Je pensais passer 30 minutes sur les Planches : cette promenade à Deauville m’a finalement pris trois heures

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Par Julien Thoraval

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J'avais mon programme en tête avant même d'arriver. À Deauville, on connaît la chanson : on se gare, on monte sur les Planches, on lit les noms des stars sur les cabines, on prend un café face à la mer et on repart avec du sable dans les chaussures. Une promenade qu'on refait par habitude plus que par curiosité, et c'est très bien ainsi.

Ce que je n'avais pas prévu, fin juin, c'est de mettre trois heures à faire un trajet qui en demande 30 minutes. Et encore.

Parce que cette année, quelqu'un a eu l'idée d'accrocher le sport en très grand format sur le parcours. Pas dans un musée, pas derrière une billetterie : sur les cabines de plage, le long des quais, jusque dans un hangar portuaire. Le Deauville Sport Images Festival en est à sa deuxième édition et il occupe la ville jusqu'au 6 septembre. Quatorze expositions, près de 300 photographies, plus de cent photographes du monde entier. Le tout gratuit, en accès libre, sans réservation ni horaire d'ouverture.

Autant le dire tout de suite : c'est la meilleure raison de venir à Deauville cet été, et ce n'est pas celle qu'on imagine.

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Crédit : Julien Thoraval

Les cabines de plage ont désormais un petit truc en plus

Le premier choc arrive sur les Planches elles-mêmes. Les célèbres cabines, celles qui portent les noms des acteurs du festival du cinéma, accueillent cette fois vingt portraits de championnes signés Paris Match. On y croise la dream team du ski français photographiée à Val d'Isère en janvier 1968, cinq jeunes femmes casquées et hilares à la veille des Jeux de Grenoble. Le noir et blanc, le grain de l'époque, les sourires : on s'arrête sans l'avoir décidé.

Un peu plus loin, quai de l'Impératrice Eugénie, une image m'a retenu plus longtemps que les autres. Surya Bonaly, JO de Nagano, février 1998. Le corps en l'air, jambes tendues, dans ce salto arrière que le règlement interdisait formellement. Elle savait qu'elle serait sanctionnée. Elle l'a fait quand même, en fin de carrière, le corps usé par les blessures. Les juges l'ont classée dixième. La photo, elle, est toujours là vingt-huit ans plus tard, et c'est elle qui a gagné.

La ville comme mur d'exposition

Les quatorze expositions sont dispersées dans toute la ville, et « toute la ville » n'est pas une figure de style. Entre les cabines de plage à un bout, les courts de tennis, les Lais de Mer et le golf Barrière à l'autre, il y a de la distance. Beaucoup de distance. Si vous voulez tout voir à pied dans la journée, comptez sérieusement vos kilomètres et prévoyez de bonnes chaussures. La ville organise d'ailleurs des sorties running de 6 kilomètres pour parcourir les expositions au pas de course, ce qui en dit long sur l'étendue du parcours.

De façon plus prosaïque, gardez en tête que la météo normande fait ce qu'elle veut. J'ai eu droit à de la bruine le matin et à un coucher de soleil somptueux le soir, dans la même journée. Les tirages, eux, résistent très bien aux embruns. Vous, peut-être un peu moins.

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Crédit : Julien Thoraval

Le Hangar, ou pourquoi il faut traverser le pont

Si vous ne devez retenir qu'une adresse, c'est celle-là. De l'autre côté de la Touques, sur la presqu'île, un ancien hangar portuaire abrite trois expositions dans un décor de poutrelles rouillées et de béton fissuré. L'endroit est brut, presque abandonné, et c'est justement ce qui rend le contraste saisissant.

Suspendus dans le vide du bâtiment, les tirages de l'Américain Steve Korn montrent des danseurs figés en plein saut, parfois enveloppés de voiles qui prolongent le mouvement. Ces corps flottent littéralement au milieu de la charpente. On s'approche, et l'émerveillement change de nature : les mollets sont noueux, les épaules puissantes, chaque tendon visible sous la peau. Ce ne sont pas des silhouettes éthérées, ce sont des athlètes.

À côté, le Français Gérard Uféras expose vingt ans d'immersion dans les grands ballets, de l'Opéra de Paris au Bolchoï de Moscou. Une danseuse essuie sa joue du revers de l'avant-bras entre deux répétitions. Une rangée de pointes usées s'aligne au ras du parquet. Et cette étoile de la Scala, seule dans un rond de lumière au milieu d'un noir total, cambrée à la limite de l'équilibre.

Je suis resté planté devant cette image un long moment. La grâce d'un geste qui dure une seconde, conservée pour toujours. C'est exactement ce que la photographie sait faire et que rien d'autre ne fait à sa place.

Le troisième accrochage du Hangar est signé David Burnett, invité d'honneur de cette édition. Un grand reporter américain qui a couvert la guerre du Vietnam avant de photographier tous les Jeux olympiques d'été depuis 1984. Ses images fuient le vainqueur qui lève les bras : il préfère les pistes vides, les architectures immenses, l'atmosphère autour de l'exploit. Un regard qui prend son temps, ce qui devient rare.

Ce qui vous attend jusqu'en septembre

Le festival ne s'arrête pas aux murs. Aux Franciscaines, des documentaires sportifs sont projetés tout l'été, suivis d'un échange avec leur réalisateur autour d'un cocktail. Au programme du 30 juillet, une plongée dans les chutes du peloton cycliste et le récit d'un ultra-trail qui a tourné au drame. Le 3 septembre, un film sur le match qui a changé l'histoire du tennis. Gratuit là aussi, sur simple inscription.

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Crédit : Julien Thoraval

Ce festival est fait pour vous si vous aimez marcher sans but précis, si une image forte peut vous arrêter au milieu d'une promenade, et si l'idée de voir de la grande photographie sans payer ni faire la queue vous réjouit. Il est fait pour vous, aussi, si vous n'avez jamais mis les pieds dans une exposition photo et que ça vous intimide : ici, il n'y a aucune porte à pousser.

Moi, j'étais venu pour les Planches. Je suis reparti avec l'image d'une danseuse dans un rond de lumière.

Deauville Sport Images Festival, jusqu'au 6 septembre 2026. Expositions en accès libre dans toute la ville, programme et inscriptions aux projections sur indeauville.fr

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Journaliste et photographe éditorial, je couvre l’automobile, l’art de vivre et les territoires à travers des récits où le texte et l’image se répondent. Mon approche repose sur une conviction : un essai, un objet ou une rencontre ne se résument pas à leurs caractéristiques. Ils prennent sens dans un lieu, une lumière et une histoire, fruit de cette alchimie.

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