Sur Canal+, ce polar surréaliste dans un manoir des années 1930 brouille toutes les pistes (et c’est bien ce qui le rend addictif)

Par Lilian B

Vous aimez notre contenu ?

Ajoutez-nous à vos
favoris Google

Un whodunit réclame d’ordinaire une solution nette, tandis que le surréalisme préfère faire vaciller le réel. Ceci n’est pas un crime choisit précisément de ne pas trancher entre ces deux plaisirs. Cette mini-série belge, réalisée par Hans Herbots, arrive sur Canal+ dès le 24 septembre avec une idée aussi élégante que déstabilisante : transformer René Magritte en suspect d’un meurtre dont l’image semble sortie de sa propre peinture.

Dans un paysage télévisuel où les enquêtes cherchent souvent à rassurer par leur mécanique, ce polar en six épisodes prend le chemin inverse. Il fait du doute, du décor et des apparences trompeuses les véritables moteurs du récit.

À retenir
  • Mini-série belge en six épisodes, Ceci n’est pas un crime arrive sur Canal+ le 24 septembre.
  • En 1936, René Magritte se réveille près du corps de Sheila Legge dans un manoir anglais et devient le principal suspect.
  • La série mêle enquête en huis clos et surréalisme, avec Salvador Dalí, Lee Miller et Man Ray parmi les invités.

Dans ce manoir anglais, Agatha Christie rencontre Magritte et Dalí

Au printemps 1936, René Magritte rejoint un manoir anglais où plusieurs artistes surréalistes sont réunis. Salvador Dalí, Lee Miller et Man Ray font partie des invités de cette parenthèse mondaine, bientôt coupée du monde par l’intervention de Scotland Yard. Après une nuit dont il n’a aucun souvenir, Magritte se réveille aux côtés du corps de Sheila Legge. La scène de crime reproduit l’un de ses tableaux : le peintre belge devient alors le suspect idéal d’une affaire qui emprunte au huis clos britannique ses règles les plus savoureuses.

Le dispositif rappelle les récits à énigme où chaque convive peut cacher un mobile, mais l’écriture de Christophe Dirickx et Paul Baeten, à partir d’une idée originale de Matthias Lebeer, ne se contente pas d’aligner les alibis. Elle place au centre un artiste pour qui l’image est déjà un piège. Comment enquêter quand ce que l’on voit peut être une mise en scène, un symbole ou un mensonge ? C’est la promesse la plus stimulante de cette rencontre entre le raffinement d’Agatha Christie et l’insolence visuelle du mouvement surréaliste.

Une victime qui refuse de rester morte : le polar belge pousse l’absurde jusqu’au bout

Le titre annonce la couleur, en écho évident à la formule de Magritte sur la pipe qui n’en est pas une. Ici, le meurtre est moins un point de départ qu’une porte entrouverte vers un monde où les certitudes se dérobent. Les pistes se brouillent, les faux-semblants prennent de l’épaisseur et les références aux œuvres surréalistes ne servent pas de simple décoration culturelle. Elles contaminent la logique même de l’enquête.

L’humour noir naît de ce décalage permanent : les codes sérieux du polar sont malmenés par une réalité qui refuse de tenir en place. Le cadavre n’est pas seulement un indice, il devient une image à interpréter. Le suspect n’est pas seulement celui qui était au mauvais endroit, il est aussi celui dont l’univers artistique semble avoir avalé le décor. Cette façon de déplacer sans cesse le regard donne à la série un rythme particulier : elle ne cherche pas uniquement à faire deviner le coupable, mais à faire douter de la nature même des preuves.

Six épisodes pour se laisser piéger par ce whodunit pas comme les autres

Avec six épisodes, diffusés à raison de trois par soirée sur deux jeudis consécutifs, Ceci n’est pas un crime adopte un format resserré, adapté à son intrigue à tiroirs. Pierre Gervais prête à René Magritte une présence qui convient à ce héros malgré lui, observateur méthodique plongé dans une situation impossible. Face à lui, Iñaki Mur incarne Salvador Dalí, tandis que Florence Hall et Frank Bourke complètent cette galerie inspirée de figures bien réelles.

La série bénéficie aussi d’un cadre de production singulier, issu d’une coproduction belgo-irlandaise et déjà diffusé en Belgique sur VRT 1 et RTL Play. Le projet a obtenu l’accord de la Fondation Magritte, chargée des droits intellectuels de l’œuvre du peintre. Présentée en avant-première lors de la neuvième saison de Canneseries, elle défend ainsi une proposition rare : un divertissement policier accessible, mais assez joueur pour ne jamais réduire le surréalisme à un simple décor d’époque.

Entre le plaisir d’un manoir verrouillé et l’étrangeté d’images qui semblent se retourner contre leurs personnages, Ceci n’est pas un crime fait du spectateur un enquêteur aussi perdu que fasciné. Une manière maligne de rappeler qu’au polar, comme chez Magritte, la réponse la plus évidente n’est pas toujours celle que l’on croit voir.

Mes deux passions n'ont pas grand-chose en commun, mais tant pis, c'est ainsi : l'horlogerie d'un côté, les séries TV de l'autre. Je vous parle des deux ici, en essayant de rendre ces thématiques accessibles au plus grand nombre !

Aucun commentaire à «Sur Canal+, ce polar surréaliste dans un manoir des années 1930 brouille toutes les pistes (et c’est bien ce qui le rend addictif)»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés
* Champs obligatoires