Cette Aston Martin unique porte une couleur recréée à partir d’un simple morceau de papier vieux de 60 ans

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Par Julien Thoraval

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Pour repeindre une voiture de 2027 en Pacific Blue, les équipes d'Aston Martin ont dû retrouver un bout de papier imprimé il y a une soixantaine d'années. L'échantillon dormait dans une brochure de configuration couleur de la DB6, celle qu'un client britannique feuilletait en concession avant de choisir sa carrosserie. Il a servi de référence pour la DB12 Coupé présentée le 3 août dans la collection Heritage Edition.

Cinq voitures composent cette série dévoilée par Aston Martin Newport Beach, concessionnaire californien, avec Q by Aston Martin, le service de personnalisation de la marque. Chacune reprend une teinte des nuanciers maison des années 1960 et 1970, et chacune est une commande unique, sans jumelle nulle part ailleurs. La démarche a moins à voir avec le catalogue de peintures qu'avec un travail de reconstitution.

Un nom de couleur ancienne se recopie en trois secondes sur une fiche produit. Retrouver la profondeur exacte d'un bleu disparu depuis un demi-siècle demande autre chose, et c'est là que la collection devient intéressante.

Le bleu qui n'existait plus que sur du papier

Le Pacific Blue apparaît d'abord sur la DB4, à la fin des années cinquante, avant d'accompagner la DB5 puis la DB6. Ces voitures ont depuis longtemps quitté les chaînes, et les rares survivantes ont pour la plupart été repeintes au fil des restaurations. Une carrosserie d'époque ne constitue donc pas une référence fiable : le soleil, les vernis successifs et les retouches ont fait leur travail sur soixante ans.

Reste le papier. Les brochures de configuration comportaient de véritables pastilles de peinture appliquées sur carton, destinées à montrer au client la teinte réelle plutôt qu'une impression approximative. Conservées à l'abri de la lumière, elles vieillissent mieux qu'une aile de voiture. C'est cet échantillon d'origine, tiré de la documentation de la DB6, que l'équipe de Q a utilisé comme point de départ.

Le geste ressemble à celui d'un restaurateur de tableau qui gratte un vernis pour retrouver la couleur sous les couches. Sauf qu'ici, la couleur retrouvée doit ensuite être fabriquée en quantité industrielle, tenir dix ans sous le soleil californien et passer les normes environnementales actuelles.

Pourquoi une peinture des années 1960 ne se recopie pas

La chimie a changé, et beaucoup. Les peintures automobiles de l'époque reposaient sur des solvants et des pigments dont plusieurs sont aujourd'hui restreints ou interdits, à commencer par certains composés métalliques qui donnaient précisément leur éclat aux teintes anciennes. Les systèmes hydrodiluables ont progressivement remplacé les formules d'origine dans la quasi-totalité des usines automobiles.

Recréer un bleu de 1965 revient donc à obtenir le même effet visuel avec des ingrédients différents. Les particules métalliques n'ont plus la même taille, le vernis ne réfléchit plus la lumière de la même façon, et une formule transposée telle quelle donnerait une teinte cousine, jamais identique. Le travail consiste à ajuster jusqu'à ce que la carrosserie neuve et la pastille cartonnée renvoient la même lumière côte à côte.

La DB12 Coupé qui en résulte conserve par ailleurs son V8 4,0 litres biturbo de 671 chevaux, assemblé à la main. Aucune mécanique n'a été touchée dans cette collection. À bord, les sièges cannelés et perforés signés Q accompagnent une broderie Heritage sur l'accoudoir central, des seuils de porte spécifiques et des inserts en noyer foncé à pores ouverts.

Aston Martin Newport Beach Heritage Edition Collection (1)
Crédit : Aston Martin

Quatre autres teintes sorties du même carton

La DB12 Volante reprend le Pale Primrose, un jaune pâle affiché dès 1958 sur la couverture de la brochure commerciale de la DB4. La Vanquish reçoit le Tudor Green, métallisé sombre associé aux Aston Martin des années soixante-dix, sans que son V12 5,2 litres biturbo de 824 chevaux n'ait rien de nostalgique.

Les deux Vantage complètent la série avec le Winchester Blue du coupé, baptisé d'après une ville du Hampshire à l'époque où la marque puisait ses noms de teintes dans la géographie britannique, et le Mink Silver du Roadster, argent pâle porté par plus de cent DB6 dans les années soixante. Toutes deux embarquent le V8 biturbo de 656 chevaux.

Ironie de l'histoire, ces cinq voitures ne seront proposées qu'à Newport Beach, en Californie, à quelques milliers de kilomètres de l'usine anglaise et des villes dont ces couleurs portent les noms. La géographie du luxe automobile s'est déplacée, celle des archives non.

Cette collection illustre une tendance plus profonde. Les constructeurs historiques ont compris que leurs archives constituaient un actif sur lequel capitaliser avec un avantage impossible à racheter : l'histoire. Une marque née il y a dix ans n'a pas de brochure de 1965 dans ses tiroirs. Et là où une série limitée à cent exemplaires ne suffit plus à créer le désir, la commande unique prend le relais. La rareté ne se compte plus en exemplaires produits que personne d'autre n'obtiendra.

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Journaliste et photographe éditorial, je couvre l’automobile, l’art de vivre et les territoires à travers des récits où le texte et l’image se répondent. Mon approche repose sur une conviction : un essai, un objet ou une rencontre ne se résument pas à leurs caractéristiques. Ils prennent sens dans un lieu, une lumière et une histoire, fruit de cette alchimie.

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