Nous avons tous entendu que le chèque était plus sérieux pour les grosses sommes. Pourtant, les données officielles de la Banque de France racontent l’inverse : le chèque est aujourd’hui le moyen de paiement le plus fraudé de France, représentant près de 20% des fraudes alors qu’il ne pèse que 1% des paiements. Un réflexe hérité du passé qui s’avère désormais dangereux.
« Je faisais un chèque pour les sommes importantes, comme mes parents » : personne ne m’avait dit ce que les chiffres de la Banque de France révélaient sur cette habitude

« Pour les grosses sommes, un chèque, c'est plus sérieux qu'une carte. » Cette phrase, beaucoup l'ont entendue de leurs parents, et beaucoup la répètent encore sans y réfléchir. Le problème, c'est que les statistiques officielles de la Banque de France racontent exactement l'inverse : le chèque est aujourd'hui le moyen de paiement le plus fraudé de France, et de très loin.
Le chiffre mérite d'être posé noir sur blanc. Sur le premier semestre 2025, le chèque reste le plus fraudé en proportion, avec 19,9% du montant total des fraudes enregistrées, alors qu'il ne pèse plus que 1% de la valeur totale des paiements scripturaux. Un moyen de paiement quasi résiduel dans nos usages quotidiens, mais responsable d'une fraude sur cinq en valeur. Aucun autre instrument, ni la carte, ni le virement, ni le prélèvement, n'affiche un tel décalage entre son poids réel et son poids dans les préjudices financiers.
À retenir
- Le chèque concentre 19,9% des fraudes bancaires alors qu'il ne représente que 1% des paiements
- Chaque fraude au chèque coûte en moyenne 1 415 euros, soit bien plus que pour les autres moyens de paiement
- Les vrais risques viennent de la vulnérabilité du chèque face aux vols de chéquiers et aux faux signataires
Un réflexe transmis, une réalité qui a changé
Vos parents n'avaient pas tort à leur époque. Dans les années 1980 ou 1990, le chèque circulait moins vite, les contrôles bancaires étaient différents, et la fraude à la carte n'existait quasiment pas puisque le paiement sans contact et les achats en ligne n'existaient pas non plus. Le chèque incarnait alors le sérieux, la traçabilité, la solennité d'une transaction importante. On le sortait pour l'achat d'une voiture, un acompte de travaux, un cadeau de mariage conséquent.
Le monde a changé, le chèque non. Il reste un bout de papier qui transite par la poste, qui peut être volé dans une boîte aux lettres, falsifié par simple grattage, ou encaissé par une personne autre que le bénéficiaire prévu. Aucune authentification forte, aucun code à quatre chiffres, aucune notification en temps réel sur votre téléphone. C'est précisément cette absence de verrou numérique qui en fait, mécaniquement, la cible favorite des escrocs.
Ce que révèlent vraiment les chiffres de la Banque de France
Prenons les données les plus récentes de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, adossé à la Banque de France. Sur le premier semestre 2025, la fraude au chèque poursuit son repli, à 123 millions d'euros, en baisse de 16%, ce qui traduit une amélioration des dispositifs bancaires de détection des encaissements frauduleux, dans un contexte de diminution sensible de l'usage du chèque. La baisse est réelle, mais elle suit surtout la désaffection générale pour ce moyen de paiement, pas une amélioration de sa sécurité intrinsèque.
Le montant moyen d'une fraude au chèque donne le vertige comparé aux autres instruments : 1 415 euros au premier semestre 2025 contre 1 607 euros en 2024. À titre de comparaison, une fraude à la carte bancaire porte en général sur des montants bien plus modestes, souvent quelques dizaines d'euros par transaction. Le chèque, lui, sert justement à régler des sommes importantes, celles qu'on vous a appris à sécuriser « comme il faut ». Ironie du sort : c'est précisément cette utilisation pour les grosses sommes qui rend chaque fraude aussi coûteuse.
Autre donnée révélatrice : le principal motif de fraude reste les chèques volés ou perdus, directement remis à l'encaissement par le fraudeur ou utilisés comme moyen de règlement auprès des commerçants et particuliers, ce qui représente 62% des montants fraudés et 89% en volume. Le scénario le plus fréquent n'est donc pas une escroquerie sophistiquée pilotée par un réseau international, mais simplement un vol de chéquier dans une boîte aux lettres ou un véhicule, suivi d'une fausse signature grossière que personne n'a vérifiée à temps.
Pendant ce temps, la carte bancaire, celle qu'on jugeait « moins sérieuse », affiche des résultats bien plus rassurants. Le taux de fraude global sur les moyens de paiement scripturaux atteint désormais un niveau historiquement bas de 0,048%, contre 0,053% un an plus tôt, tiré vers le bas notamment par la carte grâce à l'authentification forte généralisée depuis plusieurs années. Le chèque, lui, continue d'afficher un taux de fraude nettement supérieur à celui de tous les autres instruments, même en net repli sur la période.
Comment ajuster ce réflexe sans se compliquer la vie
Faut-il jeter son chéquier à la poubelle demain matin ? Pas nécessairement, mais il devient urgent de revoir la hiérarchie des priorités. Pour les sommes importantes, le virement bancaire, y compris le virement instantané dont l'usage s'est largement démocratisé depuis l'alignement tarifaire imposé par la réglementation européenne début 2025, offre une traçabilité et une sécurité bien supérieures. Il permet en plus une vérification de cohérence entre l'IBAN et l'identité du bénéficiaire, un contrôle mis en place par les banques françaises à l'automne 2025 pour justement limiter les erreurs d'aiguillage et les usurpations.
Si le chèque reste malgré tout votre habitude pour certaines transactions (un artisan, une association, un particulier peu équipé), quelques précautions simples changent la donne. Ne jamais laisser un chéquier visible dans une voiture ou une boîte aux lettres non sécurisée, vérifier systématiquement que le nom du bénéficiaire est écrit lisiblement et sans espace permettant un ajout frauduleux, et surveiller son compte dans les jours qui suivent l'émission plutôt que dans les semaines. En cas de doute sur un vol ou une perte, l'opposition doit être immédiate : chaque jour de retard augmente le risque d'encaissement frauduleux, sachant que de nouvelles recommandations sont attendues pour renforcer la sécurité des chèques, notamment pour faciliter l'opposition en ligne.
Il reste un détail que peu de gens connaissent : depuis la loi du 6 novembre 2025 contre la fraude bancaire, un nouveau fichier national recensant les IBAN signalés à risque doit entrer en service en mai 2026, complétant ainsi le dispositif déjà existant pour les chèques irréguliers. La sécurité des paiements progresse donc, mais pas de manière uniforme : elle avance vite pour les outils numériques, beaucoup plus lentement pour ce petit rectangle de papier que nos parents jugeaient infaillible.
Sources : banque-france.fr | banque-france.fr