Les anciens laissaient toujours un passage au bas de leurs clôtures quand les nuits fraîchissaient : ce qui cherche à passer maintenant ne repart pas

Chaque automne, quand les températures chutent sous les 12°C, le hérisson d’Europe entre en hibernation. Coincé dans un jardin fermé sans ressources, il ne survit pas l’hiver. Des gestes ancestraux et simples — un passage au bas de la clôture, des zones non entretenues, la vigilance face aux pièges — restent essentiels pour préserver cette espèce en déclin.

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Par L'équipe JDS

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Chez vos parents, ce petit trou au bas du grillage n'est pas un défaut d'entretien qu'il faudrait réparer. Chaque année, quand les nuits redescendent sous les 10 à 12°C, ils vérifient qu'il n'a pas été bouché par la mousse ou par un tas de feuilles mal placé.

À retenir
  • Un passage de 13 x 13 cm au bas des clôtures permet aux hérissons de circuler et de constituer leurs réserves avant l'hibernation
  • Un hérisson doit peser au minimum 500 g en septembre pour survivre l'hiver, soit le double de son poids de naissance
  • Les filets de potager et grillages fins deviennent des pièges mortels où l'animal s'épuise et meurt incapable de se dégager
  • Les granulés anti-limaces tuent indirectement le hérisson qui consomme les limaces empoisonnées

Le passage que vos parents rouvrent chaque automne

Le geste remonte à des décennies, bien avant qu'on lui donne un nom officiel. Aujourd'hui, la LPO en a fait un produit à part entière : une ouverture d'environ 13 cm x 13 cm, des dimensions idéales pour permettre le passage du hérisson tout en étant trop petites pour la majorité des autres animaux. Certaines communications de l'association parlent plutôt de 15 x 15 cm dans les clôtures ou les grillages, la marge de manœuvre reste modeste.

Un simple trou, donc, mais jamais anodin.

Si vos parents ont ce réflexe, c'est parce que le hérisson d'Europe recule depuis des années. Le Passage à hérisson LPO constitue une solution simple et efficace pour préserver le hérisson, dont les populations subissent un déclin sans précédent, largement dû au cloisonnement croissant des jardins qui morcelle leur habitat naturel. Un jardin fermé de tous côtés devient une impasse pour un animal qui parcourt parfois plusieurs centaines de mètres par nuit.

Pourquoi ce passage change tout au moment de l'hibernation

Le mois de septembre marque un tournant physiologique précis pour ce petit mammifère. L'hibernation se produit dès que les températures descendent en dessous de 12°C : la fréquence cardiaque diminue, le sang se fluidifie, et le hérisson ne s'alimente plus pendant toute cette période. Un hérisson coincé dans un jardin sans ressource, ni passage vers le jardin voisin, ni tas de feuilles, ni point d'eau, n'a tout simplement pas les moyens de constituer ses réserves à temps.

Le corps entier bascule dans un ralenti presque total. Sa température interne chute d'environ 35°C à 4°C, son cœur ralentit de 150 à 280 battements par minute à quelques pulsations, au point qu'on pourrait le croire mort en le trouvant ainsi.

Les jeunes nés tard dans l'été sont les plus exposés à ce compte à rebours. Dans les centres de soins, une règle de poids circule sans exception : un hérisson doit peser au minimum 500 g en septembre, 600 g en octobre, et 700 g avant l'arrivée de l'hiver, selon un document de la British Hedgehog Preservation Society. En dessous de ces seuils, l'animal n'a simplement pas la masse grasse nécessaire pour tenir jusqu'au printemps.

Le tas de feuilles qu'on ne déplace jamais sans regarder

Chez les parents qui jardinent depuis longtemps, un coin du terrain reste volontairement à l'abandon. Un tas de bois, une haie non taillée, quelques feuilles laissées au sol : rien d'esthétique, mais tout sauf inutile.

Les haies, feuilles mortes, tas de branches et zones non tondues attirent les invertébrés dont le hérisson dépend pour engraisser avant le grand sommeil. C'est là, dans cette litière tiède et sèche, qu'il choisit souvent de créer sa cuvette d'hibernation.

Le problème survient au moment où l'on décide de tout nettoyer. Avant de sortir la tondeuse, la débroussailleuse ou d'allumer un feu de déchets verts, il faut inspecter le tas à la main. La technique la plus sûre consiste à glisser un outil à plat sous le tas et à soulever de quelques centimètres par zones, regarder, puis seulement ensuite déplacer, tondre ou composter. Si une boule piquante apparaît sous les feuilles, on repose tout et on laisse le coin tranquille jusqu'au printemps.

Filets et grillages fins, le piège qui ne pardonne pas

Un hérisson qui traverse un jardin en plein jour à l'automne n'est jamais là par hasard. Il cherche une dernière source de nourriture avant le froid, ou un abri pour s'installer.

C'est souvent à ce moment qu'il rencontre un filet de potager mal fixé au sol. Les filets tendus sur un potager deviennent de véritables pièges mortels : l'animal s'y épuise et finit par mourir de faim, incapable de se dégager seul de ses piquants emmêlés dans les mailles fines.

Les grillages à petites mailles posent le même risque d'enchevêtrement. Les associations de protection recommandent de retirer du jardin tout filet de culture, cerclage en plastique, bout de grillage ou objet dans lequel le hérisson pourrait se coincer et se blesser, particulièrement en cette période où l'animal circule beaucoup plus qu'en été.

L'anti-limaces, un poison qui touche toujours plus large que prévu

Le hérisson ne mord jamais dans un granulé anti-limaces posé sur une plate-bande. Le danger arrive par un autre chemin, presque invisible.

Les granulés anti-limaces tuent aussi, indirectement : le hérisson ne les mange pas, mais dévore les limaces empoisonnées, ce qui provoque de graves brûlures intestinales. L'animal qui rendait pourtant service au jardinier en régulant les limaces devient lui-même la victime du produit destiné à ces mêmes limaces.

La solution existe et elle est déjà largement recommandée par les organismes de protection de la faune. Il s'agit de bannir les granulés anti-limaces au métaldéhyde, toxiques pour la faune, et de préférer le phosphate de fer, moins dangereux, une substance active également validée pour un usage en biocontrôle sur les cultures.

Le poison ne fait jamais la différence entre sa cible annoncée et le reste de la chaîne alimentaire.

Ce qu'il ne faut jamais donner, et le passage qui reste la vraie solution

Face à un hérisson affaibli qui traîne en plein jour, le premier réflexe est souvent le mauvais. Beaucoup de foyers lui présentent une coupelle de lait, pensant bien faire.

Cette habitude, pourtant, fragilise directement l'animal qu'on cherche à aider. Le lait est à bannir : il est mal digéré et peut provoquer de graves diarrhées, tout comme le pain, qui pose exactement le même problème digestif chez ce petit mammifère insectivore.

Le vrai geste utile reste celui que vos parents répètent chaque automne sans en faire une affaire : rouvrir ce passage au bas de la clôture, laisser un coin du jardin non entretenu, et vérifier les tas de feuilles avant d'y toucher. Trois habitudes simples, sans coût, qui pèsent chaque année sur la survie d'une espèce classée en déclin par les associations naturalistes françaises.

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