« On adorait la Croatie » : pourquoi ces retraités français s’installent désormais sur cette côte que personne ne regardait

La Croatie est devenue un parc d’attractions onéreux. Les retraités français découvrent désormais la Riviera albanaise : une côte sauvage, authentique et 32 % moins chère que la France, où l’Albanie prépare son ascension touristique.

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Par L'équipe JDS

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La Croatie, ils l'ont aimée. Vraiment. Mais entre Dubrovnik devenu parc d'attractions et les prix de l'Adriatique qui flambent d'été en été, quelque chose a changé. La Croatie, c'est magnifique, mais c'est devenu un produit. Dubrovnik est saturée, et l'espresso sur le front de mer coûte 5 euros. Alors certains retraités français ont continué à descendre la carte vers le sud-est, jusqu'à tomber sur une côte que leurs enfants ne regardaient pas : la Riviera albanaise.

L'Albanie est aujourd'hui la destination touristique qui connaît la croissance la plus rapide en Europe : quelque 11,7 millions de touristes l'ont visitée en 2024, soit une hausse de 60 % par rapport aux chiffres d'avant-Covid. Ce n'est plus un secret pour les backpackers, mais ça commence à peine à effleurer le radar des 60-70 ans français, ces voyageurs aguerris qui ont fait la Grèce, l'Espagne et le Portugal avant tout le monde, et qui reconnaissent l'odeur d'un pays au seuil de sa transformation.

À retenir

  • Pourquoi les retraités français ont-ils soudainement commencé à regarder vers le sud ?
  • Quel secret économique rend l'Albanie irrésistible pour les pensions françaises ?
  • À quel moment cette fenêtre d'opportunité pourrait-elle se refermer définitivement ?

La Riviera albanaise, ou l'Adriatique d'avant le béton touristique

Cette côte sauvage, qui s'étire le long de la mer Ionienne, abrite quelques-unes des plus belles plages de Méditerranée. De Ksamil à Dhërmi en passant par Himarë et Borsh, on peut poser sa serviette sur des criques intimes ou de vastes étendues de sable doré. La fréquentation reste confidentielle hors saison, et même en été, rien de comparable avec les foules de Split ou de Hvar.

L'Albanie, c'est la Croatie de 2005 : le moment où tout est encore possible, où les prix sont encore humains, où l'authenticité n'est pas un argument marketing mais simplement la réalité d'un pays qui n'a pas encore eu le temps de se transformer en décor. Ce parallèle, souvent cité par les voyageurs qui connaissent les deux côtes, résume mieux que n'importe quel classement ce que cherchent les retraités qui font le pas.

Nichée dans le sud du pays, Saranda est devenue en quelques années la destination phare des expatriés en quête de soleil et de farniente. Son microclimat exceptionnel, ses eaux cristallines et sa proximité avec la Grèce en font un lieu de vie particulièrement apprécié des retraités. À quinze minutes de ferry de Corfou, elle combine le meilleur des deux mondes : l'animation grecque à portée de bateau, et le calme albanais le soir en rentrant. La côte sud, surnommée la "Riviera albanaise", est devenue l'épicentre du marché immobilier de luxe dans le pays. Saranda, avec ses eaux cristallines et son climat doux, attire particulièrement l'attention. Les quartiers comme Ksamil et Borsh offrent des villas avec vue imprenable sur la mer Ionienne.

Un coût de la vie qui change vraiment l'équation de la retraite

Le coût de la vie mensuel pour une personne seule dans le centre d'une grande ville en Albanie est de 1 153 euros, contre 1 696 euros en France, soit 32 % moins élevé. Pour un couple de retraités avec une pension cumulée correcte, la différence n'est pas anecdotique : c'est un mois de vacances en plus par an, ou un appartement mieux placé.

Les loyers sont environ 60 % moins chers qu'en France. Un repas dans un restaurant local coûte en moyenne 5 à 10 euros, alors qu'un équivalent en France revient à 15-20 euros. Les transports en commun coûtent moins d'un euro le trajet. Et pour ceux qui envisagent d'acheter, Saranda affiche des prix moyens entre 1 000 et 1 500 euros le mètre carré pour les biens avec vue sur mer, tandis qu'à Vlora, les prix varient entre 800 et 1 200 euros le mètre carré dans les zones prisées. Des niveaux qui paraissent incroyables à qui cherchait à s'installer sur la côte languedocienne ou en Provence.

L'argument fiscal n'est pas à négliger non plus. Un aspect particulièrement attrayant est que les retraites ne sont pas taxées en Albanie, permettant aux retraités de conserver l'intégralité de leurs pensions. Pour un retraité français dont la pension est versée depuis Paris et dépensée à Saranda, l'équation est arithmétiquement redoutable.

Ce qu'il faut vraiment savoir avant de franchir le pas

Pour s'installer en Albanie, il est essentiel de se familiariser avec les démarches administratives, notamment l'obtention d'un permis de séjour et l'ouverture d'un compte bancaire local, processus qui peut être accompli avec une assistance locale. Depuis 2025, l'Albanie a mis en place un système de visa électronique. Ce e-Visa est valable pour des séjours allant jusqu'à 180 jours et peut être obtenu en ligne. Pour une installation définitive, un visa long séjour de type D reste nécessaire, mais les procédures ont été simplifiées ces dernières années.

La question de la santé mérite attention. Tirana représente le cœur médical et culturel de l'Albanie. La ville abrite près de dix établissements médicaux privés, dont l'American Hospital, accrédité par l'American Hospital Association. Cette infrastructure de santé de qualité offre une tranquillité d'esprit pour les retraités. Hors capitale, l'offre médicale reste plus limitée : prévoir une assurance santé internationale solide n'est pas une option, c'est une condition.

La barrière linguistique, elle, est réelle. L'albanais est une langue isolée, sans parenté avec ses voisins. L'anglais fonctionne dans les zones touristiques et chez les jeunes. L'italien passe étonnamment bien, surtout avec les plus de 40 ans. Le français, lui, reste confidentiel. Les communautés d'expatriés installées à Tirana ou Durrës facilitent l'atterrissage, mais s'enfoncer seul dans un village de la Riviera sans aucune base linguistique demande une certaine sérénité face à l'imprévu.

Le marché immobilier, enfin, exige de la vigilance. Derrière la carte postale, attention aux chausse-trappes : copropriétés mal gérées, titres de propriété complexes, et fiscalité encore mouvante. Le marché immobilier à Saranda vit actuellement sa décennie dorée, avec des prix qui ont progressé de 12 % en un an. L'Albanie prépare son adhésion à l'Union européenne, ce qui devrait encore faire monter les valeurs immobilières. La fenêtre d'entrée reste ouverte, mais elle ne le sera pas indéfiniment : le gouvernement de Tirana a présenté une stratégie nationale du tourisme qui prévoit d'accueillir jusqu'à 30 millions de visiteurs étrangers d'ici 2030, soit plus que le Portugal ou la Croatie. Ceux qui se souviennent d'avoir acheté à Porto avant 2015 savent ce que cette phrase signifie concrètement.

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