La France entrouvre finalement la porte au FSD Tesla : deux voitures à l’essai avant le vote européen d’octobre
En six semaines, le FSD de Tesla est passé du « pas assez sûr » à « apportez-nous deux voitures ». La politique réglementaire a parfois le sens du raccourci. Après une visioconférence avec Elon Musk, le ministre des Transports Philippe Tabarot annonce que deux véhicules équipés du système vont être testés sur les routes françaises.
Le changement de ton est spectaculaire. Le 22 juillet, le même ministre estimait encore que les garanties de sécurité n’étaient « pas suffisantes pour une autorisation en l’état ». Le 2 septembre, il évoque désormais des adaptations techniques qui permettraient à la France de soutenir une homologation européenne.
Tesla n’a toutefois pas obtenu l’autorisation de proposer son FSD aux automobilistes français. Paris accepte de l’évaluer en conditions réelles, ce qui est à la fois beaucoup sur le plan politique et encore très peu pour les propriétaires de la marque.
La position exprimée en juillet ne souffrait guère d’ambiguïté. Dans une réponse publiée sur la plateforme gouvernementale Agora, Philippe Tabarot reconnaissait les progrès technologiques du FSD, mais soulevait deux problèmes précis.
Le premier concernait la vitesse. D’après les constatations françaises, le système pouvait décider de suivre le rythme de la circulation, quitte à dépasser la limitation sans demande explicite du conducteur. Dans certaines situations, le ministère évoquait un dépassement pouvant atteindre 50 % de la vitesse autorisée.
La seconde réserve portait sur la surveillance du conducteur, jugée insuffisante en ville et pendant les manœuvres complexes : changements de voie, intersections ou ronds-points. Un point essentiel puisque, malgré son nom très ambitieux de « Full Self-Driving », le dispositif ne transforme pas une Tesla en voiture autonome.
Le FSD supervisé reste une aide à la conduite de niveau 2. Il peut suivre un itinéraire, négocier des intersections ou changer de voie, mais la personne installée derrière le volant doit surveiller la route et demeure pleinement responsable.
Après son échange avec Elon Musk, Philippe Tabarot assure que les autorités françaises travaillent depuis plusieurs mois avec Tesla sur les adaptations nécessaires. Les deux véhicules fournis par le constructeur doivent ouvrir « une nouvelle étape : celle des essais sur route », selon son message publié le 2 septembre.
La nuance tient en quelques mots, mais elle change tout : la France n’autorise pas encore le FSD pour ses automobilistes. Elle autorise son administration à l’examiner de plus près.
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Deux voitures pour répondre aux objections françaises
Le ministère ne précise pas encore où circuleront les véhicules, pendant combien de temps ni selon quel protocole. Surtout, il ne dit pas si Tesla a déjà corrigé les deux comportements qui motivaient le refus de juillet. Une visioconférence peut détendre l’atmosphère ; elle ne reprogramme pas à elle seule une aide à la conduite.
Le constructeur arrive néanmoins avec un dossier nettement plus étoffé. Le 1er septembre, Tesla a rendu public un vaste tableau de données consacré à la sécurité du FSD. La marque revendique près de 1,6 million de kilomètres parcourus par sa flotte d’essai européenne sans collision attribuée au système, ainsi que plus de 230 000 scénarios contrôlés dans six villes.
Ces résultats sont produits et présentés par Tesla. La marque reconnaît d’ailleurs elle-même certaines limites méthodologiques : ses comparaisons ne neutralisent pas toujours des facteurs comme la météo, la densité du trafic ou la complexité des situations rencontrées. Ces chiffres constituent donc des arguments techniques, pas un verdict définitif.
Le FSD bénéficie toutefois déjà d’une véritable évaluation indépendante. L’autorité néerlandaise RDW affirme avoir étudié le système pendant plus de 18 mois, avec plus de 3 000 heures d’essais et 1 000 parcours réalisés sur piste comme sur route ouverte. Elle lui a accordé une homologation valable aux Pays-Bas en avril 2026. La Belgique, le Danemark, l’Estonie et la Lituanie ont ensuite accepté le dispositif sur leur territoire.
Les essais français doivent maintenant établir si cette version européenne respecte les exigences défendues par Paris, notamment en matière de vitesse et de vigilance. Deux voitures, c’est une flotte minuscule. Mais c’est suffisant pour vérifier des comportements ciblés et fournir au gouvernement une base technique avant l’échéance européenne.
Le vote européen prévu début octobre sera sans doute décisif
La prochaine réunion du Comité technique pour les véhicules à moteur est attendue le 6 octobre. Les États membres pourraient alors se prononcer sur l’extension à toute l’Union européenne de l’homologation délivrée par les Pays-Bas. L’ordre du jour définitif n’étant pas encore public, il convient néanmoins de parler d’un vote attendu, et non d’une autorisation déjà programmée.
Un feu vert européen rendrait le FSD supervisé juridiquement utilisable dans les États membres. Il ne garantirait pas pour autant son activation immédiate en France : Tesla devrait encore confirmer les véhicules compatibles, le calendrier de la mise à jour et les conditions commerciales.
La France vient malgré tout de déplacer une pièce importante. En juillet, elle refusait de reconnaître le système en l’état. En septembre, elle se dit prête à soutenir son homologation si les adaptations attendues sont convaincantes.
Elon Musk n’a donc pas encore fait entrer le FSD en France. Il lui a obtenu un badge visiteur et deux places sur le parking. La décision, elle, se jouera toujours sur la route puis autour d’une table européenne.
Journaliste et photographe éditorial, je couvre l’automobile, l’art de vivre et les territoires à travers des récits où le texte et l’image se répondent.
Mon approche repose sur une conviction : un essai, un objet ou une rencontre ne se résument pas à leurs caractéristiques. Ils prennent sens dans un lieu, une lumière et une histoire, fruit de cette alchimie.