Deux salariés, même entreprise, même ancienneté, même montant d'indemnité versée à quelques semaines d'intervalle. Résultat : l'un paiera plusieurs milliers d'euros d'impôt sur cette prime, l'autre n'en paiera pas un centime. Cette différence ne tient ni à la chance, ni à un montage financier compliqué. Elle tient à une seule chose, souvent ignorée des salariés en fin de carrière : qui a pris l'initiative du départ. Alors que la rentrée approche et que de nombreux seniors finalisent leur dossier de départ à la retraite, comprendre cette règle peut faire économiser une somme considérable.
Deux départs, deux destins fiscaux : pourquoi l'origine de la décision change tout
Prenons deux collègues, Michel et Sylvie, qui quittent la même entreprise le même mois avec une prime de départ identique. Michel a choisi de partir de son plein gré, dès qu'il a atteint le nombre de trimestres nécessaires. Sylvie, elle, a été mise à la retraite par son employeur, qui a jugé, une fois l'âge du taux plein automatique atteint, qu'il était temps de la remplacer. Sur le papier, leur situation semble identique. Sur leur avis d'imposition, elle ne le sera jamais. La prime de Michel sera intégralement soumise à l'impôt sur le revenu, sans aucune exonération, car un départ volontaire ne bénéficie d'aucun régime de faveur, sauf dans le cadre très spécifique d'un plan de sauvegarde de l'emploi. Celle de Sylvie, en revanche, pourra être exonérée en tout ou partie, dans la limite de plafonds fixés chaque année par la loi.
Le fisc distingue rigoureusement l'initiative de l'employeur du choix du salarié
C'est là le cœur du sujet : la prime est totalement exonérée d'impôt uniquement si l'employeur est à l'origine de la mise à la retraite. Ce cas de figure n'est possible que lorsque le salarié a atteint l'âge d'obtention automatique du taux plein, fixé en général à 67 ans, ou d'office à partir de 70 ans. Dans cette situation, l'administration fiscale retient le montant le plus favorable parmi trois calculs : l'indemnité légale ou conventionnelle, la moitié de l'indemnité perçue, ou deux fois la rémunération brute annuelle, ces deux dernières options étant plafonnées à cinq fois le plafond annuel de la Sécurité sociale. Pour 2026, le plafond global d'exonération grimpe à 240 300 euros, contre 235 500 euros l'année précédente. Au-delà de ce seuil, la part excédentaire redevient imposable comme un revenu classique. Un point mérite d'être signalé : même exonérée d'impôt sur le revenu, la prime reste soumise à la CSG et à la CRDS, deux prélèvements sociaux dont personne n'échappe totalement. Le tableau ci-dessous résume la différence entre les deux situations.
- Départ volontaire du salarié : prime totalement imposable, aucune exonération possible (hors PSE)
- Mise à la retraite par l'employeur : exonération partielle ou totale dans la limite de 240 300 euros en 2026
- Dans les deux cas : CSG et CRDS restent dues sur la prime
Autre précision utile pour éviter une mauvaise surprise fiscale : même lorsque la prime reste imposable, le système du quotient permet d'atténuer son impact. Cette mécanique évite qu'un versement exceptionnel, perçu en une seule fois, ne fasse artificiellement grimper le taux d'imposition applicable à l'ensemble des revenus de l'année.
Ce qu'il faut retenir avant de signer sa lettre de départ à la retraite
Ce dispositif ne concerne que les salariés du secteur privé : il n'existe aucun équivalent dans la fonction publique, où les règles de cessation d'activité obéissent à une autre logique. Pour les salariés du privé qui approchent de l'âge du taux plein automatique, la question mérite d'être posée directement à l'employeur avant toute démarche. Un salarié qui pourrait attendre quelques mois ou négocier une mise à la retraite plutôt qu'un départ volontaire a tout intérêt à le faire : la différence fiscale, comme l'illustre l'exemple de Michel et Sylvie, peut représenter plusieurs milliers d'euros. Cette discussion, souvent perçue comme délicate, se révèle en réalité un simple échange d'informations qui peut profiter aux deux parties, l'entreprise ayant elle aussi ses propres raisons d'organiser un départ à un âge donné.
Retenir l'essentiel est simple : ce n'est pas le montant de la prime qui détermine son sort fiscal, mais bien qui décide du départ. Avant de signer quoi que ce soit, mieux vaut vérifier avec son employeur, ou un conseiller, si une mise à la retraite à son initiative ne serait pas plus avantageuse qu'un départ volontaire. Une question simple, posée au bon moment, peut transformer une prime lourdement taxée en un capital quasiment intact.


