Chaque été, la même scène se rejoue sur les parkings de supermarché avant le grand départ : on ressort la carte routière, on ouvre trois applis, et on se lance dans un calcul à la Prévert. Autoroute ou nationale ? La question paraît simple, presque enfantine, mais rares sont ceux qui vont vraiment au bout du raisonnement. On additionne les péages, on soustrait quelques euros de carburant, et hop, verdict rendu. Sauf que ce petit exercice de comptable oublie deux invités de taille : la fatigue et le risque. Prenons le temps, justement, de refaire honnêtement le match sur un trajet de 700 km, ce genre de descente vers le Sud qu'on connaît tous par cœur.
Péage, carburant, temps : ce que révèle vraiment un trajet de 700 km chrono en main
Imaginons un Paris-Montpellier, environ 750 km. Par l'autoroute, il faut compter grosso modo 7 heures de route effective hors pauses, et un budget péage qui, selon le véhicule et le trajet exact, tourne autour de 60 à 75 € pour une voiture de tourisme. À 130 km/h, la consommation grimpe sensiblement : une berline moyenne qui boit 6 l/100 km sur route peut vite passer à 7,5 voire 8 l/100 km, soit une dizaine de litres de carburant en plus sur le trajet complet. Ajoutez cela au péage, et l'addition autoroutière se situe souvent entre 130 et 160 € pour ce type de distance. Par la nationale, on économise le péage, on consomme un peu moins, mais on ajoute facilement 2 à 3 heures de trajet, avec les traversées de villages, les ronds-points et les camions à doubler. La calculette dit donc : la nationale fait gagner environ 60 à 80 € et perdre un quart de journée. Jusque-là, rien de neuf.
Fatigue et sécurité : le facteur que la calculette Excel oublie toujours
Voilà où le calcul devient plus honnête. Bien que les autoroutes ne représentent que 1,1 % du réseau routier français, elles ne concentrent qu'environ 7,5 % des décès sur la route. Le réseau autoroutier reste, en volume, cinq fois plus sûr que le réseau routier national. La raison est structurelle : pas d'intersections, pas de carrefours, pas de vélos qui déboîtent, pas de tracteur au détour d'un virage. À l'inverse, les routes hors agglomération concentrent près de 60 % de la mortalité routière en métropole. Et puis il y a la fatigue, invitée sournoise des longs trajets. La somnolence et l'inattention comptent parmi les toutes premières causes d'accidents corporels. Une nationale sinueuse, avec ses relances permanentes, mobilise davantage l'attention qu'un ruban d'autoroute, mais elle épuise aussi plus vite qu'on ne le croit. Petit rappel utile pour l'été qui bat son plein : sur autoroute, on garde deux lignes de rive visibles entre soi et le véhicule de devant, soit environ deux secondes. Et on s'arrête toutes les deux heures, ce n'est pas une option.
Seul et pressé ou famille au budget serré : le verdict change selon qui tient le volant
Le vrai verdict, en réalité, dépend de qui vous êtes ce jour-là. Seul au volant, pressé, avec un rendez-vous à honorer : l'autoroute reste imbattable. On paie un peu plus cher, mais on gagne du temps, on arrive moins fatigué, et surtout on met toutes les chances de son côté côté sécurité. Pour un conducteur qui a passé les soixante-dix ans et qui veut voyager serein, c'est clairement l'option raisonnable. En famille, avec un budget serré et une journée entière devant soi, la nationale reprend du sens : on économise réellement, on peut couper le trajet en deux avec une étape agréable, on découvre des paysages qu'on ne voit jamais depuis l'A7. À condition de partir reposé, tôt le matin, sans se mettre la pression de l'horaire. Un dernier point à ne pas négliger : sur autoroute, un décès sur cinq concerne un piéton, et dans la majorité des cas il s'agit de personnes sorties de leur véhicule en panne. La règle d'or, si l'on doit s'arrêter sur la bande d'arrêt d'urgence : gilet jaune sur le dos, tout le monde derrière la glissière, et on appelle les secours depuis là. Jamais sur les voies, jamais.
Au fond, la vraie question n'est pas de savoir laquelle des deux est objectivement meilleure, mais laquelle correspond à votre trajet, à votre forme du jour et à vos priorités. Le temps, l'argent, la fatigue et la sécurité forment un carré dont on ne peut pas ignorer un seul côté sans fausser le résultat. La prochaine fois que vous préparerez un grand départ, et si vous osiez faire le calcul complet, celui que personne ne va jusqu'au bout ?


