« Je pensais que la fenêtre du voisin qui donne sur ma terrasse était forcément illégale » : c’est la distance à la limite qui décide

Votre voisin a une fenêtre qui donne droit sur votre terrasse ? Avant de vous énerver, sachez que la loi raisonne en centimètres, pas en gêne ressentie. Le Code civil impose des distances précises selon le type de vue, et ces règles peuvent même s’effacer après trente ans.

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Par L'équipe JDS

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Une fenêtre du voisin qui plonge droit sur votre terrasse choque, forcément. Mais la loi ne raisonne pas en termes de gêne ressentie, elle raisonne en centimètres.

La question n'est pas de savoir si cette ouverture vous dérange. Elle est de savoir à quelle distance exacte elle se trouve de la limite séparative, et quel type de vue elle constitue.

À retenir

  • Les distances légales varient selon que la fenêtre offre une vue droite (1,90 m) ou oblique (0,60 m)
  • Un jour de souffrance échappe à ces règles mais impose que l'ouverture ne permette que la lumière
  • Une fenêtre illégale devient légale après 30 ans sans contestation : le délai court depuis sa création, pas depuis votre achat

Une fenêtre qui donne sur la terrasse n'est pas automatiquement hors-la-loi

Le Code civil autorise les ouvertures donnant chez le voisin, à condition de respecter une distance minimale. Cette règle figure aux articles 678 et 679, et elle est appliquée depuis longtemps par les tribunaux.

Ces règles s'appliquent à toutes les ouvertures permettant un regard réel chez le voisin, fenêtre, porte-fenêtre, balcon, velux inclinable, dès lors qu'aucune servitude conventionnelle ni accord écrit n'y déroge. une fenêtre existe légalement si elle respecte sa distance, même si elle donne sur votre coin détente.

Vue droite ou vue oblique : deux régimes, deux distances

Tout dépend de l'angle depuis lequel on regarde. La vue droite est mentionnée à l'article 678 du Code civil, elle est ouverte dans un mur parallèle à la ligne de séparation, et permet de voir directement chez le voisin sans avoir à tourner la tête, ni à se pencher.

L'article 678 exige une distance de dix-neuf décimètres, soit 1,90 mètre, pour les vues droites, tandis que l'article 679 impose une distance de six décimètres, soit 0,60 mètre, pour les vues obliques. La vue oblique suppose de tourner la tête pour apercevoir le fonds voisin.

La mesure se fait toujours de la même façon. La mesure s'effectue depuis le parement extérieur du mur où l'ouverture est faite jusqu'à la ligne de séparation des deux propriétés.

Un exemple concret éclaire bien la nuance. Un propriétaire édifiant sa maison à 1,50 m de la limite séparative peut y percer librement une fenêtre latérale ouvrant une vue oblique, puisque la distance de 0,60 m exigée par l'article 679 est respectée, mais il ne peut y aménager une fenêtre frontale ouvrant une vue droite, l'article 678 imposant 1,90 m.

Le jour de souffrance : de la lumière, pas un droit de regard

Toutes les ouvertures ne sont pas des vues. Contrairement à une "vue", un "jour" est une ouverture conçue exclusivement pour laisser entrer la lumière, sans permettre l'aération ni la vue.

Ce type d'ouverture échappe aux distances des articles 678 et 679, mais impose d'autres contraintes. Un jour de souffrance laisse seulement passer la lumière : châssis fixe, verre dormant translucide, placé à 2,60 m du sol au rez-de-chaussée et 1,90 m aux étages.

La jurisprudence est intraitable sur les faux jours de souffrance. Une affaire jugée en 2017 par la cour d'appel de Nîmes a qualifié de jour une ouverture "qui se situait à 2,60 m de hauteur, était munie de barreaux, ne pouvait s'ouvrir que très partiellement", où la vue n'était possible qu'en montant sur un escabeau.

Trente ans plus tard, une vue irrégulière peut devenir un droit acquis

Voilà le point qui surprend le plus de propriétaires. Aucun droit n'est conféré au propriétaire d'un simple jour de souffrance qui ne peut l'acquérir par prescription, à l'inverse de la servitude de vue qui peut s'acquérir par prescription trentenaire.

La condition centrale, c'est le temps et la nature de l'ouverture. Une servitude de vue peut être acquise par titre, par destination du père de famille lors d'une division d'une propriété unique, ou par prescription trentenaire si une vue apparente et permanente a été exercée pendant 30 ans sans contestation.

La Cour de cassation exige quatre conditions cumulatives pour cette prescription. Possession continue, possession paisible sans contestation judiciaire, possession publique et visible, et possession non équivoque, l'ouverture constituant bien une vue et pas un simple jour.

Un jour, même transformé en fenêtre au fil des rénovations, ne rattrape pas ce délai. Si à l'origine le bâtiment avait été conçu avec des jours de souffrance, même transformés par la suite en vue, il ne peut être revendiqué le délai de prescription trentenaire.

Une servitude inscrite dans l'acte change toutes les règles

Rien n'empêche deux voisins de s'entendre à l'amiable, distances légales ou pas. Pour s'affranchir des distances minimales imposées par le Code civil, il est possible de passer une convention avec le voisin, qu'il est vivement conseillé de déposer chez un notaire, afin que la servitude s'applique aux futurs acquéreurs.

Cette différence est capitale au moment d'une vente. Une servitude par simple tolérance orale disparaît avec le vendeur, une servitude notariée suit le bien pour toujours.

Comment mesurer avant de s'énerver

Avant d'envoyer une lettre recommandée, sortez le mètre. Repérez si le regard traverse la fenêtre droit devant lui ou en biais, cela change la distance exigée de plus de trois fois.

Vérifiez ensuite l'ancienneté réelle de l'ouverture, pas seulement son apparence actuelle. Un permis de construire, une photo aérienne ancienne ou l'acte de vente du voisin peuvent trancher la question des trente ans.

Regardez enfin si un document local impose une contrainte différente. Les règles locales du plan local d'urbanisme peuvent imposer des distances plus importantes que celles du Code civil.

Les recours si la distance n'est pas respectée

Une fenêtre trop proche de la limite ouvre un droit d'action précis. Le non-respect de ces distances fonde l'action en suppression ou en obturation de la vue.

La voie amiable reste toujours à privilégier en premier. Si la fenêtre ne respecte pas la distance de 1,90 m ou 0,60 m et qu'elle a moins de 30 ans, il est possible d'en exiger la suppression ou son obturation par un jour de souffrance, via mise en demeure, conciliateur de justice, puis tribunal judiciaire.

Les juges ne sanctionnent pas sur une simple impression de trop-proche. Le juge saisi d'une telle demande ne peut prononcer de condamnation sans caractériser rigoureusement l'infraction à la règle de distance, la Cour de cassation exigeant une motivation précise et une constatation matérielle des mesures.

Après trente ans sans contestation, la porte se referme définitivement. Au-delà de 30 ans, la prescription trentenaire rend la vue définitive. Ce délai court dès la création de l'ouverture, pas depuis votre achat de la maison, ce qui explique pourquoi tant de nouveaux propriétaires découvrent la règle trop tard.

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