Votre proche est décédé et sa banque a bloqué son compte ? Depuis 2013, une loi française oblige les banques à débloquer une somme précise pour financer les funérailles sans attendre le règlement de la succession. Pourtant, de nombreuses familles ignorent ce droit et avancent les frais de leur poche.
« Le compte de mon mari était bloqué et j’ai avancé les 4 800 € d’obsèques » : au guichet, on avait oublié de me parler de ce que la loi oblige la banque à payer

Quatre mille huit cents euros de facture d'obsèques, réglés de sa poche, alors que le compte de son mari contenait largement de quoi couvrir la dépense. Cette histoire, que l'on retrouve dans des centaines de témoignages similaires, illustre une méconnaissance qui coûte cher aux familles endeuillées : la loi française oblige pourtant la banque à débloquer une somme précise pour financer les funérailles, sans attendre le règlement de la succession.
Le mécanisme existe depuis 2013, inscrit à l'article L312-1-4 du code monétaire et financier. La loi permet de prélever sur les comptes du défunt les sommes nécessaires au paiement des frais d'obsèques, même avant le règlement de la succession. Ce n'est pas une faveur de la banque : c'est un droit légal. Concrètement, dès que le conseiller bancaire a en main la facture des pompes funèbres, il doit débiter directement le compte bloqué du défunt, dans la limite du solde disponible. Personne n'a besoin d'avancer quoi que ce soit, en théorie. Mais dans la pratique, comme le raconte cette veuve au guichet, l'information ne circule pas toujours spontanément.
À retenir
- Quel mécanisme légal permet vraiment de débloquer les fonds sans passer par un notaire ?
- Pourquoi autant de conseillers bancaires « oublient » d'en parler au guichet ?
- Jusqu'à quel montant pouvez-vous vraiment réclamer, et comment forcer la banque si elle refuse ?
Un plafond relevé chaque année, méconnu de la plupart des familles
Le montant maximal a évolué depuis la création du dispositif. Fixé à 5 000 euros entre 2015 et 2025, il est désormais revu chaque année, indexé sur l'indice des prix à la consommation publié par l'Insee, avec une limite maximum de 5 910 € en 2025, de 5 965 € en 2026. Cette revalorisation automatique change tout : une facture de 4 800 euros, comme celle évoquée dans notre exemple, entre désormais largement dans les clous du dispositif légal.
Le texte de loi lui-même est limpide sur ce point. L'article L312-1-4 du Code monétaire et financier précise que la personne qui a qualité pour pourvoir aux funérailles du défunt peut obtenir, sur présentation de la facture des obsèques, le débit sur les comptes de paiement du défunt, dans la limite du solde créditeur de ces comptes, des sommes nécessaires au paiement de tout ou partie des frais funéraires. ce n'est pas réservé aux seuls héritiers directs : conjoint, enfant, ami proche ou même voisin qui a organisé la cérémonie peut activer ce droit, du moment qu'il présente la facture correspondante.
Un détail échappe souvent aux familles pressées par le temps : ce plafond ne se cumule pas d'une banque à l'autre, mais se recalcule intégralement pour chaque établissement. Si votre proche disposait de comptes dans plusieurs banques, chaque demande est traitée de manière indépendante, et sans que le maximum autorisé ne puisse être dépassé. Une personne dont l'époux détenait un compte courant au Crédit Agricole et un livret à La Banque Postale peut ainsi solliciter jusqu'à 5 965 euros auprès de chaque établissement, tant que les soldes le permettent. De quoi transformer une situation financière tendue en respiration bienvenue, si l'information circule à temps.
Pourquoi le guichet oublie parfois d'en parler
Comment expliquer que tant de conseillers bancaires n'évoquent pas ce droit spontanément ? Plusieurs pistes se dessinent. D'abord, le blocage du compte reste la première réaction automatique de la banque dès qu'elle apprend le décès : informée du décès, la banque bloque immédiatement tous les comptes du défunt, les procurations sont annulées, pour éviter qu'un héritier ou un légataire effectue une opération à son profit. Le réflexe de prudence prime, et le dispositif de déblocage pour obsèques passe parfois au second plan dans l'urgence administrative.
Ensuite, certains conseillers renvoient d'emblée les familles vers le notaire et le règlement complet de la succession, une procédure plus longue mais qui n'est pourtant pas nécessaire pour ce cas précis. Le déblocage pour frais funéraires ne réclame ni acte de notoriété ni intervention notariale : une facture des pompes funèbres, une pièce d'identité et l'acte de décès suffisent généralement. Le délai raisonnable se compte en jours, pas en semaines : au-delà de quelques jours d'attente pour ce motif précis, il y a fort à parier qu'un signal d'alarme doit s'allumer.
Et si la banque traîne ou refuse purement et simplement ? La marche à suivre est balisée. Premier réflexe : solliciter directement le conseiller, en rappelant le texte de loi. Si le blocage persiste, une réclamation écrite auprès du service client, envoyée en recommandé, formalise la demande. Sans réponse satisfaisante, le recours existe et il est gratuit : si aucune réponse n'est obtenue sous deux mois, il est possible de saisir le médiateur bancaire pour régler le litige. Ce médiateur, propre à chaque établissement ou à sa fédération professionnelle, tranche les différends sans passer par les tribunaux, et son avis, bien que non contraignant, pèse lourd dans la pratique.
Ce que la somme peut (et ne peut pas) couvrir
Le déblocage ne se limite pas au strict cercueil et à la mise en bière. D'autres dépenses urgentes entrent dans le même panier de sommes mobilisables sans notaire, comme les frais de dernière maladie, les impôts dus par le défunt ou les loyers en cours. En revanche, tout ce qui touche à la réception après la cérémonie, à un éventuel débarras du logement ou à des prestations somptuaires reste exclu du dispositif et retombe sur le budget des proches, ou sur l'actif de la succession une fois celle-ci réglée.
Un chiffre mérite d'être gardé en tête pour la suite : au-delà du remboursement bancaire, les frais d'obsèques restent aussi déductibles de l'actif successoral, mais dans une limite forfaitaire bien plus modeste, fixée à 1 500 euros selon l'article 775 du code général des impôts. Deux dispositifs distincts, deux plafonds différents, une seule urgence à connaître le jour où l'on se retrouve, facture en main, face à un guichet qui a peut-être simplement oublié d'en parler.
Sources : klubasso.fr | francesuccession.fr
