Plus personne ne rend la monnaie en pièces de 1 et 2 centimes chez plusieurs de nos voisins européens : voici ce qui les remplace à la caisse

Sept pays européens ont déjà supprimé les pièces de 1 et 2 centimes en rendant la monnaie. Au lieu d’afficher de nouveaux prix, ils arrondissent simplement le total du ticket de caisse aux 5 centimes les plus proches lors des paiements en espèces. La France reste à l’écart de ce mouvement, faute de proposition législative de la Commission européenne.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png
Par L'équipe JDS

Vous aimez notre contenu ?

Ajoutez-nous à vos
favoris Google

En Finlande, en Belgique, en Irlande, en Italie, en Estonie et en Lituanie, un commerçant ne rend plus la monnaie en pièces de 1 et 2 centimes lors d'un paiement en espèces. Ce ne sont pas les prix affichés qui bougent : c'est le total du ticket de caisse qui est arrondi aux 5 centimes les plus proches, uniquement pour le règlement en liquide. Un paiement par carte, lui, reste calculé au centime près.

À retenir
  • La Finlande, Belgique, Irlande, Italie, Estonie et Lituanie arrondissent le total des achats en espèces aux 5 centimes les plus proches.
  • Les prix affichés restent inchangés au centime près, seul le montant total à payer subit l'arrondi à la caisse.
  • Produire une pièce de 1 centime coûterait plus cher que sa valeur faciale, ce qui motive cette réforme dans plusieurs pays européens.
  • 64 % des citoyens européens interrogés soutiennent l'abolition des pièces de 1 et 2 centimes selon un sondage de 2022.

Sept pays ont déjà tourné la page

Au moins sept pays de la zone euro ont déjà sauté le pas.

La Finlande a été le premier État à légiférer sur l'abandon des pièces de 1 et 2 cents, dès 2002. Aux Pays-Bas, la règle de l'arrondi n'est pas imposée depuis 2004 : elle est appliquée de manière volontaire par les commerçants qui le souhaitent. Cela a aussi été fait en Belgique dès 2014, avant que les paiements en espèces doivent être arrondis à 5 cents de manière obligatoire depuis le 1er décembre 2019. L'Irlande a suivi la même voie en 2015.

En Italie, un comité parlementaire a tranché le sujet en 2017, décidant l'arrêt en 2018 de la production des pièces de 1 et 2 cents pour la circulation dans le pays. Les prix continuent d'y être affichés au centime près, mais le total des tickets de caisse est automatiquement arrondi au multiple de cinq centimes le plus proche.

Au début de l'année 2025, une réforme des paiements en espèces est entrée en vigueur en Estonie : le montant total à payer est désormais arrondi à 0 ou à 5 centimes selon le chiffre final du prix. En Lituanie, la loi relative à l'arrondi des paiements en espèces a été adoptée par 65 voix pour, 20 contre et 31 abstentions, pour une entrée en vigueur le 1er mai de la même année. Dans les deux pays baltes, les pièces de 1 et 2 centimes peuvent toujours être utilisées comme moyen de paiement, dans la limite de cinquante pièces.

Comment fonctionne l'arrondi à la caisse

Le principe retenu partout est le même : on arrondit le total du ticket, jamais le prix affiché article par article. Les commerçants n'ont d'ailleurs pas le droit d'arrondir le prix article par article.

L'arrondi se pratique donc uniquement sur le montant total à payer.

Ces pièces rouges restent des moyens de paiement légaux partout où la règle s'applique, et un commerçant ne peut les refuser que si le client en présente plus de 50 dans une même transaction. En Estonie, la limite est identique. Un paiement par carte bancaire ou par virement, lui, n'est jamais concerné par ces règles d'arrondi : la somme demeure inchangée. Le voyageur averti garde donc le réflexe de la carte pour ne rien perdre au change.

Le calcul qui fâche : ces pièces coûtent-elles cher ?

Ce basculement européen répond aussi à une question de gros sous. Produire une pièce de 1 centime coûterait, selon plusieurs analyses économiques, plus cher que sa valeur faciale, un phénomène que les économistes appellent le seigneuriage négatif.

