Le conjoint survivant ne garde pas tout : dès qu’un enfant du défunt est né d’une autre union, la loi le limite au quart des biens. Une simple donation entre époux signée chez le notaire peut transformer cette donne et offrir plusieurs options au veuf.
On s’obstine tous à croire que le conjoint garde tout, alors qu’un seul papier signé chez le notaire change ce que reçoit le veuf face aux enfants d’un premier lit

Le conjoint survivant ne garde pas tout. Dès qu'un seul enfant du défunt est né d'une autre union, l'article 757 du Code civil le ramène au quart des biens en pleine propriété, sans usufruit possible. Cette règle s'applique tant qu'aucune donation au dernier vivant n'a été signée, ce petit acte notarié que beaucoup de couples remettent à plus tard.
Un quart, pas davantage, quelle que soit la durée du mariage.
- Le conjoint survivant reçoit un quart des biens en pleine propriété dès qu'existe un enfant d'une autre union
- La donation entre époux, signée devant notaire pour 150 à 350 €, rouvre trois options de partage
- L'usufruit total protège le niveau de vie mais interdit la vente sans accord des enfants
- La quotité disponible en pleine propriété offre la liberté de vendre, mais diminue avec le nombre d'enfants
Ce que la loi prévoit quand la famille est recomposée
Lorsque tous les enfants sont communs au couple, le survivant choisit entre l'usufruit de la totalité des biens et le quart en pleine propriété. L'usufruit lui permet d'habiter la maison et d'en percevoir les revenus, les enfants détenant la nue-propriété. Cette option disparaît dès qu'un enfant vient d'une autre union. Le texte est sans ambiguïté : propriété du quart, point.
Les enfants d'un premier lit sont des héritiers réservataires comme les autres. Leur part ne recule pas devant le second conjoint, même après vingt ans de remariage.
Un exemple chiffré aide à mesurer l'écart. Un couple marié sous le régime légal possède une maison de 600 000 €, dont la moitié appartient déjà au survivant. La succession ne porte donc que sur les 300 000 € du défunt, et le quart représente 75 000 €. Les 225 000 € restants reviennent aux enfants, qui peuvent demander le partage, donc la vente.
Le logement, protégé mais pas possédé
Le Code civil accorde au conjoint survivant des droits propres sur le logement, qui s'ajoutent au quart. Il bénéficie d'un an d'occupation gratuite, puis d'un droit viager d'habitation à réclamer dans l'année du décès, sauf si le défunt l'a écarté par testament notarié.
Ce droit d'habitation ne se vend pas et ne se transmet pas.
Le veuf qui veut rester dans la maison tout en gardant de la trésorerie se heurte vite à l'arithmétique, car son quart doit couvrir la valeur du logement. Si celle-ci le dépasse, il doit verser une soulte aux enfants ou accepter de vendre.
Le papier qui rend le choix au survivant
La donation entre époux, dite au dernier vivant, se signe devant notaire du vivant des deux conjoints. Elle rouvre trois options : l'usufruit de la totalité, un quart en pleine propriété plus les trois quarts en usufruit, ou la quotité disponible en pleine propriété. Cette dernière varie avec les enfants : la moitié des biens avec un enfant, un tiers avec deux, un quart à partir de trois.
Le coût reste modeste, de l'ordre de 150 à 350 € selon les études, avec un droit fixe d'environ 125 € souvent inclus dans la facture. Comptez le double si chaque époux signe, soit à peu près le prix d'un bon dîner à deux, multiplié par quelques-uns. Aucun impôt n'est dû, puisque le conjoint est exonéré de droits de succession depuis la loi du 21 août 2007. L'acte porte sur les biens que le défunt laissera à son décès, et non sur ceux qu'il détient le jour de la signature.
Trois options, trois contreparties
L'usufruit total protège le niveau de vie : le veuf garde le toit et les revenus. Mais il ne peut rien vendre sans l'accord des enfants, nus-propriétaires. À son décès, les biens du défunt leur reviennent directement.
La quotité disponible en pleine propriété offre la liberté de vendre, de donner ou de léguer. Avec trois enfants ou plus, elle tombe pourtant à un quart, c'est-à-dire ce que la loi accordait déjà.
L'option mixte, un quart en propriété et trois quarts en usufruit, sert de compromis pour les couples qui tiennent à la maison. Une réserve toutefois : l'article 1098 permet à chaque enfant né d'une autre union de substituer à la libéralité en propriété l'abandon de l'usufruit de sa part. Le notaire chiffre ce scénario avant que le couple ne choisisse.
Ce que la donation ne change pas
Les enfants gardent leur réserve, donation ou pas.
La Cour de cassation a tranché en 2017 : les libéralités reçues par le conjoint s'imputent sur ses droits légaux. Le partage ne peut donc pas servir deux fois le survivant, d'abord le quart de l'article 757, puis la donation par-dessus. Le conjoint ne peut au mieux réclamer que le complément jusqu'à la quotité de l'article 1094-1.
Le donateur peut révoquer l'acte à tout moment, sans prévenir son conjoint. Et il reste réservé aux couples mariés : pacsés et concubins n'y ont pas accès, un testament devenant leur seul recours.
Avant de prendre rendez-vous
Demandez au notaire une simulation chiffrée, avec votre régime matrimonial, vos biens et le nombre d'enfants. Après le décès, les héritiers peuvent inviter le conjoint par écrit à choisir son option. Passé trois mois de silence, il est réputé avoir opté pour l'usufruit.
D'autres outils complètent le dispositif. L'assurance-vie sort les capitaux de la succession, sous réserve que les primes ne soient pas manifestement excessives. Une communauté universelle avec attribution intégrale au survivant protège davantage, mais les enfants non communs peuvent agir en retranchement pour reconstituer leur réserve. Chaque montage a donc sa limite, et le notaire est le mieux placé pour les combiner sans fragiliser la famille.
Une donation signée il y a vingt ans reste valable, puisqu'elle porte sur les biens présents au jour du décès. Ses options méritent pourtant une relecture après chaque changement familial, car une naissance modifie la quotité disponible.
L'usufruit a un avantage fiscal discret. À la mort du survivant, il s'éteint sans nouvelle taxation, et les enfants récupèrent la pleine propriété sans payer de droits sur cette réunion. Au premier décès, en revanche, ils restent imposables sur leur part, avec un abattement de 100 000 € par parent et par enfant.
Sources : kohenavocats.com | jechange.fr
