Pourquoi ces trois gestes, répétés à chaque atterrissage par le personnel de bord, sont-ils toujours demandés dans le même ordre et au même moment ? Relever le store, ranger la tablette, redresser le dossier : voilà des consignes que tout voyageur connaît par cœur, souvent perçues comme de simples formalités. Pourtant, derrière cette petite chorégraphie répétée avant chaque descente se cache une logique commune, très concrète, que peu de passagers font le lien entre elles. Une logique qui tient en un mot : évacuation.
Ce que vous allez découvrir :
- Pourquoi ces trois consignes répondent toutes à la même finalité de sécurité.
- Ce que les yeux et le corps doivent pouvoir faire dans les secondes qui suivent un incident.
- Pourquoi le décollage et l'atterrissage concentrent la majorité des accidents aériens.
Trois gestes anodins, une même logique de survie
À première vue, relever le store, redresser son siège et ranger sa tablette n'ont rien à voir. L'un concerne la vue, l'autre le confort, le dernier l'espace devant soi. Mais ces trois consignes forment en réalité un ensemble cohérent, pensé pour une seule situation : celle où il faudrait quitter l'appareil très vite. Un dossier incliné bloque le passager assis derrière. Une tablette dépliée coupe la sortie de la rangée. Un store baissé empêche de voir ce qui se passe dehors. Chaque geste supprime un obstacle physique ou visuel qui, en cas d'évacuation, ferait perdre de précieuses secondes. L'équipage n'insiste pas par manie du règlement, mais parce que ces objets, banals en vol de croisière, deviennent des freins lors des phases les plus délicates.
Quand chaque seconde compte : voir dehors avant même d'ouvrir la porte
Le store relevé est sans doute la consigne la moins bien comprise des trois. Beaucoup pensent qu'il s'agit d'admirer le paysage ou d'aider l'atterrissage psychologiquement. La vraie raison est ailleurs. En cas d'incident, le personnel de bord doit pouvoir jeter un œil à l'extérieur avant d'ouvrir une issue. Un moteur en feu, du carburant répandu sur le tarmac, des débris, de la fumée ou de l'eau : ouvrir une porte du mauvais côté transformerait l'évacuation en piège. Les stores relevés donnent aussi aux passagers un rôle discret mais réel : plusieurs incidents ont été signalés à temps parce qu'un voyageur, assis côté hublot, avait aperçu de la fumée sur une aile ou une anomalie sur un train d'atterrissage. Il y a un autre point, moins évident : la lumière. Si la cabine est plongée dans le noir alors que le soleil brille dehors, les yeux mettent plusieurs secondes à s'adapter en sortant. À l'inverse, en pleine nuit, une cabine éclairée éblouirait ceux qui doivent évacuer dans l'obscurité. Les stores ouverts synchronisent la lumière intérieure avec l'extérieur, pour que personne ne trébuche à la sortie, ne heurte un obstacle ou ne perde ses repères sur le toboggan.
Ce que ces consignes révèlent vraiment sur les phases critiques du vol
Si ces règles semblent tatillonnes, c'est parce que les moments où elles s'appliquent concentrent l'essentiel des risques. Selon les données du constructeur Boeing, environ 70 % des accidents aériens mortels surviennent au décollage, en montée initiale, en approche finale et à l'atterrissage. Les chiffres de l'IATA vont dans le même sens : sur près de 1 500 accidents recensés sur deux décennies, plus de 60 % se sont produits pendant l'atterrissage ou le décollage. Autrement dit, les quelques minutes où l'avion est proche du sol sont infiniment plus sensibles que les heures passées à 10 000 mètres. La pratique n'est pas figée pour autant : certaines compagnies laissent les stores baissés sur certains vols, d'autres les imposent ouverts, notamment aux rangées d'issues de secours où la vérification est systématique. Mais la logique reste la même : préparer la cabine à réagir vite, si jamais.
Ces trois consignes ne sont pas des reliques d'un règlement poussiéreux. Elles forment un dispositif discret, cohérent, qui n'a de sens qu'à un seul moment : celui où il faudrait, en quelques secondes, transformer un habitacle rempli de passagers assis en une cabine évacuée. La prochaine fois qu'une hôtesse demande de relever le store, peut-être vaut-il la peine d'y voir autre chose qu'une formalité, et de se demander ce que d'autres gestes du quotidien, en apparence anodins, cachent comme intelligence pratique.