La Commission européenne a documenté ce constat en 2018, dans un rapport référencé COM(2018) 787.

Mais dans ce même rapport, la Commission notait que la majorité des États membres restait favorable à la poursuite de la frappe des pièces d'un et de deux cents, tout en cherchant à réduire les coûts de production. Le calcul comptable ne fait donc pas l'unanimité à Bruxelles non plus. En France, le ministère de l'Économie défend même la position inverse pour l'ensemble des petites coupures.

Bruxelles consulte, Bruxelles hésite

Pour trancher, la Commission a ouvert une consultation en ligne le 28 septembre 2020, permettant à chaque citoyen de se prononcer sur la conservation des pièces de un et deux centimes. Environ 17 000 personnes ont répondu, et 72 % des citoyens européens interrogés ont estimé que les pièces rouges n'étaient pas utiles. Un Eurobaromètre mené en octobre 2022 confirmait cette tendance, avec 64 % des sondés favorables à l'abolition des pièces de 1 et 2 centimes et à un arrondi obligatoire du total payé. Ce soutien allait de 55 % à 84 % selon les dix-neuf pays de la zone euro.

Fin 2022 pourtant, une source à la Commission confirmait qu'il n'y avait rien de nouveau sur ce dossier. L'institution s'était pourtant engagée à faire des propositions sur cette question avant la fin de cette même année.

Et la France, dans tout ça ?

Côté français, rien n'a bougé non plus. Un député a interrogé le gouvernement fin 2022 sur ce projet de suppression porté par la Commission européenne. La réponse, publiée au Journal officiel le 28 février 2023, est sans détour : le retrait des pièces de 1 et 2 centimes dépend d'une proposition législative de la Commission, que celle-ci n'avait alors pas inscrite à son programme législatif indicatif pour 2023.

Aucune date n'est aujourd'hui annoncée.

Le débat n'est pourtant pas nouveau à Paris. Dès 2018, un sénateur avait demandé le coût de fabrication de ces pièces, et Bercy avait répondu que ce chiffre n'était pas public, pour des raisons d'enjeux concurrentiels entre instituts de frappe.

Ce qui ne change pas (encore) dans votre porte-monnaie

Le ministère avait toutefois précisé un point : prises ensemble, les pièces de 1, 2, 5 et 10 centimes coûtent moins cher à fabriquer que leur valeur faciale cumulée, ce qui les rend créditrices pour l'État. C'est l'inverse de ce que pointait la Commission européenne au sujet de la seule pièce de 1 centime. Deux institutions, deux méthodes de calcul, et pour l'instant aucun arbitrage commun.

En pratique, un touriste français qui visite Bruxelles, Tallinn ou Vilnius verra ses achats en espèces arrondis automatiquement, sans rien avoir à demander. En rentrant en France, il retrouvera ses pièces rouges telles qu'il les a laissées, toujours valables, toujours frappées, toujours rendues au centime près.

Le débat n'est pas propre à la zone euro. En Allemagne, le Forum national des espèces, qui réunit la Bundesbank et les acteurs du commerce, a recommandé à la majorité l'adoption d'une règle d'arrondi au 5 centimes le plus proche pour les paiements en liquide. Le ministère fédéral des Finances est appelé à défendre et à faire avancer une règle d'arrondi contraignante dans la loi. La proposition n'a pas encore force de loi outre-Rhin, mais elle montre que même les pays les plus attachés au cash commencent à regarder de près ce que font leurs voisins.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png

Toute l'équipe de rédaction Journal des Seniors vous guide à travers ce sujet qui nous concerne tous : la retraite. Comment l'anticiper, la préparer, et comprendre tous les rouages et informations pratiques pour une retraite paisible.

Aucun commentaire à «Plus personne ne rend la monnaie en pièces de 1 et 2 centimes chez plusieurs de nos voisins européens : voici ce qui les remplace à la caisse»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés
* Champs obligatoires