. Le vrai risque se situe plutôt du côté des futurs crédits : une inscription au FICP ou au FCC n'interdit pas légalement d'obtenir un prêt, mais rien n'oblige non plus un établissement à l'accorder. Revolut précise déjà, dans ses conditions générales, qu'elle peut vérifier la solvabilité de ses clients. Un compte et une carte pourraient donc être conservés sans souci, tandis qu'un découvert autorisé, un crédit immobilier ou certains moyens de paiement plus risqués pourraient, eux, être refusés.

En résumé, cette nouvelle licence bancaire française change surtout la tutelle du compte et ouvre la voie à de futurs services, sans bouleverser immédiatement le quotidien des utilisateurs ni renforcer la garantie de leurs dépôts. Pour beaucoup, la vraie question n'est donc pas de savoir si Revolut devient une « vraie » banque française, mais plutôt ce que la fintech proposera concrètement une fois cette bascule achevée. Reste à voir si les futurs crédits et produits d'épargne tiendront leurs promesses face aux banques traditionnelles.

Louise

Rédactrice spécialisée Argent depuis 10 ans, j'apporte ici mon expertise sur les sujets Retraite, épargne, budget ou encore immobilier. Passionnée par ailleurs par la psychologie, j'écris également à ce sujet.

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