Pour les abonnés français, le réflexe le plus simple reste, pour l’instant, de naviguer entre HBO Max et Paramount+ : les deux services fonctionnent encore séparément et aucune date de regroupement n’a été annoncée. Mais la nouvelle entité Skydance, issue du rapprochement de Paramount et Warner Bros. Discovery, prépare déjà une destination de streaming à la puissance rare.
Son directeur général, David Ellison, a confirmé qu’une fusion des plateformes était envisagée après une période de coexistence sous forme d’offre groupée. Derrière cette opération très industrielle se dessine surtout une promesse concrète pour le public : réunir, sous une même interface, des séries aussi différentes que House of the Dragon, The White Lotus, Yellowstone ou MobLand. Un catalogue capable de séduire à la fois les amateurs de grands feuilletons familiaux et ceux qui veulent tenter les séries événement dont parlent leurs enfants et petits-enfants.
- HBO Max et Paramount+ restent séparés en France, mais Skydance envisage à terme de les réunir après une offre groupée.
- La future plateforme pourrait rassembler les séries HBO, Showtime, Paramount, CBS, Star Trek, DC et les films Warner Bros.
- Cette concentration simplifierait l’accès aux programmes, mais pourrait réduire les possibilités pour les séries moins rentables.
Un catalogue premium entre HBO, Paramount, Showtime et franchises populaires
La carte éditoriale de cette future plateforme aurait de quoi impressionner. HBO Max apporte d’abord ce que l’on appelle les séries « prestige » : des fictions soignées, portées par une vraie ambition de mise en scène et des personnages complexes. The Sopranos reste un modèle du genre, tandis que Game of Thrones et House of the Dragon ont installé la fantasy dans le grand public avec une ampleur proche des grandes sagas de cinéma. À l’autre bout du spectre, The White Lotus utilise le décor luxueux des vacances pour observer, avec une cruauté amusée, les rapports de classe et les petits mensonges d’une bourgeoisie en villégiature. L’univers DC et le vaste catalogue Warner Bros. compléteraient cet ensemble avec des films populaires et des franchises immédiatement identifiables.
Face à cette élégance HBO, Paramount+ injecterait une énergie plus directe, souvent plus proche du feuilleton à l’ancienne. Yellowstone, créé par Taylor Sheridan, a trouvé son public avec une recette très lisible : une famille puissante, un territoire à défendre, des rivalités et des trahisons. Ses séries dérivées prolongent cette logique de saga, comme le faisaient autrefois certains grands rendez-vous de télévision. Autour d’elle, Landman, Tulsa King, Lioness, Mayor of Kingstown et MobLand dessinent un territoire plus musclé, entre polar, pouvoir économique et figures masculines cabossées. La franchise Star Trek, les programmes de CBS, les productions Showtime et les films Paramount donneraient enfin à l’ensemble une profondeur inhabituelle. Ce serait moins une plateforme monolithique qu’un grand magasin de séries, où l’on pourrait passer d’un western contemporain à une fresque médiévale sans quitter le même abonnement.
Skydance face au défi de la concentration : moins d’acheteurs, plus d’arbitrages sur les séries
Cette abondance a pourtant son revers. En combinant leurs forces, HBO Max et Paramount+ pourraient dépasser légèrement les 200 millions d’abonnés directs dans le monde. C’est considérable, même si Netflix reste devant avec 325 millions d’abonnés revendiqués au début de l’année. Pour le spectateur, une telle concentration peut simplifier la vie : moins d’applications, moins de mots de passe, un catalogue plus dense. Les chaînes non-fictionnelles de Discovery et les canaux gratuits de Pluto TV pourraient aussi enrichir l’écosystème, avec du documentaire, du divertissement et des programmes accessibles sans forcément choisir une fiction exigeante tous les soirs.
Mais pour les créateurs et les séries plus fragiles, le paysage se complique. Quand deux grands groupes deviennent un seul acheteur, il y a mécaniquement moins de portes auxquelles frapper. Une plateforme réunifiée devra trier ses productions, éviter les doublons et privilégier les titres capables de retenir beaucoup d’abonnés. Cela peut conduire à davantage d’arbitrages, voire à des annulations, particulièrement pour les fictions qui ne sont ni des franchises ni des succès immédiats. Le défi de Skydance ne sera donc pas seulement technique ou commercial : il faudra préserver la variété qui fait la richesse de ce futur catalogue, sans transformer chaque série en simple produit de marque.
Le nom final du service reste inconnu, tout comme la forme précise de l’offre française. David Ellison a évoqué le modèle du bouquet HBO Max et Disney+ comme piste de transition. Pour le public, l’essentiel sera ailleurs : disposer d’une porte d’entrée claire vers des œuvres très différentes, sans perdre en route les séries plus singulières qui donnent encore du relief au streaming.


