« Je pensais que l’air faisait loupe sur la Lune » : pourquoi la pleine Lune de lundi à l’aube paraîtra énorme et orange pour deux raisons qui n’ont rien à voir

Marie R
Par Marie R.

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« Si, si, je t'assure, c'est l'air qui fait loupe, ça grossit la Lune comme une vitre bombée » : cette phrase, on l'entend à chaque pleine Lune basse sur l'horizon, et elle est fausse. L'atmosphère n'a aucun pouvoir grossissant, mais ce malentendu a la vie dure, un peu comme celui qui consiste à croire qu'on peut perdre du poids localement en faisant des abdos. Cette semaine, le ciel nous offre pourtant un spectacle qui mérite qu'on lève le nez, à condition de comprendre ce qui se joue réellement. Entre un changement d'heure qui bouscule nos repères et une pleine Lune qui joue les stars, il y a de quoi s'y perdre. Alors autant démêler le vrai du faux, avec la même rigueur que celle qu'on met à corriger une mauvaise posture de squat.

À retenir
  • La pleine Lune du Chasseur atteint sa phase exacte le 26 octobre à 5 h 12 à Paris, mais le meilleur moment pour l'observer est la veille au soir dès 17 h 20, juste après le passage à l'heure d'hiver.
  • Sa couleur orangée s'explique par un vrai phénomène physique : traversant une épaisseur d'atmosphère plus importante près de l'horizon, la lumière bleue se disperse et laisse passer les teintes rouge-orangées.
  • Sa taille impressionnante n'est qu'une illusion d'optique créée par le cerveau qui la compare aux éléments du paysage, l'atmosphère n'ayant aucun pouvoir grossissant réel.

Une pleine Lune d'automne qui donne rendez-vous à l'aube du 26 octobre

La pleine Lune d'octobre atteint sa phase exacte le lundi 26 à 4 h 12 UTC, ce qui correspond à environ 5 h 12 du matin à Paris, selon le calendrier astronomique de la NASA. Un horaire un peu matinal, j'en conviens, mais rien d'insurmontable pour qui aime se lever tôt, comme avant une séance de running à jeun. Le meilleur moment pour profiter du spectacle se situe en réalité la veille au soir : dès le coucher du Soleil du dimanche 25, il faut regarder vers l'est pour voir la Lune se lever très basse sur l'horizon, dans ses teintes les plus photogéniques. À Paris, elle se lève à 17 h 20 et se couche à 7 h 56, en heure locale. Cette pleine Lune porte un nom qui sent bon la tradition et les forêts d'automne : la Lune du Chasseur, celle qui suit traditionnellement la Lune des Moissons. Petit détail qui a son importance : ce rendez-vous astronomique arrive juste après le passage à l'heure d'hiver, qui a lieu dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre, à 3 heures il sera 2 heures. Une date particulièrement précoce dans le calendrier européen, qui ne s'était pas produite depuis 2020 et qui ne se reproduira pas avant 2037. Pour rappel, cette harmonisation du changement d'heure dans l'Union européenne date de 1998, et le projet d'abolition voté par les eurodéputés en 2019 est resté lettre morte, notamment à cause de la crise sanitaire. Autant dire qu'on n'a pas fini de régler nos montres et de bâiller un peu plus le lundi matin.

Pourquoi sa couleur orangée s'explique par un vrai phénomène atmosphérique

Voici la bonne nouvelle pour les amateurs de jolis clichés : la teinte orangée de cette Lune basse n'est pas une invention de notre cerveau fatigué. C'est un phénomène physique bien réel, comparable à ce qui se passe lors d'un coucher de soleil flamboyant. Quand la Lune est proche de l'horizon, sa lumière doit traverser une épaisseur d'atmosphère bien plus importante que lorsqu'elle est au zénith. Cette traversée filtre les longueurs d'onde bleues, qui se dispersent en route, et laisse passer majoritairement la composante rouge et orangée de la lumière. Résultat : notre satellite préféré se pare d'une couleur chaude, presque cuivrée, qui tranche avec le blanc froid qu'on lui connaît habituellement en plein ciel. C'est exactement le même principe physique qui colore le ciel au crépuscule, sauf qu'ici, c'est la lumière lunaire qui en fait les frais. Un phénomène simple, élégant, et parfaitement expliqué par la physique, sans qu'il soit besoin d'invoquer une quelconque magie atmosphérique.

Pourquoi sa taille impressionnante n'est en réalité qu'une illusion d'optique

Passons maintenant à la partie qui fâche, celle où l'on doit déconstruire une idée reçue aussi tenace qu'un point de côté mal géré. Non, l'air ne fait pas loupe, et non, la Lune n'est pas physiquement plus grosse quand elle est basse sur l'horizon. Si l'on prend une photo avec les mêmes réglages de zoom, que la Lune soit haute ou rasante, elle affiche exactement la même largeur sur les deux clichés. La seule différence mesurable, c'est qu'elle peut paraître légèrement aplatie verticalement près de l'horizon, l'atmosphère agissant alors comme une lentille très faible, bien trop discrète pour expliquer cet effet de géante qu'on observe à l'œil nu. Ce fameux agrandissement relève donc avant tout de la perception : notre cerveau a tendance à comparer la Lune aux éléments du paysage qui l'entourent, arbres, immeubles, collines, ce qui amplifie artificiellement son impression de taille. C'est un peu comme en musculation, où une charge paraît plus lourde selon le contexte et la fatigue du moment, alors que le poids affiché sur la barre, lui, ne change jamais. L'œil se laisse berner, mais les mesures, elles, ne mentent pas.

En résumé, cette pleine Lune du Chasseur coche toutes les cases du beau programme céleste : un horaire matinal pour les lève-tôt, une observation idéale la veille au soir vers l'est, une couleur orangée bien réelle due à l'épaisseur de l'atmosphère traversée, et une taille apparente qui relève surtout d'un tour joué par notre cerveau. De quoi profiter du spectacle avec les bonnes explications en tête, sans tomber dans les idées reçues qu'on traîne parfois depuis l'enfance. Et comme pour toute bonne séance d'observation, le secret reste le même qu'en sport : prendre le temps, lever les yeux sans précipitation, et savourer le moment présent, même si le réveil sonne un peu plus tôt que d'habitude ce lundi-là.

Marie R

Curieuse de nature, Marie aime transformer les petites et grandes questions du quotidien en sujets à découvrir. Écrire, informer et partager ce qu’elle apprend sont au cœur de son métier de rédactrice.

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