Michael Smoak avait cinq ans quand les tours se sont effondrées. Il fait partie de cette génération trop jeune pour garder un souvenir précis de cette journée. Pourtant, à vingt-trois ans, engagé chez les Marines, il s'est retrouvé à la porte Abbey, en Afghanistan, en 2021, forcé de choisir qui pouvait fuir le pays et qui devait rester. Son histoire ouvre l'un des fils les plus marquants de Turning Point : Génération 11 septembre, documentaire disponible sur Netflix depuis le mercredi 2 septembre, réalisé par Brian Knappenberger.
Plutôt que de raconter à nouveau les attentats eux-mêmes, le film choisit un angle plus intime : celui de personnes trop jeunes pour se souvenir, mais qui ont grandi dans le monde que le 11 septembre a façonné.
- Turning Point : Génération 11 septembre, réalisé par Brian Knappenberger, est disponible sur Netflix depuis le 2 septembre et donne la parole à des personnes trop jeunes pour se souvenir des attentats mais marquées par leurs conséquences.
- Le documentaire mêle témoignages inédits (comme celui du Marine Michael Smoak à Kaboul en 2021) et enregistrements bouleversants des attentats, avant d'aborder l'héritage politique et social du 11-Septembre.
- À deux jours du 25e anniversaire des attentats, le film occupe la deuxième place mondiale des films anglophones sur Netflix avec 5,2 millions de vues, et la neuvième place en France.
Une génération qui découvre le 11-septembre à travers ses propres cicatrices
Le pari du documentaire est clair dès les premières minutes : donner la parole à celles et ceux qui étaient bébés ou tout-petits en 2001. On y croise Laurel Homer, fille du copilote du vol United 93, ou encore An Nguyen, quatre ans à l'époque, dont le père a péri au Pentagone après avoir fui le Sud-Vietnam.
Leurs récits ne sont pas des souvenirs d'adultes traumatisés, mais des témoignages d'héritiers, ceux qui ont dû composer avec une absence plutôt qu'avec un souvenir précis. Le film y ajoute des voix de jeunes Afghans et de journalistes ayant débuté leur carrière en couvrant la guerre contre le terrorisme, élargissant le propos bien au-delà des frontières américaines.
Des voix qui replongent dans l'horreur : appels, larmes et destins brisés
La première demi-heure du film s'appuie sur des images d'archives connues, mais aussi sur des enregistrements bouleversants : des appels de passagers du vol United 93, ou celui d'une femme piégée dans la Tour Nord, au-dessus de la ligne de feu, s'adressant à un standardiste des secours.
C'est sans doute la partie la plus forte du documentaire, saluée pour sa capacité à apporter un éclairage neuf sur une matinée pourtant archi-documentée. Mais passé ce choc initial, le récit peine à garder le même souffle. Le fil narratif se disperse entre plusieurs époques et plusieurs continents, et le message final reste flou, un défaut relevé par plusieurs critiques américains qui saluent l'intention sans être totalement convaincus par l'exécution.
25 ans après, ce que le 11-septembre a vraiment changé en Amérique
Au-delà des témoignages, Turning Point : Génération 11 septembre s'interroge sur l'héritage politique et social des attentats : surveillance accrue, rapport à la sécurité, guerres successives, et surtout une guerre contre le terrorisme qui s'est peu à peu invitée à l'intérieur même des frontières américaines. Le documentaire prolonge ainsi le travail entamé par Knappenberger en 2021 avec Turning Point : 9/11 and the War on Terror, en établissant un fil direct entre les tours, l'Afghanistan et les tensions actuelles. À deux jours du vingt-cinquième anniversaire des attentats, le film trouve un écho particulier : il occupe la deuxième place mondiale des films anglophones sur Netflix, avec 5,2 millions de vues, et se classe neuvième en France.
Reste un documentaire ambitieux, parfois inégal, mais qui a le mérite de poser une question rarement traitée avec autant de netteté : que reste-t-il d'un événement fondateur pour ceux qui ne l'ont pas vécu, mais qui en portent malgré tout les conséquences ? Une interrogation qui dépasse largement le cadre américain, et qui résonnera sans doute chez tous ceux, ici aussi, nés après 2001.


