L'A13 sera coupée dans le sens Paris-province, du boulevard périphérique à l'échangeur de Vaucresson, à partir du 16 novembre 2026 et jusqu'au 31 août 2027. Neuf mois et demi. Le tube Nord du tunnel de Saint-Cloud, qui date des années 1930, doit être conforté avant le passage du tunnelier de la ligne 15 Ouest. Le tube Sud, dans le sens province-Paris, reste ouvert. Le trajet du matin est donc préservé. C'est le retour du soir, et le départ du vendredi, qui disparaissent.
L'axe absorbe jusqu'à 80 000 véhicules par jour selon la direction des routes d'Île-de-France, pour l'essentiel des trajets pendulaires en provenance des Yvelines et de la Normandie. Face à cela, la préfecture a une réponse : prendre les transports en commun ou décaler ses horaires, et surtout ne pas engorger les itinéraires de déviation. La recommandation avait déjà été formulée au printemps 2024, quand une fissure sur la chaussée avait fermé le même tronçon pendant deux mois. L'Ouest francilien n'en garde pas un bon souvenir.
Un tube de 1930 sous le tunnelier de la ligne 15
Georges-François Leclerc, préfet d'Île-de-France et de Paris, a présenté la décision mardi 21 juillet comme une « mesure radicale », mais « justifiée ». Les études menées en 2024 et 2025 ont conclu à l'absence d'urgence immédiate, avec une réserve de taille : les travaux de confortement devenaient impératifs dans les cinq à dix ans. Le calendrier a basculé pour une autre raison. Le tunnelier de la ligne 15 Ouest du Grand Paris Express doit passer sous l'autoroute à cet endroit précis en 2027, et personne n'a envie de le voir traverser sous une voûte centenaire non armée. L'opération consiste à couler une nouvelle coque en béton armé à l'intérieur du tunnel existant, sous la conduite du groupement Vinci qui réalise ce tronçon de la 15 Ouest, pour le compte de la Société des grands projets et de la DiRIF.
Deux scénarios alternatifs ont été étudiés, puis écartés. Faire circuler le tube Sud à double sens conduirait à des embouteillages capables de paralyser complètement le secteur, a exposé Emmanuelle Gay pour la Drieat. Inverser le sens de circulation du tube Sud en milieu de journée supposerait de fermer l'autoroute dans les deux sens à chaque bascule, les équipements de ventilation et de sécurité d'un tunnel ne se retournant pas en un après-midi. Sur la nécessité de la fermeture, la démonstration de la préfecture tient debout. Ce qui vient après tient beaucoup moins bien.
Même en pleine journée, les bouchons sont fréquents...
Ceux qui empruntent l'A13 dans ses premiers kilomètres connaissent la scène : le secteur du tunnel se bouche largement en dehors des heures de pointe, un mardi matin comme un vendredi à 18 heures. Retirer un tube entier à un axe déjà saturé, pendant neuf mois et demi, ne demande pas un modèle de trafic pour être évalué. Ce sera infernal, et tout le monde le sait, à commencer par les services de l'État.
Le précédent d'avril 2024 avait duré deux mois, jusqu'à la fin juin, et avait suffi à engorger tout le secteur. Cette fois, la fermeture s'étalera sur plus de neuf mois et englobera un hiver complet, avec un report qui viendra chercher le périphérique ouest et la porte de Saint-Cloud aux mêmes heures.
Les maires des communes concernées, réunis par le préfet le lundi 20 juillet, redoutent surtout le déversement du trafic dans leurs rues. Les applications de navigation enverront leurs utilisateurs par le chemin le plus court dès que les grands itinéraires se figeront, quitte à traverser Saint-Cloud ou Meudon. La préfecture indique avoir pris contact avec ces plateformes pour les « appeler à la responsabilité ». Une demande, sans rien derrière pour l'imposer.
