Mondial de l’Auto 2026 : la taille, ça compte ? Entre microcitadines et SUV XXL, l’automobile joue les extrêmes

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Par Julien Thoraval

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D'un côté, une SMART de moins de trois mètres. De l'autre, des SUV chinois qui dépassent allègrement les cinq mètres et transforment leurs places arrière en véritables salons. Au Mondial de Paris 2026, les nouveautés semblent parfois appartenir à deux mondes différents. Une opposition qui traduit l'évolution de nos usages, mais aussi sur la manière dont les constructeurs envisagent désormais le luxe automobile.

Entre la nouvelle smart #2 et le XPENG G9L, il y a exactement 2,37 mètres d'écart. La première mesure 2,75 mètres et accueille deux personnes. Le second s'étire sur 5,12 mètres, avec six ou sept places et un empattement de 3,10 mètres. Deux nouveautés présentées au même Mondial de l'Auto, mais qui semblent répondre à des cahiers des charges radicalement opposés.

Ce contraste est l'une des curiosités du salon parisien. Alors que les constructeurs européens redécouvrent les petites voitures simples et abordables, plusieurs marques chinoises exposent des SUV dont les dimensions auraient encore récemment semblé réservées aux véhicules de luxe américains. Et dans les deux cas, la taille constitue un argument commercial majeur.

Moins de trois mètres, le retour de la voiture pensée pour la ville

Avec la #2, SMART revient à ce qui avait fait le succès de la Fortwo originelle : une voiture conçue autour de deux occupants, dont les dimensions facilitent réellement la vie en ville. Ses 2,75 mètres lui permettent de se faufiler dans les rues étroites et de stationner là où une citadine classique aurait du mal à trouver sa place. Le diamètre de braquage de 6,95 mètres est tout aussi parlant. Malgré son format, elle dispose d'un coffre de 305 litres, rendu possible par une architecture électrique développée spécifiquement pour ce modèle.

La batterie de 35,8 kWh vise jusqu'à 290 kilomètres d'autonomie WLTP, une valeur encore provisoire en attendant l'homologation définitive. Ce n'est évidemment pas une invitation à traverser la France chaque week-end, mais la proposition conserve du sens pour des déplacements urbains et périurbains. Pourquoi embarquer systématiquement une batterie de 70 kWh quand les besoins quotidiens sont autrement plus modestes ?

Citroën explore une philosophie comparable avec sa nouvelle 2 CV Concept. Longue de 3,76 mètres, elle annonce un poids maîtrisé autour d'une tonne et un prix visé de 15 000 euros pour un futur modèle attendu en 2028. Renault, avec sa Twingo électrique, cherche également à préserver une voiture compacte et polyvalente. Toutes ne s'adressent pas exactement au même public, mais leur retour traduit une préoccupation commune : limiter l'encombrement et les coûts plutôt que poursuivre systématiquement la course aux équipements et aux dimensions.

Il serait toutefois trompeur d'opposer trop simplement cette petite voiture européenne aux grands SUV chinois. SMART appartient en partie au groupe Geely et sa #2 sera elle-même produite en Chine. La différence relève davantage des usages et du positionnement commercial que de la nationalité des constructeurs.

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Crédit : Julien Thoraval

À cinq mètres, le SUV devient un salon roulant

Le spectacle change radicalement sur les stands de XPENG, Li Auto ou Zeekr. Avec ses 5,12 mètres de longueur, près de deux mètres de largeur et un empattement de 3,10 mètres, le XPENG G9L impose immédiatement sa stature. Difficile de ne pas y voir une volonté d'emprunter les codes du luxe automobile traditionnel : une silhouette massive, une position dominante sur la route et des proportions qui évoquent les grands Range Rover.

Mais il suffit d'ouvrir les portières pour comprendre que ces dimensions ne relèvent pas uniquement de l'apparence. L'empattement généreux libère un espace considérable pour les passagers, notamment à l'arrière. Les sièges peuvent recevoir des réglages électriques, des fonctions de ventilation et de massage, ainsi que des repose-jambes selon les versions. On pense davantage aux fauteuils de classe affaires d'Emirates qu'à la banquette d'un SUV familial traditionnel. L'automobile devient un lieu où l'on souhaite passer du temps, parfois avec autant d'attention portée aux passagers arrière qu'au conducteur.

Cette conception du luxe répond aussi aux attentes du marché chinois, où le confort des occupants arrière tient une place importante dans le choix d'une voiture haut de gamme. Et les constructeurs concernés cherchent aujourd'hui à séduire les Européens avec ces mêmes prestations, souvent proposées à des tarifs inférieurs à ceux des marques premium historiques.

Les dimensions ont néanmoins leurs contreparties. Un véhicule de 5,12 mètres n'est pas particulièrement à son aise dans les parkings souterrains ou les rues anciennes de nos villes. Le G9L pèse par ailleurs autour de 2,7 tonnes selon la version. Et malgré son gabarit, sa configuration sept places ne laisse que 259 litres de coffre lorsque tous les sièges sont utilisés, hors rangement sous plancher. Un chiffre qui rappelle qu'une grande voiture n'offre pas nécessairement tous les avantages à la fois.

Entre les deux, quelle place pour la voiture familiale ordinaire ?

Cette opposition spectaculaire pourrait donner l'impression que l'industrie automobile se divise désormais entre des véhicules urbains minimalistes et des salons roulants toujours plus imposants. La réalité du marché reste heureusement plus nuancée. Au Mondial, Fiat présente aussi ses Grizzly et Grizzly Fastback, deux familiales de moins de 4,50 mètres capables d'offrir jusqu'à 608 litres de coffre. Renault explore de son côté, avec l'E-Space Concept, une architecture de monospace de 4,70 mètres privilégiant l'habitabilité sans chercher à adopter les proportions d'un grand SUV.

Ces propositions rappellent qu'il existe encore une place pour des voitures conçues autour d'un compromis raisonnable entre encombrement et usage. Un couple citadin n'a pas les mêmes attentes qu'une famille de quatre enfants, pas davantage qu'un automobiliste passant plusieurs heures par jour sur la banquette arrière de son véhicule avec chauffeur. La diversité des carrosseries devrait permettre de répondre à ces situations, plutôt que de vouloir toutes les réunir dans une seule silhouette.

L'électrification complique encore cette équation. Une grande voiture peut accueillir une batterie volumineuse, mais elle doit aussi déplacer davantage de masse et lutter contre une résistance aérodynamique généralement supérieure. À l'inverse, une microcitadine limite ses besoins énergétiques, tout en imposant des compromis sur l'autonomie et la polyvalence. La voiture idéale n'est donc pas nécessairement la plus petite ni la plus grande, mais celle dont les dimensions (et l'autonomie) correspondent réellement à ce que son propriétaire en attend.

Le Mondial 2026 ne marque sans doute pas une disparition des formats intermédiaires. En revanche, il montre à quel point les constructeurs cherchent désormais à se distinguer en jouant sur les proportions. Les uns font de la compacité une qualité presque luxueuse, les autres de l'espace intérieur un argument de prestige. Entre une smart #2 et un XPENG G9L, il n'y a pas seulement 2,37 mètres de carrosserie supplémentaires. Il y a deux manières bien différentes d'envisager ce que doit être une voiture aujourd'hui.

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Journaliste et photographe éditorial, je couvre l’automobile, l’art de vivre et les territoires à travers des récits où le texte et l’image se répondent. Mon approche repose sur une conviction : un essai, un objet ou une rencontre ne se résument pas à leurs caractéristiques. Ils prennent sens dans un lieu, une lumière et une histoire, fruit de cette alchimie.

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