Ce pot de verre retourné au pied du rosier n’avait rien d’un piège à limaces, et mon grand-père ne le retirait qu’au printemps. Je ne comprenais pas encore ce qu’il attendait sous le verre.
Mon grand-père retournait toujours un pot de confiture vide au pied de son rosier fin octobre, et ce n’était pas pour les limaces

- Une tige de l'année, de la grosseur d'un crayon, suffit à faire une bouture.
- Un pot de verre retourné retient l'humidité et forme une mini-serre.
- Les boutures se plantent fin octobre sur bois sec, en mi-ombre et terre légère.
- Le jeune rosier reproduit à l'identique la variété d'origine.
Le pot de confiture n'était pas contre les limaces
Ce pot de verre retourné sur un bout de tige planté en terre n'avait rien d'un piège : mon grand-père bouturait son rosier. Fin octobre, en taillant, il gardait 1 ou 2 morceaux de tige, retirait les feuilles du bas et les enfonçait aux 2 tiers dans un coin abrité du jardin. Chaque morceau était coiffé d'un pot de confiture vide, qui restait là tout l'hiver.
Sous le verre, une mini-serre se mettait en place.
Vous êtes-vous déjà demandé ce que devenaient les tiges que vous jetez au tas de branchages après la taille ? La technique porte un nom, la bouture à l'étouffée : on recouvre la tige d'un matériau transparent pour garder l'humidité autour d'elle. Elle se pratique dès octobre ou à la fin de l'hiver, avec les déchets de la taille. En automne, d'octobre à novembre, on travaille sur bois sec, une fois les feuilles tombées, et directement en pleine terre.
Quelle tige garder, et comment la couper
La tige doit être de l'année et de la grosseur d'un crayon. Les rameaux trop fins ou ceux qui portent encore des fleurs sont à écarter.
Côté longueur, on vise entre 15 et 20 cm, avec au moins 3 yeux, ces petits bourgeons d'où partiront les racines et les futures pousses. Une branche taillée peut fournir 2 ou 3 tronçons de cette taille. À condition qu'elle soit saine, sans tache ni signe de maladie.
La coupe du bas se fait nette, en biseau, juste sous un œil. Celle du haut, plutôt droite, se place environ 1 cm au-dessus d'un autre œil, ce qui évite de confondre le haut et le bas au moment de planter. On retire ensuite les feuilles de la partie qui sera enterrée, car elles pourriraient sous terre. Seules 2 ou 3 feuilles restent au sommet.
Un coin de mi-ombre, dans une terre légère
L'emplacement compte autant que la tige : mi-ombre, à l'abri du vent, dans une terre légère. Beaucoup de jardiniers alignent leurs boutures le long d'un mur exposé au nord, au frais mais sans soleil brûlant. Un sol bien drainé évite que la base de la tige ne reste détrempée tout l'hiver.
Une terre lourde s'allège avec du sable.
Les 2 tiers de la tige s'enfoncent alors dans le sol, soit environ 10 à 15 cm pour une bouture de 15 à 20 cm. Les 2 ou 3 feuilles du sommet restent à l'air libre.
On tasse doucement autour de la tige, puis on arrose. Si vous plantez plusieurs boutures, laissez environ 10 cm entre chacune. Une étiquette piquée à côté vous aidera à retrouver l'emplacement au printemps.
Ce que fait le verre pendant l'hiver
Le verre joue le rôle d'une petite serre : il retient l'humidité autour de la tige tout en laissant passer la lumière. Cet abri limite le dessèchement, premier danger pour une bouture sans racines.
Le pot de confiture n'a rien d'obligatoire. Une bouteille plastique découpée, un bocal en verre ou un sac de congélation font le même travail, pourvu que le matériau soit transparent. Celui du grand-père avait l'avantage d'être sous la main, gratuit et rigide.
Un peu d'air de temps en temps évite que tout pourrisse.
Le printemps, et le moment de lever le pot
Pendant l'hiver, rien ne bouge en surface. Sous terre, les racines se forment lentement, ce qui explique qu'on n'observe aucune reprise avant le printemps. Pas question de déterrer la tige pour vérifier, elle supporterait mal d'être dérangée. Le sol doit simplement rester frais, sans excès d'eau.
Quand de nouvelles feuilles apparaissent sous le verre, la bouture a repris. On peut attendre encore 2 à 3 semaines après les premiers bourgeons avant de retirer la protection pour de bon.
Le jeune rosier est un clone : il reproduit à l'identique le pied d'origine, c'est-à-dire la variété que vous aimiez. C'est une façon simple de sauver un vieux rosier de famille qui donne des signes de fatigue, ou de reproduire celui d'un voisin, sans rien dépenser en pépinière. Il pourra rejoindre sa place définitive à l'automne suivant.
Tout ne prend pas, et c'est la règle du jeu
Certaines boutures noircissent, d'autres ne repartent jamais, et aucun geste ne change totalement cela. Une tige trop tendre pourrit, une tige trop fine s'épuise, une tige trop sèche en plein hiver ne reprend pas. Voilà pourquoi il vaut mieux planter plusieurs boutures du même rosier plutôt qu'une seule. Quant au verre d'eau sur le rebord de la fenêtre, les racines qui s'y forment restent fragiles et supportent mal le passage en terre.
Les jardiniers qui veulent mettre toutes les chances de leur côté trempent la base de la tige dans une hormone de bouturage ou dans de l'eau de saule. D'autres préfèrent du miel pur. Ces ajouts restent facultatifs.
L'été offre une autre fenêtre : de juin à août, on bouture sur bois semi-aoûté, toujours à l'étouffée. Le bouturage d'automne, sur bois sec, passe pour plus rustique et se fait souvent en pleine terre.
Si octobre vous a échappé, la fin de l'hiver offre une seconde chance, toujours avec les déchets de la taille. Gardez donc un bout de tige de côté plutôt que de tout jeter. Le pot de confiture, lui, attend dans le placard.
Sources : elagage-lenoir-nicolas.fr | cazabox.com
