Des trimestres de retraite se remplissent chez des gens qui n’ont pas mis les pieds au travail : voici à quelle condition

Louise
Par Louise S

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Un proche qui cesse de travailler pour s'occuper d'un parent malade ou d'un enfant handicapé craint souvent une chose : voir sa future pension retraite s'effondrer faute de trimestres cotisés. Pourtant, un dispositif existe depuis quelques années pour éviter que cette solidarité familiale ne se transforme en sanction financière au moment du départ à la retraite. Peu de personnes le connaissent, alors qu'il concerne des milliers d'aidants en France, y compris ceux qui n'ont perçu aucun salaire pendant de longs mois.

À retenir
  • Depuis le 1er septembre 2023, l'Assurance vieillesse des aidants (AVA) permet aux proches aidants d'acquérir des trimestres de retraite sans salaire, via des cotisations versées par la Caf ou la MSA.
  • Sont concernés les bénéficiaires de l'AJPP, de l'AJPA, les personnes en congé de proche aidant, certains indépendants, ainsi que les parents d'enfants handicapés ou aidants d'adultes handicapés reconnus par la CDAPH.
  • L'affiliation est gratuite pour l'aidant, parfois automatique, sinon à demander auprès de la Caf ou de la MSA avec les justificatifs nécessaires.

Quand s'occuper d'un proche compte pour la retraite

Depuis le 1er septembre 2023, l'Assurance vieillesse des aidants (AVA) permet à certains proches aidants de continuer à acquérir des droits à la retraite lorsqu'ils cessent ou réduisent leur activité professionnelle pour accompagner une personne malade, handicapée ou en perte d'autonomie. Le mécanisme est simple à comprendre : même sans salaire, ou avec un revenu réduit, des cotisations vieillesse sont versées à la place de l'aidant par la Caf ou la MSA. Ces périodes apparaissent ensuite sur le relevé de carrière et permettent de valider des trimestres, exactement comme s'il s'agissait d'une activité salariée classique. C'est là que réside la réponse à une question que beaucoup se posent sans le savoir : oui, il est possible de faire progresser ses droits à la retraite sans avoir mis les pieds sur un lieu de travail, à condition de remplir certains critères précis liés à l'accompagnement d'un proche.

Les conditions à remplir pour bénéficier de ce dispositif

Plusieurs situations ouvrent droit à l'AVA. Sont notamment concernés les bénéficiaires de l'allocation journalière de présence parentale (AJPP), ceux de l'allocation journalière du proche aidant (AJPA), les personnes en congé de proche aidant, certains travailleurs indépendants contraints d'interrompre leur activité, ainsi que les parents d'un enfant handicapé de moins de 20 ans dont le taux d'incapacité atteint au moins 80 %, ou qui ouvre droit à un complément de l'AEEH. Les aidants d'un adulte handicapé, dont le besoin d'assistance est reconnu par la CDAPH, peuvent également en bénéficier. La réforme de 2023 a élargi ce champ à davantage de parents d'enfants handicapés et à des situations où l'aidant ne vit pas sous le même toit que la personne accompagnée.

Un point mérite d'être clarifié : il n'est pas nécessaire d'avoir totalement arrêté de travailler. Pour certaines catégories d'aidants, l'affiliation reste possible avec une activité à temps partiel. Le Code de la Sécurité sociale considère comme telle une activité procurant des revenus professionnels inférieurs à 63 % du PASS. Avec un PASS fixé à 48 060 € en 2026, ce seuil correspond à 30 277,80 € de revenus annuels. L'AVA peut donc couvrir aussi bien une période sans activité qu'une période d'activité réduite.

Autre précision utile : ces cotisations ne sont pas payées par l'aidant lui-même. L'affiliation est gratuite pour son bénéficiaire, les cotisations étant prises en charge par les organismes sociaux, principalement via la branche autonomie. Il ne s'agit donc pas de trimestres offerts sans contrepartie financière, mais bien de cotisations forfaitaires réellement versées au régime de retraite. Ce détail compte particulièrement pour les personnes visant un départ anticipé au titre des carrières longues : depuis la réforme des retraites, les périodes d'AVA peuvent être assimilées à des périodes cotisées pour l'examen de ce dispositif, dans la limite de 4 trimestres cumulés avec l'AVPF sur l'ensemble de la carrière.

Une limite existe toutefois pour certaines périodes liées à l'AJPA et au congé de proche aidant : leur durée cumulée d'affiliation peut être plafonnée à un an sur l'ensemble de la carrière. Cette restriction ne s'applique pas de la même façon à toutes les situations ouvrant droit à l'AVA, d'où l'intérêt de vérifier son cas précis auprès des organismes compétents.

Comment faire valoir ses droits auprès de la caisse de retraite

L'affiliation à l'AVA n'est pas toujours automatique. Elle l'est notamment pour les bénéficiaires de l'AJPP ou de l'AJPA, sous réserve des règles applicables à chaque situation. En revanche, un aidant d'un adulte handicapé doit généralement effectuer une démarche auprès de la Caf ou de la MSA, en s'appuyant sur une décision de la CDAPH reconnaissant le besoin d'assistance de la personne aidée. Il est conseillé de ne pas attendre la fin de la période d'accompagnement pour engager cette démarche : mieux vaut rassembler les justificatifs au fur et à mesure, notamment les décisions administratives et les attestations liées au statut de proche aidant.

Prenons un exemple concret : une salariée cesse temporairement son activité pour s'occuper de son parent devenu dépendant et remplit les conditions du congé de proche aidant. Pendant cette période, elle ne perçoit plus son salaire habituel. Grâce à l'AVA, cette période continue pourtant à produire des droits à la retraite, puisque des cotisations vieillesse sont versées pour son compte. Ce mécanisme évite qu'une personne soit systématiquement pénalisée dans sa durée d'assurance retraite parce qu'elle a dû interrompre ou réduire fortement son activité pour aider un proche.

L'assurance vieillesse des aidants illustre une évolution notable dans la prise en compte du travail invisible que représente l'accompagnement d'un proche. Elle ne remplace pas un salaire, mais elle évite qu'une parenthèse familiale ne se traduise par une décote définitive sur la pension. Reste à savoir si ce dispositif, encore méconnu, sera davantage mis en avant dans les années à venir, alors que le nombre d'aidants familiaux continue d'augmenter en France.

Louise

Rédactrice spécialisée Argent depuis 10 ans, j'apporte ici mon expertise sur les sujets Retraite, épargne, budget ou encore immobilier. Passionnée par ailleurs par la psychologie, j'écris également à ce sujet.

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