Ma complémentaire n’a pas bougé d’un centime en 16 mois : j’ai calculé ce que ce gel me coûte chaque mois

Depuis novembre 2024, la valeur du point Agirc-Arrco stagne à 1,4386 €, privant les retraités complémentaires de toute revalorisation pour la première fois depuis 2019. Pour un retraité percevant 600 € mensuels, ce gel représente environ 115 € de pouvoir d’achat perdu annuellement. Un blocage sans précédent qui alimente la colère syndicale et pourrait déboucher sur des actions en justice.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png
Par L'équipe JDS

Vous aimez notre contenu ?

Ajoutez-nous à vos
favoris Google

Depuis le 1er novembre 2024, le chiffre ne bouge pas : 1,4386 euro. C'est la valeur du point Agirc-Arrco, bloquée là depuis 16 mois, sans qu'une seule décision de revalorisation n'ait été actée. Pour quatorze millions d'anciens salariés du secteur privé, c'est une réalité silencieuse, pas de courrier alarmant, pas de ligne surlignée sur le bulletin de pension — et pourtant, le manque à gagner s'accumule, mois après mois, avec une régularité mathématique.

À retenir

  • La valeur du point Agirc-Arrco n'a pas bougé depuis 16 mois : un record historique inquiétant
  • Votre manque à gagner réel dépasse largement le chiffre affiché sur votre relevé de pension
  • Trois scénarios se dessinent pour novembre 2026, dont un débouche sur le tribunal

Un record qui ne mérite aucune fierté

La valeur de service du point Agirc-Arrco est fixée à 1,4386 €, effective depuis le 1er novembre 2024 et maintenue sans changement jusqu'au 31 octobre 2026. Ce qui peut sembler une simple stabilité technique cache en réalité une rupture de régime : pour la première fois depuis la fusion des régimes en 2019, aucune revalorisation n'a été actée au 1er novembre pour la période allant du 1er novembre 2025 au 31 octobre 2026.

Le mécanisme est connu, mais son déraillement l'est moins. Chaque année, la revalorisation des pensions complémentaires Agirc-Arrco est décidée par un conseil d'administration paritaire, composé à parts égales de représentants des organisations patronales et syndicales. Le 17 octobre 2025, ce conseil n'a pas trouvé de terrain d'entente sur le taux de hausse des pensions. L'écart entre les deux camps était pourtant limité : les organisations patronales proposaient une hausse de 0,2 %, tandis que les syndicats, notamment Force Ouvrière, défendaient une revalorisation de 0,8 %, arguant que les réserves du régime permettaient une augmentation au niveau de l'inflation. Quelques dixièmes de point, et c'est toute une classe d'âge qui se retrouve les mains vides.

Ce que rend ce blocage particulièrement amer, c'est le contraste avec les années précédentes. Les pensions de retraite complémentaire de l'Agirc-Arrco avaient été revalorisées de 1,6 % le 1er novembre 2024, et de 4,9 % le 1er novembre 2023. Le régime n'était pas en difficulté : avec 1,6 milliard d'euros d'excédents en 2024 et 85,4 milliards d'euros de réserves, la situation de l'Agirc-Arrco est solide. C'est précisément ce paradoxe qui alimente la colère syndicale.

Ce que ce gel vous coûte concrètement

Les pertes abstraites deviennent très concrètes quand on sort la calculatrice. Avec une inflation estimée à 1,6 % en 2026, un retraité percevant 600 € mensuels de complémentaire perd environ 115 € de pouvoir d'achat sur l'année complète. Ramenés au mois, c'est moins d'une dizaine d'euros, la somme qui disparaît dans l'addition d'un restaurant, presque invisible. Mais elle disparaît chaque mois, et que l'effet s'additionne. Plus le gel se prolonge, plus l'écart avec le coût de la vie se creuse, et plus votre budget quotidien en pâtit.

