Après 60 ans, la peau perd ses capteurs d’alarme naturels : vous pouvez brûler sans le ressentir. Dès mai, les dermatologues voient arriver les premiers dégâts solaires sur des peaux qui ignoraient être exposées. SPF 50 dès la mi-mai devient essentiel.
Après 60 ans, votre peau ne vous prévient plus quand elle brûle : ce que les dermatologues voient dès la mi-mai

Trois semaines de jardinage, une semaine de marche nordique, deux après-midis en terrasse. C'est souvent le bilan de mai pour les actifs de 60 ans. Et c'est précisément en mai que les dermatologues commencent à voir arriver les premiers dégâts estivaux : des coups de soleil sur des peaux qui ne les avaient même pas sentis venir.
Ce paradoxe a une explication biologique précise, et elle mérite qu'on s'y arrête.
À retenir
- Pourquoi les terminaisons nerveuses de votre peau vous abandonnent précisément à ce moment de la vie
- Le paradoxe de mai : un indice UV élevé sous un ciel qui semble inoffensif
- Ce que les UVA font en silence à une peau qui a déjà 60 ans d'histoire
Une peau qui change de règles sans prévenir
Le vieillissement entraîne un affinement du derme et de l'épiderme. La couche de graisse sous-jacente peut également diminuer. Résultat : la peau perd ses amortisseurs naturels. Mais le changement le plus trompeur est celui-ci : le nombre de terminaisons nerveuses cutanées diminue, entraînant une baisse de la sensibilité. vous pouvez brûler sans ressentir la brûlure. La peau, privée de ses capteurs d'alarme, ne déclenche plus le signal d'inconfort qui vous forçait autrefois à rentrer à l'ombre ou à chercher de la crème.
À cela s'ajoute un mécanisme de défense moins efficace : le nombre de mélanocytes tend à diminuer avec l'âge, ce qui rend la peau moins bien protégée des rayons ultraviolets. Et le risque de coups de soleil augmente avec l'âge car les pigments protecteurs se forment plus lentement et la peau fine est plus sensible.
Ajoutez à cela que suite au vieillissement, les mécanismes de réparation de l'ADN sont plus difficiles et la capacité régénérative diminue. Le coup de soleil "passager" de la cinquantaine devient une lésion qui met bien plus longtemps à se réparer à 65 ans. Ce que vous ne sentez plus, votre peau le subit quand même.
Mai : le mois où tout le monde baisse la garde
En France, l'indice UV est le plus élevé entre début mai et fin août. Pourtant, personne ne sort sa crème solaire au mois de mai avec la même rigueur qu'en plein août. Le ciel est parfois couvert, les températures restent fraîches, on se dit qu'on n'est pas vraiment "en train de bronzer". C'est là l'erreur classique.
Un voile nuageux en altitude absorbe très peu de rayons UV : l'indice UV peut donc être élevé malgré la grisaille. Par exemple, un voile nuageux d'altitude laisse passer environ 90% des UV. Et comme le vent procure de la fraîcheur et fait disparaître la sensation chauffante du soleil, le risque de coup de soleil est beaucoup plus élevé car l'intensité solaire reste identique peu importe la vitesse du vent. En mai, sous 18°C et un ciel "blanc", l'indice UV peut atteindre 6. Dès ce seuil, les mêmes gestes de protection sont recommandés et l'exposition au soleil doit être évitée de 10 à 14 heures (heure solaire, donc 12 à 16h en France).
Les dermatologues recommandent de passer au SPF 50 dès que l'indice UV atteint ou dépasse 6 en mai, même par temps couvert. Le consensus parmi les dermatologues se porte sur un SPF 50+ pour garantir une protection suffisante, surtout lors d'expositions prolongées. Un SPF avec un indice de protection 50 ou 50+ signifie qu'environ 98% des UVB sont bloqués. Pour une peau qui a perdu une partie de ses défenses naturelles, ce niveau de protection n'est pas du luxe : c'est le strict minimum.
Ce que les UV font à une peau de 60 ans, et que l'on ne voit pas toujours tout de suite
Les UVB provoquent les coups de soleil visibles. Les UVA, eux, travaillent dans l'ombre. Les rayons ultra-violets A pénètrent profondément dans la peau et sont responsables de son vieillissement. Et le rayonnement UVA est pratiquement le même partout dans le monde et reste constant tout au long de la journée. Il agit en hiver comme en été, par ciel dégagé comme nuageux, et même à travers les vitres. Pour quelqu'un qui passe la matinée à conduire côté soleil, la dose annuelle cumulée est loin d'être négligeable.
Si les cellules de la couche basale, qui assurent le renouvellement cutané, sont atteintes, la production de mélanine, de collagène et d'élastine diminue. La peau devient sèche et moins élastique, elle se pigmente de petites taches, les rides sont plus marquées : les excès de soleil accélèrent donc très nettement le vieillissement de la peau.
Sur des peaux ayant déjà accumulé des décennies d'expositions, parfois sans protection dans le passé, chaque exposition non protégée en mai ou juin ajoute une couche à ce capital de dommages. Les kératoses actiniques , ces petites plaques rugueuses souvent détectées en consultation , proviennent d'une exposition régulière et fréquente aux rayons ultraviolets, et deviennent de plus en plus nombreuses avec l'âge.
SPF 50 dès mi-mai : comment le rendre automatique
La vraie difficulté n'est pas de choisir le bon produit : c'est d'en appliquer suffisamment, régulièrement, et de ne pas se fier aux approximations. La diminution de la protection n'est pas proportionnelle à celle de la dose. Si on n'applique que la moitié de la quantité recommandée d'une crème indice 50, elle laisse passer bien plus de 2% des rayons UV. Ce que la plupart des gens appellent "mettre de la crème" correspond en réalité à une protection bien inférieure à l'indice affiché.
Une crème d'indice de protection 50 est recommandée, avec nouvelle application toutes les 2 heures et après chaque baignade. Pas toutes les quatre heures, pas une fois le matin. toutes les deux heures, quel que soit le ciel. Pour les zones souvent oubliées , oreilles, nuque, dessus des mains, tempes , il faut appliquer une couche épaisse, 30 minutes avant de s'exposer, même s'il y a des nuages.
Une astuce que les dermatologues mentionnent souvent : vérifiez l'indice UV sur votre application météo avant de sortir. On trouve facilement l'indice UV sur les sites météo comme Météo France. Un score de 6 et au-dessus, même fin avril, justifie pleinement le SPF 50. La chaleur ressentie n'a que peu d'importance : la température de l'air ne dépend pas de l'indice UV ; il peut faire 20°C avec un indice UV de 10.
Un dernier point que les consultations dermatologiques de printemps illustrent régulièrement : du fait de la prise de certains médicaments, le soleil peut entraîner des réactions appelées phototoxicité ou photoallergie. Diurétiques, antibiotiques, certains antidépresseurs ou médicaments contre l'hypertension figurent parmi les traitements concernés ; autant de raisons supplémentaires, pour qui suit un traitement au long cours, de ne pas attendre juillet pour sortir sa crème SPF 50.
Sources : syndicatdermatos.org | allodocteurs.fr