Le RER ne va pas à Caen, ni à Dijon
L'invitation à prendre les transports en commun vise une population précise : le Francilien de l'Ouest qui travaille à Paris ou à La Défense et dispose d'un Transilien ou du RER A à portée de marche. Pour lui, le report est réaliste, parfois même confortable. Encore faut-il que l'offre suive, et la Région comme Île-de-France Mobilités seront mises à contribution sur ce point.
Le reste du flux ne rentre pas dans cette case. Dans ses premiers kilomètres, l'A13 sert de porte de sortie ouest à tout le réseau national, avec un trafic à la fois infrarégional et interrégional. Un Normand qui rentre de Lyon ou de Bordeaux remonte l'A6 ou l'A10, contourne Paris, puis récupère l'A13 vers l'ouest. À partir du 16 novembre, il devra passer par la RN13 puis l'A14, ou par le Duplex de l'A86 qui croise l'A13 à Vaucresson, juste après la section fermée. Les deux options passent par un péage. Aucun train ne remplace ce trajet-là. Même impasse pour l'artisan et son fourgon, ou pour la famille qui part à Deauville le vendredi soir avec un coffre de toit.
Un chiffre circule peu depuis mardi. Lors de la fermeture d'avril 2024, le report vers les transports en commun avait atteint 7 %, donnée de la préfecture rapportée par Le Journal du Grand Paris. Sept pour cent. Les services de l'État espèrent faire nettement mieux cette fois. L'ambition est légitime, le point de départ est connu.
Deux déviations, deux péages
Depuis le boulevard périphérique, la DiRIF a retenu deux grands itinéraires. Le premier passe par la RD910 puis la RN118, avec des correspondances vers l'A86, la RN12 puis l'A12 et l'A13 plus à l'ouest. Le second emprunte la RN13 puis l'A14, qui rejoint l'A13 à Orgeval.
Le premier est gratuit et traverse notamment Sèvres et Chaville, deux communes qui n'attendaient pas ce cadeau. Le second est facturé 10,80 € au tarif de base et 6,60 € au tarif réduit entre La Défense et Orgeval, selon la grille SAPN au 1ᵉʳ février 2026. Le tarif réduit s'applique en semaine de 10 h à 16 h et de 21 h à 6 h, soit précisément en dehors de la pointe du soir, celle qui concentrera le report.
Il existe une troisième voie, moins commentée. Le Duplex de l'A86 relie Rueil-Malmaison à Vélizy en passant par Vaucresson, où il rejoint l'A13 en aval du tunnel. Ce tunnel est réservé aux véhicules de moins de 2 mètres de hauteur, ce qui exclut les fourgons et les voitures chargées d'un coffre de toit. Le trajet Rueil-Vaucresson y est facturé jusqu'à 14,90 € un vendredi soir, 11,80 € avec un badge de télépéage, selon la grille Vinci Autoroutes 2026. Sortir de Paris par l'ouest en restant sur autoroute coûtera donc entre 10 et 15 euros, neuf mois durant. La DiRIF, elle, annonce des allongements de temps de parcours à certaines heures. La formule est prudente.

Cette fermeture prépare la ligne 15 Ouest, qui reliera Pont de Sèvres à Saint-Denis Pleyel en 25 minutes contre 52 aujourd'hui, pour une mise en service annoncée en 2031. Fermer l'accès ouest pendant près de dix mois pour une ligne qui ouvrira cinq ans plus tard : l'arbitrage se défend, il se vivra mal. Et il ne s'arrêtera pas en août 2027. Le dossier de presse précise qu'en juillet et août 2027, l'A13 sera fermée dans les deux sens au niveau du viaduc de Saint-Cloud, pour d'autres travaux d'entretien. Le créneau a été retenu parce que le trafic pendulaire s'effondre en été. Celui qui descend vers la côte normande, beaucoup moins. Coût du chantier du tunnel : 35 millions d'euros, à parts égales entre l'État et la Société des grands projets.
