Niché entre les Monts Dore et du Cantal, le Cézallier est un plateau volcanique qui captive les voyageurs par son atmosphère de « désert vert » rappelant l’Islande ou la Mongolie. Accessible sans voiture depuis Paris en moins de cinq heures, ce trésor méconnu offre des randonnées majestueuses et une biodiversité exceptionnelle.
« On a cru atterrir en Islande » : ce plateau français accessible en train que personne ne connaît encore

Un voyageur posté sur un forum de randonnée écrit : « On a cru atterrir en Islande. Des étendues à perte de vue, pas une âme, juste le vent et les vaches. » Il parlait du Cézallier. Un plateau volcanique d'Auvergne, niché entre les Monts Dore et les Monts du Cantal, que la quasi-totalité des Français ignorent encore. Et qui se rejoint en train, depuis Paris, sans le moindre avion.
À retenir
- Un plateau auvergnat qui ressemble étrangement à l'Islande ou la Mongolie selon les voyageurs
- Accessible directement en train depuis Paris sans passer par la case voiture
- Une réserve naturelle protégeant des espèces rarissimes que l'on croyait ne trouver qu'en Europe du Nord
Un désert vert au cœur de la France
Le Cézallier est un plateau volcanique du Massif Central, situé entre les Monts Dore et les Monts du Cantal, constituant l'une des régions naturelles de France. Ce que les cartes ne disent pas, c'est ce que l'on ressent en le traversant pour la première fois : une sensation de bout du monde, une horizontalité presque vertigineuse, un silence que les villes ont depuis longtemps oublié. La plus grande composante de l'ensemble du Cézallier est sans doute son atmosphère très singulière de « désert vert d'altitude », que l'on pourrait rapprocher des plateaux mongols ou écossais. Elle résulte de la combinaison de l'altitude et la rudesse du climat, du caractère ondulé relativement uniforme de ces monts qui donne au ciel une présence très importante, et du désert vert d'été ou blanc d'hiver, faible présence des installations humaines, absence notoire de l'arbre.
L'altitude moyenne du massif se situe entre 1 200 et 1 500 mètres, et son point culminant est le Signal du Luguet, à 1 547 mètres. Ce n'est pas les Alpes, aucune paroi verticale, aucun téléphérique. C'est autre chose, peut-être plus rare : des hauts plateaux façonnés par l'activité volcanique et l'érosion des anciens glaciers, où les grands espaces aux pâturages verdoyants sont ponctués de tourbières, lacs, anciens burons et villages aux granges et étables imposantes. La comparaison avec l'Islande ne tient pas qu'à l'imagination des voyageurs : une petite Écosse, Irlande, Islande ou Mongolie au cœur de l'Auvergne vous attend sur ce tronçon du Cézallier.
Probablement l'un des coins les moins peuplés de France, le Cézallier vous transporte ailleurs, loin, peut-être jusqu'en Mongolie. La seule différence : ici, ce sont les vaches qui remplacent les chevaux. Des Salers rousses, massives, qui pâturent en liberté sur les estives de juin à septembre et transforment ce plateau en tableau vivant. Quelque chose d'archaïque et de reposant à la fois.
Paris–Neussargues : la porte d'entrée en train
C'est là que le Cézallier surprend une seconde fois. On l'imaginait perdu, inaccessible, réservé aux aventuriers motorisés. Il est accessible sans voiture au départ de Clermont-Ferrand, pour le plus grand plaisir des amateurs de nature et de grands espaces. Mieux encore : on peut y accéder jusqu'à Neussargues, avec des trains directs depuis Paris via Clermont-Ferrand.
Le calcul est simple et plaisant. Il faut compter en moyenne 1h49 de trajet pour se rendre de Clermont-Ferrand à Neussargues en train, et le plus rapide effectue ce trajet en 1h26. Chaque jour, 8 trains partent de Clermont-Ferrand vers Neussargues. On monte à Paris, on arrive à Clermont-Ferrand en un peu moins de trois heures en Intercités, on prend la correspondance, et on débarque à Neussargues, porte d'entrée sud du plateau, en fin d'après-midi. Moins de cinq heures au total depuis la capitale. Moins de temps que certains week-ends à l'étranger, pour un dépaysement que beaucoup d'îles atlantiques ne garantissent pas.
