130 au régulateur sur une autoroute normande, et mon dos fait office de sismographe. Chaque raccord de chaussée remonte sans préavis dans le siège, net, au point que la sono Harman Kardon semble s’être offert une section percussions supplémentaire. Rien d’anormal. C’est simplement une John Cooper Works, la version la plus radicale de la MINI Aceman. Le petit crossover urbain a beau être le dernier né de la gamme, il reste fidèle à la tradition de la marque anglaise.
Huit jours au volant de la MINI Aceman JCW : j’ai compris où finit le plaisir et où commence l’endurance

Trois jours plus tôt, je quittais le Domaine de La Ferté-Vidame, où la marque célébrait ses vingt-cinq ans sous pavillon BMW, avec les clés de ce petit SUV électrique vert anglais. Au programme : huit jours de cohabitation, environ 700 kilomètres entre l'Île-de-France et la Normandie en traversant le Perche. Assez pour dépasser le coup de foudre du premier contact et savoir ce que cette machine à sensations réserve à celui qui la vit au quotidien.
4m07 : le format que la ville réclame
L'Aceman occupe la place du milieu dans la gamme, entre la Cooper citadine et le Countryman familial. Quatre mètres sept de long, cinq portes, une garde au sol de crossover : dans les rues étroites comme sur un parking d'hypermarché, ce gabarit semble être exactement celui qu'il faut en 2026. La version John Cooper Works y ajoute sa panoplie, damier sur le hayon et touches rouges, posée sur une teinte vert anglais qui attire les compliments à chaque arrêt. Seule fausse note à mes yeux, les jantes de 19 pouces cerclées de rouge, trop chargées pour une robe aussi élégante et surtout bien trop exposées au regard de sa vocation urbaine. Sanction assurée dès la première faute d'inattention lors d'un créneau.
À bord, l'ambiance rompt avec l'austérité qui règne en norme chez la concurrence. La planche de bord est tendue d'un textile en mesh recyclé, l'immense écran rond OLED concentre les commandes et l'éclairage d'ambiance suit le mode de conduite choisi. Les sièges sport, fermes et enveloppants, comptent parmi les meilleurs que j'aie fréquentés dans la catégorie. Tout n'est pas au même niveau pour autant : le plastique des contre-portes est dur à faire pâlir les chaises plastique qui sont légion dans les salles d'attentes. L'espace aux places arrière devient symbolique une fois mon siège réglé à ma taille. Le coffre de 300 litres suffit au quotidien, courses ou sacs photo compris, et grimpe à 1 005 litres banquette rabattue.
258 ch pour 1800 kg : suffisants pour une John Cooper Works ?
Sur les petites routes du Perche, la JCW abat ses cartes. La fiche annonce 258 ch, 340 Nm et un 0 à 100 km/h en 6,4 secondes, avec une fonction eBoost qui monte temporairement à 272 ch. Au volant, la poussée paraît plus franche encore, immédiate comme seul l'électrique sait l'être. La direction transmet fidèlement ce qui se passe sous les roues, le centre de gravité bas verrouille la caisse en courbe et l'on enchaîne les virages à un rythme qui surprendrait bien des sportives thermiques.
La contrepartie surgit dès qu'on demande tout, tout de suite. Accélérateur écrasé en sortie de courbe, le train avant patine, suit les défauts du bitume et tire résolument vers l'angle du volant. La voiture n'est pas dangereuse pour autant, mais elle exige deux mains fermes sur le volant et un dosage attentif. A moins de vouloir justement en jouer. Quant à la suspension, elle ignore le mot détente. Les grandes jantes aggravent la fermeté d'un amortissement déjà sec, au point qu'une Maserati MCPura, essayée la même semaine sur des routes identiques, filtrait mieux les mêmes défauts. Oops.
Huit jours et 700 kilomètres plus tard : il faut vraiment se séparer ?
Vient enfin la question qui focalise les tensions dès lors que l'on mentionne le mot "électrique"... Sur départementale, en roulant normalement, j'ai relevé 16 kWh/100 km. Sur autoroute à 140 compteur, la moyenne s'établit à 21. Sur les routes sinueuses, avec un pied droit taquin, la consommation tourne dans le même ordre de grandeur. Depuis la sortie d'usine, selon l'ordinateur de bord, cet Aceman JCW nécessite 18,1 kWh/100 km. Traduction concrète avec la batterie de 49,2 kWh utiles, comptez environ 300 kilomètres en usage routier calme, plutôt 230 sur autoroute, quand la fiche promet jusqu'à 355. La recharge accepte 95 kW au mieux, soit un 10-80 % annoncé en une trentaine de minutes. Suffisant au quotidien avec une prise à domicile, plus juste dès qu'on allonge sérieusement les étapes.
Alors, pour qui ? Pour celles et ceux qui veulent une électrique compacte au vrai tempérament et qui acceptent qu'elle se rappelle à eux à chaque imperfection de l'asphalte. Les autres trouveront leur bonheur dans l'Aceman SE de 218 ch, à peine moins vif et sensiblement moins cassant, que j'avais essayé à sa sortie. Pendant l'anniversaire de la marque, Vincent Salimon, patron de BMW Group France, m'avait résumé MINI en trois mots : « Go-kart feeling, fun, premium. » Après huit jours et 700 kilomètres, je contresigne les deux premiers sans la moindre réserve. Le troisième, lui, se vérifie également même si aujourd'hui, le premium implique aussi des concessions économiques, à l'image de certains plastiques... L'Aceman JCW démarre à 45 450 €, hors options.




















