Vous soupçonnez une livraison tronquée de fioul ? Avant d’accuser le livreur, sachez que le compteur du camion est contrôlé par l’État, contrairement à votre jauge. Découvrez les vraies raisons des écarts et comment bien vérifier lors de la prochaine livraison.
J’ai fait remplir ma cuve de fioul pour tout l’hiver : quand j’ai relevé la jauge le lendemain, il manquait de quoi tenir jusqu’à Noël

- Le compteur du camion de fioul relève de la métrologie légale avec vérification annuelle obligatoire.
- Une cuve non horizontale ou un fioul agité juste après le remplissage faussent la lecture de la jauge.
- Le contrôle doit se faire pendant la livraison en comparant l'affichage du compteur avec les litres facturés.
- Une jauge flotteur donne un ordre de grandeur, rarement une mesure exacte au litre près.
Un plein d'octobre, une jauge au lendemain
Un niveau de jauge qui ne colle pas avec les litres facturés ne prouve presque jamais une livraison tronquée. Le compteur du camion est un instrument contrôlé par l'État. La jauge de votre cuve, elle, l'est rarement, et c'est pendant que le livreur pompe, bien plus que le lendemain, que se joue la vérification utile.
La mécanique rappelle celle du stère de bois : on achète un volume, on le range chez soi, puis on le mesure à sa façon. L'écart naît entre ce qui est facturé et ce que l'on croit constater.
Remplir la cuve avant les premiers froids est un geste de prévoyance. Le lendemain, on relève le niveau, que la cuve soit équipée d'une jauge à flotteur, d'une règle graduée ou d'une sonde électronique. Si le résultat paraît court, le soupçon vient vite : le livreur aurait mal compté. Voyons ce que disent les contrôles officiels avant de s'en tenir à cette idée.
Ce que révèlent les contrôles sur les compteurs de camions
Le compteur d'un camion n'a rien d'un gadget.
Sur les camions qui livrent du fioul domestique, il relève de la métrologie légale. La vérification est annuelle et obligatoire, confiée à des organismes agréés, et l'instrument porte des scellés qui protègent sa chaîne de mesure. La Direction générale des entreprises (DGE) a contrôlé de façon inopinée 2 796 compteurs sur camions, dont 2 262 de fioul, lors d'une campagne menée à l'automne 2018 et présentée dans un communiqué du 25 mars 2019.
Environ 8,5 % de ces compteurs étaient non conformes. Les défauts concernaient surtout le scellement, ce petit dispositif qui empêche d'accéder aux organes de mesure. Un seul type de défaut pouvant faciliter la fraude a été relevé, et dans deux cas seulement.
Lors d'une opération comparable en 2012, limitée au fioul domestique, le taux de non-conformité atteignait 13 %. Les détenteurs de matériel non conforme ont dû régulariser vite, avec interdiction d'utiliser l'instrument en attendant, d'après les directions régionales qui ont publié leurs bilans. Ces chiffres datent de 2018-2019 : ils donnent un instantané, pas un état des lieux de 2026.
Le bilan d'une région donne le même ton. En Bourgogne-Franche-Comté, 8 instruments ont été refusés sur 184 contrôlés, dont 7 pour un simple défaut de scellement. La DREETS précise qu'aucune de ces anomalies ne remettait en cause la loyauté des transactions.
Quand la jauge se trompe sans que personne triche
Dans l'immense majorité des cas, le compteur du camion est donc fiable. Reste à comprendre pourquoi la jauge raconte autre chose. Il s'agit ici de conseils d'usage et non de chiffres mesurés, mais ils reviennent souvent chez les chauffagistes.
Une cuve qui n'est pas parfaitement horizontale fausse la lecture, surtout avec une règle ou une jauge à flotteur : le niveau lu d'un côté ne vaut pas celui de l'autre. Juste après un remplissage, le fioul peut aussi être agité, voire mousseux, et le flotteur indique alors un niveau provisoire. Il y a enfin le fond de cuve, cette réserve que l'on ne voit pas et qui complique tous les calculs. Quant à une jauge jamais étalonnée, elle peut dériver pendant des années sans que personne s'en aperçoive.
Un flotteur donne souvent un ordre de grandeur, rarement un litre exact.
Mieux vaut laisser le fioul se reposer avant de relever le niveau, puis recommencer le lendemain et le surlendemain. Une lecture qui se stabilise raconte une autre histoire qu'une lecture prise dans l'heure qui suit le remplissage.
Ce qu'il faut regarder pendant que le livreur pompe
Le bon moment pour contrôler, c'est la livraison elle-même. Avant que le tuyau soit branché, regardez l'affichage du compteur du camion, puis notez la valeur à la fin du pompage et comparez-la avec les litres inscrits sur le bon. C'est un bon réflexe, pas une obligation que le client pourrait imposer : je n'ai pas pu confirmer de texte qui l'exige, et un livreur pressé peut s'en agacer.
Jetez aussi un œil à la vignette verte collée sur l'instrument. Elle correspond à la marque de vérification périodique, qui doit être en cours de validité pour qu'un compteur serve à facturer. Relisez enfin la quantité commandée, car un écart entre la commande et le bon se règle sur place, devant le livreur.
Avant la livraison, relevez le niveau de la cuve et notez la date. Photographiez la jauge, puis le bon de livraison une fois signé, avec le compteur du camion si le livreur y consent. Ces trois clichés, pris en quelques minutes, constitueront votre dossier si un doute surgit en novembre.
Si l'écart persiste : la marche à suivre
Lorsque les relevés s'obstinent à diverger, la fiche service-public.fr consacrée à la livraison non conforme trace la voie. Elle recommande de formuler des réserves précises sur le bon de livraison : une mention vague pèse moins qu'une phrase qui nomme le problème, la quantité attendue et celle constatée.
Ensuite, écrivez au vendeur par mail ou, mieux, par lettre recommandée. Joignez le bon de livraison, la facture et vos photos.
Sans réponse, la DDPP ou le médiateur de la consommation prennent le relais.
Prendre ses mesures avant le prochain hiver
Un petit carnet suffit : date du plein, niveau relevé avant, litres inscrits sur le bon, niveau relevé après stabilisation. Rien de plus, mais tenu d'une saison à l'autre, il change la nature de la discussion avec un fournisseur. Vous ne dites plus « il m'a semblé qu'il manquait du fioul », vous montrez des relevés datés.
Ces notes servent aussi à distinguer deux situations. Un écart constant à chaque plein pointe plutôt vers la jauge ou la pose de la cuve, qu'un chauffagiste peut examiner. Un écart ponctuel, apparu une seule fois, relève davantage de la livraison et justifie la démarche écrite décrite plus haut.
Les contrôleurs de la DGE ont d'ailleurs travaillé en septembre et octobre 2018, à la saison même des pleins de cuve. Ils ont mené leurs opérations de manière inopinée, souvent à proximité des dépôts pétroliers où les camions se chargent.
Sources : idf.drieets.gouv.fr | tpeconnect.fr
