Renoncer à se soigner devient banal : ce que révèle une enquête inquiétante sur l’accès aux soins en France

C’est un phénomène aussi discret qu’alarmant. En 2025, de plus en plus de Français renoncent à se faire soigner, non pas par négligence, mais faute de pouvoir consulter dans des délais raisonnables ou d’en avoir les moyens. Une enquête conjointe de l’Insee et de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), publiée ce printemps, met en lumière une réalité préoccupante : le renoncement aux soins pour raisons économiques ou logistiques devient une composante ordinaire du parcours de santé. Dans un pays qui se targue d’un système de soins parmi les plus performants, ce constat interroge. Car derrière les chiffres, il y a des douleurs ignorées, des maladies non diagnostiquées, des soins reportés indéfiniment… avec parfois de graves conséquences.

Par Eve B.
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Une part croissante de la population concernée

Selon cette enquête, près d’un Français sur trois a déclaré avoir renoncé à au moins un soin au cours des 12 derniers mois, que ce soit une consultation médicale, un examen, des soins dentaires ou ophtalmologiques. Parmi eux, plus d’un quart évoque des délais d’attente trop longs, et près d’un sur cinq cite le coût des soins ou des dépassements d’honoraires comme principal obstacle.

Le phénomène n’épargne aucune tranche d’âge, mais touche davantage les jeunes adultes, les familles précaires, les retraités modestes et les habitants de zones rurales ou périurbaines. Ce sont les soins dentaires, les consultations de spécialistes (ophtalmologistes, dermatologues, gynécologues) et les examens radiologiques qui sont le plus souvent abandonnés.

Délais, désertification et barrières financières

Parmi les causes identifiées, trois tendances se détachent nettement :

  • Les délais d’attente, parfois de plusieurs mois, pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste ou un médecin généraliste dans certaines zones.
  • La désertification médicale, qui rend l’accès à un professionnel de santé tout simplement impossible dans certaines régions, faute de praticiens disponibles.
  • Le coût des soins, en hausse, avec des dépassements d’honoraires de plus en plus fréquents et un reste à charge non négligeable, même avec une complémentaire santé.

La situation est d’autant plus préoccupante que les personnes concernées ne renoncent pas à des soins de confort, mais à des soins essentiels : traitements dentaires, consultations pour douleurs chroniques, suivi de pathologies connues.

Un impact sanitaire et social mesurable

Les conséquences de ces renoncements ne se limitent pas à l’individu. Elles pèsent à long terme sur l’ensemble du système de santé. Des maladies non prises en charge à temps peuvent s’aggraver, nécessiter des soins plus lourds, ou entraîner des hospitalisations évitables.

Sur le plan social, le renoncement aux soins renforce les inégalités de santé, déjà marquées par le niveau d’étude, de revenus ou la zone de résidence. Ce cercle vicieux alimente la défiance envers le système de soins et pousse certains à se tourner vers des solutions alternatives ou à l’automédication, avec les risques que cela comporte.

Principales causes du renoncement aux soins en France (enquête Insee/Drees – 2025)

Cause évoquée Part des personnes concernées (%) Exemples typiques
Délais trop longs 27 % Rendez-vous ophtalmologique dans 4 mois
Coût trop élevé / dépassements 19 % Couronne dentaire à 450 €, non remboursée
Pas de professionnel disponible 15 % Absence de gynécologue dans un rayon de 50 km
Difficulté de transport ou de mobilité 11 % Personne âgée sans moyen de transport
Motifs personnels (emploi, enfants...) 10 % Impossibilité de se libérer pour une consultation
Appréhension, crainte du diagnostic 6 % Symptômes ignorés volontairement par peur d’une mauvaise nouvelle
Autres / refus de soin volontaire 12 % Conviction personnelle, expérience négative passée

Des mesures insuffisantes face à une crise silencieuse

Face à ce constat, des mesures ont été engagées, comme le développement des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), le déploiement de la téléconsultation, ou la revalorisation de certains actes médicaux. Mais les résultats restent encore limités, surtout dans les zones rurales ou les banlieues défavorisées.

Le gouvernement a également lancé une concertation sur les tarifs de consultations chez les spécialistes, dans l’espoir de contenir les dépassements. Mais sans régulation ferme, la fracture territoriale et sociale dans l’accès aux soins continue de s’élargir.

Une priorité sanitaire et sociale pour les années à venir

Le renoncement aux soins ne peut plus être considéré comme une fatalité ou une variable d’ajustement du système. Il doit être reconnu comme un problème de santé publique à part entière, avec des conséquences concrètes sur la santé physique, mentale et financière de millions de Français.

Garantir un accès effectif aux soins — au bon moment, à un prix abordable, et dans un délai raisonnable — devrait être une priorité nationale, au même titre que la lutte contre les déserts médicaux ou la prévention des maladies chroniques.

Rédactrice web engagée, j’écris pour répondre aux préoccupations réelles, celles qui rythment nos journées. Mon approche s’appuie sur l’expérience et le pragmatisme : pas de théorie déconnectée, mais des conseils pratiques, simples et efficaces.

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