Pour ceux qui perçoivent une complémentaire plus conséquente, le calcul devient franchement douloureux. Pour une pension complémentaire mensuelle de 600 €, le manque à gagner, en valeur réelle, atteint environ 115 € sur l'année. Mais il y a un effet collatéral que peu de médias signalent : le recalcul annuel des prélèvements sociaux a fait glisser une partie des pensionnés vers une tranche de CSG supérieure, abaissant leur pension nette malgré un montant brut inchangé. La pension brute stagne, la pension nette recule. Deux coups pour le prix d'un.

Et pendant ce temps, la retraite de base, elle, a bougé. La pension de base augmente légèrement de 0,9 % au 1er janvier 2026 pour suivre l'inflation, tandis qu'aucune hausse de la retraite complémentaire des salariés du privé n'est prévue entre le 1er novembre 2025 et le 31 octobre 2026. Pour la majorité des anciens cadres du privé, dont la complémentaire représente souvent 40 à 60 % du revenu total de retraite, ce gel pèse bien davantage que la maigre hausse du régime de base ne compense.

Automne 2026 : trois scénarios, une seule certitude

Les partenaires sociaux se réuniront à nouveau à l'automne 2026 pour décider d'une éventuelle revalorisation applicable au 1er novembre 2026. Cette décision dépendra de la santé financière du régime, du niveau de ses réserves et des indicateurs économiques, inflation, évolution des salaires. En clair : rien ne sera tranché avant octobre.

En attendant, trois scénarios sont sur la table pour l'automne : une revalorisation modérée entre 0,5 % et 1 %, un rattrapage partiel des 16 mois de gel, ou un nouvel échec débouchant sur une action en justice. Le scénario médian, une hausse de 1 %, ne serait pas catastrophique pour le régime : une revalorisation de 1 % représenterait environ 1 milliard d'euros par an, moins d'un quart de l'excédent enregistré en 2024 par le régime, ce qui limiterait la ponction sur les réserves.

Quant au scénario judiciaire, il n'est plus théorique. La CFG et la CFDT étudient une assignation devant le tribunal judiciaire, fondée sur l'ANI 2024, pour obtenir un rattrapage rétroactif. Une première dans l'histoire du paritarisme français, qui témoigne de la profondeur du fossé entre les parties. Un tel échec reste exceptionnel et met à mal la crédibilité du dialogue social, au moment même où le Premier ministre appelle les acteurs du paritarisme à prendre davantage part à la gestion du système de retraite par répartition.

Ce que vous pouvez faire d'ici là

L'attente n'oblige pas à la passivité. Le premier réflexe utile : vérifier l'exactitude de votre relevé de points, car des erreurs de carrière, périodes manquantes, employeurs non déclarés, peuvent être corrigées avant un départ ou pendant la retraite, et augmentent mécaniquement le montant final. C'est une vérification que beaucoup reportent indéfiniment, et qui peut pourtant se traduire par plusieurs dizaines d'euros mensuels supplémentaires.

Sur le plan budgétaire, l'horizon de novembre 2026 est la date à surveiller. Sauf décision exceptionnelle, la retraite complémentaire Agirc-Arrco ne peut pas augmenter avant le 1er novembre. Le calendrier annuel reste la règle. Cela signifie concrètement que, même si les négociations de l'automne aboutissent, la première revalorisation effective ne sera visible sur votre virement qu'à partir de novembre 2026, dans le meilleur des cas.

Un dernier chiffre, pour mesurer l'ampleur systémique de ce qui se joue : pour les 13 millions de retraités concernés, le gel représente une économie estimée à 1,2 milliard d'euros pour le régime en 2026. Ces réserves devraient atteindre 78 milliards d'euros fin 2026, un coussin de sécurité représentant plus d'un an de prestations. Le régime fait des économies sur le dos de ses bénéficiaires tout en affichant des réserves record : c'est précisément cet argument que les syndicats comptent porter, avec force, dans les négociations d'automne.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png

Toute l'équipe de rédaction Journal des Seniors vous guide à travers ce sujet qui nous concerne tous : la retraite. Comment l'anticiper, la préparer, et comprendre tous les rouages et informations pratiques pour une retraite paisible.

Aucun commentaire à «Ma complémentaire n’a pas bougé d’un centime en 16 mois : j’ai calculé ce que ce gel me coûte chaque mois»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés
* Champs obligatoires