Le plus inquiétant, dans un thriller judiciaire, n’est pas toujours ce que les scénaristes imaginent. Avec Portobello, c’est ce que la réalité leur fournit. Diffusée il y a quelques jours sur Arte et proposée gratuitement sur sa plateforme Arte.tv, cette mini-série de six épisodes réalisée par Marco Bellocchio retrace la chute du présentateur italien Enzo Tortora, accusé de liens avec la Camorra.
Derrière le visage familier de la télévision, un homme devient soudain un suspect. Cette descente aux enfers repose sur une véritable erreur judiciaire, et c’est bien ce qui donne à la fiction sa dimension la plus glaçante.
- Portobello est une mini-série de six épisodes réalisée par Marco Bellocchio, disponible gratuitement sur la plateforme d’Arte.
- Fabrizio Gifuni y incarne Enzo Tortora, un présentateur italien faussement accusé de trafic de drogue et d’appartenance à la Camorra.
- Condamné en première instance à dix ans et sept mois de prison, Tortora a été acquitté en appel, une décision confirmée en cassation.
Une série qui retrace la descente aux enfers du présentateur Enzo Tortora
Le titre Portobello désigne d’abord une émission populaire de Rai 2, créée et animée par Enzo Tortora. Pour le public français, il faut imaginer cette place particulière qu’occupaient les grands rendez-vous télévisés dans la vie familiale, bien avant les programmes à la demande. L’arrestation du présentateur ne bouleverse donc pas seulement une existence : elle fissure une image publique, construite au fil des apparitions à l’écran.
Fabrizio Gifuni incarne cet homme dont la notoriété ne constitue plus une protection. Le comédien retrouve Marco Bellocchio après Esterno notte, où il interprétait Aldo Moro, autre figure italienne emportée dans une tragédie politique et institutionnelle. Le rapprochement éclaire le choix du cinéaste : aborder une histoire nationale à travers un destin individuel, plutôt que transformer une affaire célèbre en simple succession de rebondissements. Inspirée du livre posthume Lettere a Francesca, la série possède aussi un ancrage intime. Son sujet n’est pas seulement l’accusation, mais ce qu’elle fait à celui qui doit la subir.
Derrière la fiction, une véritable erreur judiciaire fondée sur de fausses accusations de liens avec la Camorra
Le socle historique suffit à faire froid dans le dos. Enzo Tortora est arrêté à Rome, à quatre heures du matin, puis accusé de trafic de drogue et d’appartenance à la Camorra, l’organisation criminelle napolitaine. Ces accusations sont fausses.
Pourtant, le présentateur est condamné en première instance à dix ans et sept mois de prison, avant d’être acquitté en appel. La Cour de cassation confirme ensuite cet acquittement. Inutile de détailler davantage son parcours pour saisir la violence du sujet : une accusation sans fondement peut produire des conséquences parfaitement réelles. C’est là que Portobello se distingue, dans son principe même, d’un thriller construit autour de l’identité d’un coupable. L’enjeu n’est pas de deviner qui a commis le crime, mais de comprendre comment un innocent peut être désigné comme criminel. La célébrité ajoute une dimension troublante à cette mécanique : être connu de tous ne signifie pas être entendu. Le récit invite ainsi à examiner la distance entre une réputation publique, une conviction judiciaire et la vérité des faits.
À découvrir sur Arte pour son sujet autant que pour la rencontre entre Marco Bellocchio et Fabrizio Gifuni, Portobello rappelle une réalité peu confortable : la reconnaissance de l’innocence ne suffit pas à effacer l’épreuve traversée.