À Neussargues, un guide peut vous attendre. Le rendez-vous se fait en gare SNCF de Neussargues, puis transfert vers le plateau en une vingtaine de minutes, avec prise en charge des participants arrivant en train. Preuve que la filière touristique locale a compris l'argument ferroviaire, et qu'elle joue le jeu pour les voyageurs sans voiture.
Ce que le plateau réserve, pas à pas
Le Cézallier n'est pas un territoire d'exploits sportifs. C'est un territoire d'imprégnation. Le relief général est celui d'un plateau bosselé, animé d'ondulations lâches et constitué d'une succession de creux et de bosses doucement arrondies, de points hauts et de points bas, les dénivelés pouvant tout de même atteindre 200 mètres. On marche. On s'arrête. On regarde un nuage traverser un ciel immense. On recommence.
Marcher sur les crêtes, approcher les burons, écouter le vent dans l'herbe : la randonnée est reine dans le Cézallier. Le Tour du Cézallier fait figure de référence, boucle de 140 km, accessible par tronçons selon les envies et le niveau. Pour celles et ceux qui préfèrent des formats plus courts, les options ne manquent pas. La randonnée offre des points de vue époustouflants sur la chaîne des Puys, entre le Puy de Dôme et le Puy de Sancy au nord, le Puy Mary et le Plomb du Cantal au sud, les plateaux de l'Aubrac, la Margeride et les Monts du Forez à l'est.
Un arrêt mérite une attention particulière : la réserve naturelle des Sagnes de La Godivelle. Créée en 1975, la Réserve naturelle nationale des Sagnes de la Godivelle se situe en plein cœur du Cézallier, à 1 200 m d'altitude. Son rôle est de protéger, gérer et faire découvrir au public son exceptionnelle biodiversité. Elle protège 4 tourbières et 1 lac naturel de part et d'autre du village de La Godivelle. Un site qui justifie à lui seul le détour : 2 500 espèces recensées sur moins de 150 hectares, dont une cinquantaine menacées d'extinction en France, et 21 habitats naturels répertoriés dont 13 d'intérêt patrimonial. Les habitats tourbeux abritent des biocénoses relictuelles des dernières glaciations, une flore remarquable avec de nombreuses espèces rares en France, et une faune adaptée aux conditions climatiques difficiles. On y croise, selon la saison, la Ligulaire de Sibérie ou l'Agrion à lunules, une libellule rarissime en Europe. Pas en Islande. En Auvergne.
Pour ceux qui veulent voir le plateau depuis ses voies ferrées d'antan, il y a le Gentiane Express. Dès les beaux jours, ce train touristique circule sur la section de 16 km séparant Riom-ès-Montagnes de Lugarde, petite gare d'altitude sur le plateau du Cézallier. Une façon douce, presque nostalgique, d'entrer dans le massif, avec le viaduc de Varajol, ses 57 mètres de hauteur, comme coup d'éclat architectural au passage.
Quelques repères pratiques avant de partir
L'altitude moyenne élevée du plateau du Cézallier, entre 1 000 et 1 550 mètres, tempère les fortes chaleurs estivales. Le climat reste celui d'une moyenne montagne avec influence océanique, les températures peuvent demeurer fraîches surtout la nuit ou par temps perturbé. En clair : prévoyez une couche supplémentaire, même en juillet. Le plateau n'obéit pas aux mêmes codes que la Côte d'Azur. C'est précisément ce qui en fait un refuge précieux quand le reste de la France suffoque.
Mai-juin avec leurs prairies fleuries et septembre-octobre avec leurs douceurs automnales sont sans doute les mois les plus intéressants. Situé au-dessus de 1 000 mètres d'altitude, l'itinéraire échappe aux pires chaleurs estivales et peut aussi s'envisager en juillet-août. Certains burons ont été restaurés en hébergements ou auberges, l'occasion de dormir au cœur de la nature. Quant aux saveurs du territoire, la gastronomie rime avec tradition dans le Cézallier : le Saint-Nectaire fermier, la fourme d'Ambert, la tomme fraîche — à savourer à la ferme ou dans les marchés.
Le Cézallier n'a pas encore découvert le tourisme de masse. Ses routes ne sont pas encombrées, ses sentiers ne sont pas balisés pour selfies. C'est peut-être là sa fragilité. Mais aussi, pour l'instant, son privilege. La question qui reste posée : combien de temps encore ce plateau gardera-t-il ce secret qui fait sa valeur ?