Une retraitée loue la maison de ses parents depuis dix ans sans changement. Mais la loi Le Meur votée en novembre 2024 rebat les cartes du régime micro-BIC : dès 2026, son impôt va grimper sans qu’elle touche un centime de loyer en plus. Un choc fiscal qui menace des milliers de petits loueurs.
« Je déclare les loyers de la maison de mes parents pareil depuis dix ans » : chez le comptable, on m’a expliqué pourquoi mon impôt allait grimper en 2026

Dix ans à cocher les mêmes cases, au même endroit sur la déclaration de revenus. Cette retraitée loue en meublé non classé la maison de ses parents, et voilà que son comptable lui annonce une hausse d'impôt sans qu'elle ait touché un centime de loyer supplémentaire.
La coupable a un nom : la loi Le Meur, votée le 19 novembre 2024 pour encadrer les meublés de tourisme. Elle rebat les cartes du régime micro-BIC, et 2026 marque le moment où la facture arrive vraiment.
À retenir
- L'abattement micro-BIC pour les meublés non classés passe de 50 % à 30 %, le plafond s'effondre de 77 700 € à 15 000 €
- Même sans percevoir un euro supplémentaire, la base imposable augmente mécaniquement en 2026
- Au-delà de 15 000 €, le régime réel devient obligatoire : comptabilité, factures, amortissements à la clé
Un régime fiscal qui rétrécit d'un coup
À partir des revenus de location perçus en 2025, le régime micro-BIC prévoit un abattement de 30 % jusqu'à un plafond de 15 000 € de revenus annuels pour les meublés de tourisme non classés. Avant cette réforme, le plafond grimpait à 77 700 € avec un abattement de 50 %.
La bascule concerne directement notre retraitée. Dorénavant, elle peut relever du régime micro-BIC pour son activité de location meublée de tourisme non classée uniquement si ses recettes ne dépassent pas 15 000 €, contre 77 700 € auparavant.
Pourquoi l'impôt grimpe sans loyer en plus
C'est là que le bât blesse pour les loueurs de longue date. À situation égale, l'imposition des loueurs relevant du régime micro-BIC en location saisonnière va donc augmenter dès la prochaine déclaration de revenus au printemps 2026.
Le mécanisme est purement arithmétique. Pour 10 000 € de recettes non classées, la base imposable passe de 5 000 € à 7 000 € avec le nouvel abattement de 30 % au lieu de 50 %.
Deux mille euros de bénéfice imposable en plus, sans un euro de loyer supplémentaire encaissé. C'est exactement le choc qu'a découvert notre retraitée chez son comptable, en croyant à une erreur de calcul.
Le régime réel, parfois obligatoire
Au-delà du plafond de 15 000 €, le micro-BIC devient tout simplement interdit. Si le chiffre d'affaires a dépassé 15 000 € en 2023 et en 2024, le loueur relève du régime réel d'imposition pour les revenus perçus en 2025.
Ce basculement forcé n'est pas anodin. Au-delà de 15 001 € de chiffre d'affaires hors taxes, on ne relève plus du régime micro-BIC mais obligatoirement du régime réel d'imposition, ce qui impose de disposer d'une comptabilité.
Pour une retraitée qui gérait sa déclaration en dix minutes chaque printemps, le changement de décor est brutal. Factures, amortissements, bilan simplifié : la location de la maison familiale ressemble soudain à une petite entreprise.
Le détail qui change tout : classé ou pas classé
Le sort réservé aux meublés non classés tranche nettement avec celui des meublés classés. Les locations de meublés de tourisme classés, de chambre d'hôte et les autres locations meublées peuvent bénéficier du régime micro-BIC si le chiffre d'affaires est inférieur à 77 700 €, avec un abattement de 50 %.
L'écart entre les deux statuts explique pourquoi certains propriétaires se précipitent vers le classement de leur bien. Une visite d'un organisme agréé, quelques critères de confort à respecter, et le plafond redevient confortable.
Ce n'est pourtant pas une formalité gratuite ni instantanée : classer un logement suppose une démarche administrative, un délai, parfois de menus aménagements. Pour une maison familiale louée occasionnellement, l'investissement ne se justifie pas toujours.
Les options qui restent sur la table
Basculer volontairement vers le réel, avant même d'y être contraint, peut s'avérer judicieux. Une solution offerte aux loueurs, quel que soit le type de bien loué, est de considérer un passage volontaire au régime réel pour les revenus déclarés en 2025, en recourant à un simulateur d'imposition.
L'intérêt du réel tient dans la déduction des charges effectives. Taxe foncière, assurance, travaux d'entretien, quote-part d'intérêts d'emprunt s'il en reste : tout devient déductible, contrairement au forfait rigide du micro-BIC.
Pour une maison ancienne héritée des parents, souvent chargée de travaux à venir, le calcul peut basculer en faveur du réel plus vite qu'on ne l'imagine. Un comptable ou un centre de gestion agréé permet d'y voir clair avant de trancher.
Ce que confirme déjà l'administration fiscale
La bascule n'a rien d'une rumeur de comptoir. La DGFiP a rappelé ces changements dans un mail envoyé à tous les contribuables concernés à la fin du mois de septembre 2025, histoire de préparer le terrain avant la déclaration de printemps.
Autre détail qui alourdit discrètement la note : les prélèvements sociaux sur les revenus des loueurs en meublé sont passés de 17,2 % à 18,6 % avec la loi de finances 2026, une hausse qui s'ajoute mécaniquement à celle liée aux nouveaux abattements. Pour les meublés classés, le plafond micro-BIC remonte quant à lui à 83 600 € dès les revenus perçus en 2026, mais ce relèvement ne concerne ni les recettes 2025 déjà déclarées, ni les biens non classés, qui restent bloqués à 15 000 € sans aucune revalorisation prévue.
Sources : ecologie.gouv.fr | jedeclaremonmeuble.com | tgs-france.fr