Depuis la rentrée, le gouvernement prépare les esprits : les retraités seront de nouveau mis à contribution dans le prochain budget pour tenter de résorber un déficit qui ne cesse de se creuser. L'an dernier déjà, l'exécutif avait tenté sa chance, avant de reculer face au risque d'une censure. Cette fois, avec une croissance en berne et des finances publiques sous pression, la détermination semble intacte. Dans la balance : le gel partiel ou total des pensions, ou la suppression d'un avantage fiscal vieux de près de cinquante ans. Beaucoup de retraités aux revenus modestes pensent être épargnés par ce type de mesure, persuadés que seules les grosses pensions seraient visées. La réalité pourrait pourtant les surprendre.
- La suppression de l'abattement de 10 % sur les pensions (coût de 6 milliards d'euros) ou le gel des retraites sont les deux pistes envisagées pour le budget 2027.
- Certains retraités non imposables pourraient basculer dans l'impôt, comme ceux touchant 1 500 euros mensuels, qui paieraient environ 71 euros par an.
- Même sans hausse d'impôt, la suppression de l'abattement augmenterait le revenu fiscal de référence, ce qui pourrait réduire certaines aides sociales ou augmenter la CSG.
Une mesure fiscale qui s'apprête à bousculer les petites retraites
Depuis 1978, les pensions imposables bénéficient automatiquement d'un abattement de 10 % lors du calcul de l'impôt sur le revenu. Concrètement, l'administration fiscale ne retient pas la totalité des pensions déclarées : elle applique une déduction encadrée par un plancher et un plafond. Pour les revenus 2025 déclarés en 2026, ce plafond atteint 4 439 euros par foyer fiscal. Un retraité qui perçoit 24 000 euros par an voit ainsi son revenu imposable ramené à 21 600 euros. Ce dispositif coûte environ 6 milliards d'euros par an aux finances publiques, selon le ministère des Comptes publics. C'est précisément cette somme qui attire l'attention de Bercy. Le ministre David Amiel l'a confirmé sur Sud Radio : l'exécutif hésite encore entre supprimer cet abattement ou geler l'indexation des retraites sur l'inflation, deux mesures qui pèseraient le même montant dans les comptes publics. Une chose semble actée : l'une des deux options sera retenue pour le budget 2027. La suppression de l'abattement avait d'ailleurs déjà été votée dans le budget 2026, via une transformation en forfait moins avantageux, avant d'être annulée dans le cadre du 49.3.
Pourquoi les retraités modestes pourraient être les plus touchés
Le gouvernement présente cette piste comme socialement juste, puisque seuls les retraités imposables seraient concernés. Mais la réalité est plus nuancée. Une suppression de l'abattement ne se traduit pas par une hausse uniforme de l'impôt : le revenu supplémentaire est soumis au barème progressif, et certains retraités aujourd'hui non imposables pourraient basculer dans l'impôt. Prenons un retraité percevant 1 200 euros par mois, soit 14 400 euros par an : grâce au mécanisme de décote, il resterait non imposable même sans abattement. En revanche, avec 1 500 euros mensuels (18 000 euros par an), le basculement devient réel : ce retraité deviendrait imposable, pour un montant estimé à environ 71 euros par an. Une somme modeste en apparence, mais qui peut avoir des répercussions bien plus larges, notamment sur l'accès à certaines aides sociales.
Ce que cette réforme change concrètement pour votre pouvoir d'achat
Plus la pension augmente, plus la facture s'alourdit, mais pas toujours de façon proportionnelle. Voici une estimation de l'impact annuel selon le niveau de pension, basée sur le barème 2027 projeté avec une inflation de 2 % :
- 1 200 euros par mois : aucune hausse d'impôt
- 1 500 euros par mois : environ 71 euros d'impôt supplémentaire par an
- 2 000 euros par mois : environ 383 euros de plus par an, soit 32 euros par mois
- 3 000 euros par mois : environ 1 080 euros de plus par an, soit 90 euros par mois
- 4 000 euros par mois : environ 1 332 euros de plus par an, soit 111 euros par mois
- 5 000 euros par mois : environ 1 332 euros de plus par an, le plafond de l'abattement limitant la hausse au-delà
Au-delà de l'impôt direct, un effet de bord inquiète particulièrement les retraités modestes : la suppression de l'abattement ferait mécaniquement augmenter le revenu fiscal de référence (RFR), même pour les foyers non imposables. Or ce RFR sert de base au calcul de nombreuses aides, notamment certaines aides sociales, et peut aussi influencer le taux de CSG appliqué. Un retraité pourrait donc ne payer aucun euro d'impôt supplémentaire, tout en perdant une partie d'une aide ou en voyant sa CSG grimper. C'est précisément ce mécanisme qui explique pourquoi les foyers modestes, et non les plus aisés, risquent de ressentir le plus durement cette réforme en proportion de leurs revenus. Une estimation récente évalue à 5,4 milliards d'euros le gain net pour les finances publiques d'une suppression totale, un montant comparé à d'autres leviers envisagés, comme un gel complet des retraites de base ou un alignement de la CSG des retraités sur celle des actifs.
Entre gel des pensions et suppression de l'abattement, le gouvernement doit trancher dans les prochaines semaines pour boucler le budget 2027. Dans les deux cas, ce sont les retraités qui absorberont une partie de l'effort budgétaire, avec des conséquences très variables selon le niveau de pension et la composition du foyer fiscal. Reste une question qui mérite d'être posée : entre une hausse d'impôt ciblée et un gel généralisé des pensions, quelle option pèserait le moins lourd sur le quotidien des retraités les plus modestes ?


