J’ai laissé mon ancien compte courant ouvert sans y toucher pendant douze ans : personne ne m’avait prévenu de l’organisme qui détenait mon argent quand je l’ai réclamé

Laisser un compte courant dormir pendant douze ans peut coûter cher en frais annuels, puis mener à un transfert obligatoire vers la Caisse des Dépôts. Mais il existe une fenêtre de 30 ans pour récupérer son argent grâce à un service peu connu : Ciclade.

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Par L'équipe JDS

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Douze ans de silence bancaire, et une seule question qui reste sans réponse pendant tout ce temps : où va l'argent d'un compte qu'on a simplement oublié d'utiliser ? La réponse tient en trois étapes bien précises, organisées par la loi, mais rarement expliquées clairement par les banques elles-mêmes. D'abord des frais annuels plafonnés, ensuite un transfert obligatoire vers un organisme public, enfin une fenêtre de plusieurs décennies pour récupérer ses fonds avant qu'ils ne tombent définitivement dans les caisses de l'État.

Le compte courant oublié n'est pas un cas isolé. En France, on recense environ 6 millions de comptes inactifs, ce qui donne une idée de l'ampleur du phénomène. La bascule vers l'inactivité intervient plus vite qu'on ne le pense : le compte ne doit avoir enregistré aucune opération autre que celles initiées par la banque pendant douze mois consécutifs, et son titulaire ne doit pas s'être manifesté sous quelque forme que ce soit. Douze mois. Pas dix ans, pas cinq ans. Un an suffit pour qu'un compte courant bascule dans une catégorie administrative à part, avec ses propres règles tarifaires.

À retenir

  • Votre argent ne disparaît pas, mais suit un parcours administratif précis que les banques expliquent rarement
  • Des frais peuvent s'accumuler pendant des années sans que vous le sachiez
  • Il existe une date butoir après laquelle l'État devient propriétaire de vos avoirs

Les frais qui grignotent le solde, année après année

Une fois le compte déclaré inactif, la banque continue de prélever des frais de tenue de compte, mais dans une limite fixée par la loi. Le montant des frais et commissions prélevés sur un compte inactif est plafonné par la réglementation à 30 euros par an, depuis le 1er janvier 2016. Ce plafond n'est pas anecdotique : sur un compte oublié pendant une décennie, cela représente potentiellement 300 euros de frais cumulés, ponctionnés sans qu'aucune opération n'ait été réalisée par le titulaire. Une drôle de façon de payer pour... ne rien faire.

Certains produits échappent heureusement à cette ponction. Les comptes épargne comme le Livret A, le LDD ou le PEL sont généralement exemptés de ces frais. Mais un compte courant classique, lui, n'a pas cette chance. La banque a néanmoins une obligation d'information qui accompagne ce prélèvement : une première communication a lieu lorsque la banque constate l'inactivité du compte, cette information est ensuite renouvelée chaque année jusqu'à l'année précédant le dépôt à la Caisse des Dépôts, et une dernière information est faite six mois avant ce transfert. En théorie, le courrier existe. En pratique, il arrive qu'une adresse obsolète, un déménagement non signalé ou simplement une lettre égarée dans la pile du courrier fassent que personne ne voit rien venir.

Direction la Caisse des Dépôts après dix ans

C'est là que la mécanique change de dimension. Passé le cap symbolique de la décennie, la banque n'a plus le droit de garder l'argent chez elle. La loi Eckert prévoit que les comptes bancaires devront être clôturés et les avoirs transférés à la Caisse des Dépôts et Consignations après 10 ans d'inactivité, lorsque le titulaire est vivant. Ce texte, adopté en 2014 et entré en application au 1er janvier 2016, a justement été conçu pour mettre fin à des pratiques bancaires jugées trop opaques sur le sort des comptes dormants.

Le transfert n'est pas anodin sur le plan technique non plus. Il ne peut se faire qu'en numéraire et en euros, les comptes en devises sont convertis en euros et transférés nets de frais liés à cette conversion, et la banque ne peut être tenue responsable des effets de cette liquidation sur la valeur des avoirs. si vous aviez placé des devises étrangères ou des titres sur ce vieux compte, la conversion se fait aux conditions du moment du transfert, pas à celles que vous auriez choisies vous-même.

Ciclade, le site qui répare l'oubli

Une fois les fonds arrivés à la Caisse des Dépôts, tout n'est pas perdu, loin de là. Ciclade est le seul service permettant de rechercher des sommes non réclamées ou oubliées, transférées par les établissements financiers à la Caisse des Dépôts, et son utilisation est gratuite et non commerciale. La démarche se fait entièrement en ligne, sur le site ciclade.caissedesdepots.fr, en renseignant simplement son nom, son prénom et sa date de naissance.

Le délai pour agir reste confortable. Si vous êtes le titulaire du compte ou son représentant légal, les sommes restent disponibles pendant 20 ans, et passé ce délai, les avoirs seront définitivement acquis à l'État. Vingt ans après un transfert lui-même intervenu au bout de dix ans d'inactivité, cela porte la fenêtre totale à trente ans depuis la dernière opération sur le compte. Un délai que confirme d'ailleurs l'administration : ce n'est qu'après un délai de 30 ans que les fonds non réclamés seront définitivement acquis à l'État, pour les comptes inactifs comme pour les contrats d'assurance vie.

Le service reste, il faut bien l'admettre, moins connu qu'il ne le mériterait. Depuis son lancement, la Caisse des Dépôts a reçu plus de 10 000 demandes et restitué près de 318 000 euros pour environ 500 dossiers déjà traités, un chiffre qui donne la mesure du nombre de personnes qui, chaque année, découvrent par hasard ou par nécessité l'existence de ce dispositif. Pour ceux qui préfèrent le contact humain avant de se lancer dans les démarches en ligne, la Caisse des Dépôts met aussi à disposition une ligne téléphonique dédiée, accessible en semaine aux heures ouvrées.

Reste une nuance que peu de gens anticipent : la loi ne s'arrête pas aux comptes courants. Les livrets d'épargne, les comptes titres et les contrats d'assurance vie obéissent à des délais d'inactivité différents, généralement fixés à cinq ans plutôt qu'un an, avant de suivre le même chemin vers la Caisse des Dépôts. Autant de raisons de vérifier, une fois de temps en temps, qu'aucun vieux livret ouvert pour un enfant ou un compte professionnel abandonné ne dort quelque part, en train d'accumuler discrètement des frais avant son propre transfert.

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